Science

ACFAS: encore plus de découvertes

GATINEAU — Toute la semaine, des milliers de scientifiques ont convergé vers l'Université du Québec en Outaouais, où s'est tenu le 87e congrès annuel de l'ACFAS, l'Association francophone pour le savoir. Chaque jour, Le Soleil vous a résumé un de ces travaux, mais comme il y avait beaucoup plus de découvertes intéressantes présentées à cet événement, nous vous en proposons quelques-unes de plus, colligées ici et là pendant la semaine.

Durcissement des peines au Canada

Les juges canadiens semblent adopter une ligne de plus en plus dure à l’égard des criminels de tous poils depuis une quinzaine d’années. En tout cas, ils imposent plus souvent des peines de prison et ont moins recours à la probation, a trouvé Jean-Denis David, doctorant en droit à l’Université McGill.

Alors qu’en 2005-06, environ 37% des causes criminelles se soldaient par une incarcération comme peine principale, cette proportion a progressivement augmenté par la suite et atteignait 44 % en 2016-17, a indiqué M. David lors d’une présentation, lundi. À l’inverse, la proportion des criminels qui s’en sont tirés avec une probation est passé de 34 à 30 % au cours de la même période, et les amendes ont légèrement reculé elles aussi (29 à 27 %).

Fait à noter, insiste M. David, cette tendance «n’est pas due à un changement dans le type d’infractions vues par les tribunaux», puisque les tendances sont les mêmes pour tous les types de crimes (contre la personne, contre les biens, contre l’administration de la justice et pour les autres infractions au Code criminel et aux lois fédérales).

«Donc on peut en déduire qu’on est devant un durcissement dans les peines utilisées par les juges, même si c’est encore trop tôt dans l’analyse pour dire qu’il n’y a pas d’autres facteurs qui entrent en ligne de compte», dit M. David.

Notons que ce durcissement semble se produire surtout dans les Prairies et qu’on ne l’observe pas au Québec et en Ontario, pour des raisons que le juriste n’a pas encore pu élucider.

Le cannabis mène à la dépression… et vice-versa ?

«Ça fait presque 20 ans qu’on étudie le lien entre la dépression et le cannabis. Ce qu’on a trouvé, c’est le THC [le principal «ingrédient actif» de la marijuana, ndlr] a un effet relaxant dans l’immédiat, mais le problème est que lorsqu’on le consomme à long terme, il devient dépressogène», selon la psychiatre et chercheuse de McGill Gabriella Gobbi. Chez les ados, a-t-elle trouvé, la consommation est associée à un risque de dépression accru de 37 %.

Il s’agit là d’un des principaux résultats d’une «méta-analyse» (les échantillons de plusieurs études mis ensemble) qu’elle et des collègues ont publiée en février dans la revue médicale JAMA – Psychiatry, et que Dre Gobbi a présentée mercredi, à l’ACFAS.

Le risque supplémentaire est plutôt modeste, admet-elle. «Dans les études qui considèrent tous les facteurs de dépression ensemble, comme les antécédents personnels, la dépression chez les parents, l’alcool et le cannabis, le risque est multiplié par 6 chez les ados. Mais quand même, quand je contrôle pour tous ces facteurs-là, il reste 37 % plus de dépressions.» Ce qui, compte tenu de l’usage répandu de la marijuana, peut représenter beaucoup de dépressions supplémentaires à l’échelle de la population.

Dre Gobbi est convaincue que c’est le «pot» qui mène à la dépression, et non les ados qui sont plus attirés vers les drogues quand ils ne vont pas bien. Cependant, d’autres résultats présentés lors du même colloque suggèrent que cela peut aller dans les deux sens. Étudiante à la maîtrise à McGill, Despina Bolanis a analysé les données d’une vaste enquête sur le développement des enfants (ELDEQ), incluant 2000 jeunes nés en 1997 et 1998. Comme l’enquête comprenait des questions sur la consommation de marijuana et sur la dépression à 15 et à 17 ans, elle en a profité pour voir si l’un pouvait mener à l’autre.

Et il semble que c’est effectivement le cas. Dans les données de l’ELDEQ, les ados qui consommaient deux fois ou plus par semaine à 15 ans avaient un risque suicidaire 2,2 fois plus élevé à 17 ans, et à l’inverse, les ados qui étaient déprimés à 15 ans avaient 1,9 fois plus de chance de consommer du cannabis au moins deux fois par semaine à 17 ans.

Les anglophones aiment le bilinguisme… surtout en théorie

Dans les provinces anglophones, les deux tiers (67 %) des gens appuient l’idée du bilinguisme officiel, a trouvé le chercheur de l’Université d’Ottawa Luc Turgeon. Mais cet appui descend jusqu’à environ la moitié (53 %) quand on lui donne une tournure plus concrète, comme d’exiger des hauts fonctionnaires fédéraux qu’ils maîtrisent les deux langues.

Ce sont là les résultats d’un sondage mené auprès de 6400 personnes «non-francophones» d’un océan à l’autre en 2014, et dont M. Turgeon a présenté les résultats cette semaine, à l’ACFAS.

Exception faite du Nouveau-Brunswick (62 % d’appui pour l’idée générale et seulement 39 % en faveur du bilinguisme des hauts fonctionnaires), où d’âpres débats ont eu lieu à ce sujet ces dernières années, c’est dans les Maritimes que le bilinguisme est le plus «populaire», recevant entre 75 et 80 % d’appui. En Ontario, siège du gouvernement, cette faveur atteint après de 71 %, mais elle descend à autour de 60 % dans les provinces de l’Ouest.

Cependant, ces appuis baissent partout si cela implique d’imposer le bilinguisme aux hauts fonctionnaires fédéraux, allant de 55 à 65 % en Ontario et dans les Maritimes, et de 40 à 55 % dans l’Ouest.

Fait intéressant, alors que dans d’autres pays, l’attachement à la nation est lié à la volonté d’imposer une seule langue officielle, chez les anglophones des autres provinces, la fierté canadienne vient avec un plus fort appui pour le bilinguisme. Chez ceux qui notent leur attachement au Canada à 10 sur une échelle de 0 à 10 sont 69 % à se dire «d’accord» ou «fortement d’accord» avec le principe du bilinguisme, contre 60 % chez ceux qui cotent leur attachement à 8/10. Il s’agit-là, explique M. Turgeon, d’un signe montrant que le bilinguisme fait partie de l’identité canadienne.

Gestes haineux sous-estimés au Québec

Les statistiques policières indiquent qu’il y a de plus en plus de gestes haineux commis au Québec : plus de 2000 ont été rapportés en 2017, contre 1500 en 2009. Mais ces chiffres sous-estiment le phénomène puisque seuls les gestes les plus graves sont dénoncés à la police, avertit Benjamin Ducol, chercheur au Centre de prévention de la radicalisation de Montréal.

M. Ducol a présenté vendredi, au congrès de l’ACFAS, les résultats d’un sondage réalisé en 2017 auprès de 1800 personnes au Québec, leur demandant si elles avaient été témoins, victimes ou les deux de «crimes haineux» ou d’«incidents haineux». Les premiers étaient définis comme des infractions au Code criminel (agression, menace, vandalisme, motivé par la haine) alors que les seconds, moins graves, pouvaient n’être «que» des insultes, interpellations en public ou remarques désagréables au sujet de l’origine ethnique, l’orientation sexuelle, etc.

Résultats : seulement 5,4 % des répondants ont dit avoir subi et/ou vu un crime haineux au cours des trois dernières années, mais cette proportion était multipliée par presque quatre (20,6 %) pour les «incidents».

L’ethnie était le motif de haine le plus fréquemment cité (21 % des «incidents»), suivi par l’apparence (12 %), l’orientation sexuelle, la religion et la couleur de la peau (9 % chaque).

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33 ans plus tard, la nature se porte bien à Tchernobyl

LA SCIENCE DANS SES MOTS / Le 26 avril 1986, le réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine, a explosé lors d'essais techniques. L'accident a provoqué des radiations 400 fois plus élevées que celles libérées par la bombe nucléaire larguée sur Hiroshima, au Japon, en 1945. Il s'agit, à ce jour, du plus grave accident nucléaire de l'histoire.

Les travaux de décontamination ont commencé immédiatement. Une zone d'exclusion a été créée autour de la centrale nucléaire. Quelque 350 000 personnes ont été évacuées. Elles ne sont jamais rentrées chez elles. Aujourd'hui encore, la zone est interdite aux êtres humains.

L'accident a eu un impact majeur sur la population humaine. Bien qu'il n'y ait pas de chiffres clairs, les conséquences sur la population, tant sur le plan physique (mortalité, maladies) que psychologique (évacuation massive) ont été très graves.

L'impact initial sur la nature a également été significatif. L'une des zones les plus touchées a été la forêt de pins, maintenant connue sous le nom de « forêt rouge ». Cette zone a reçu les plus fortes doses de radiation. Les pins sont morts instantanément et toutes leurs feuilles sont devenues rouges. Peu d'animaux ont survécu aux doses radioactives les plus élevées.

Par conséquent, après l'accident, on a supposé que la zone d'exclusion deviendrait un désert à vie. Étant donné la longue période de décomposition de certains composés radioactifs, on a supposé que la région resterait inhabitée pendant des siècles.

La faune et la flore de Tchernobyl aujourd'hui

Aujourd'hui, 33 ans après l'accident, Tchernobyl abrite des ours, des bisons, des loups, des lynx, des chevaux Przewalski et quelque 200 espèces d'oiseaux, entre autres.

Entre le 4 et le 6 mars 2019, les principaux groupes de recherche travaillant sur la nature de Tchernobyl se sont réunis à Portsmouth, en Angleterre. Une trentaine de chercheurs d'Ukraine, de France, de Belgique, de Norvège, d'Espagne, d'Irlande et du Royaume-Uni ont présenté les derniers résultats de nos analyses. Il s'agit notamment d'études sur les grands mammifères, les oiseaux nicheurs, les amphibiens, les poissons, les abeilles, les vers, les bactéries ainsi que sur la décomposition des feuilles.

Les communications présentées ont montré que la zone d'exclusion abrite désormais une grande biodiversité. En outre, elles ont confirmé l'absence générale d'effets négatifs des rayonnements sur les populations animales et végétales de Tchernobyl. Tous les groupes étudiés maintiennent des populations abondantes et parfaitement fonctionnelles dans la région.

Un parfait exemple de la diversité de la faune de Tchernobyl est donné par projet TREE (Transfer, Exposure and Effects). Dans le cadre de ce projet, des caméras infrarouges ont été installées pendant plusieurs années dans toute la zone d'exclusion. Les photos révèlent la présence d'une faune abondante et ce, à tous les niveaux de rayonnement. Ces caméras ont détecté pour la première fois la présence d'ours bruns et de bisons européens dans la région ukrainienne, ainsi que l'expansion des populations de loups et de chevaux de Przewalski.

Notre travail avec les amphibiens de Tchernobyl a également permis de détecter des populations abondantes de toutes les espèces, même dans les zones les plus contaminées. Nous avons également trouvé des preuves de réactions adaptatives aux rayonnements, comme des changements dans la coloration des grenouilles. Celles qui vivent dans la zone d'exclusion sont plus foncées, ce qui pourrait les protéger des radiations.

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Jeu compulsif: zones d'ombres

Les campagnes de prévention du jeu compulsif se suivent… et ratent souvent leur cible : un dé roule dans une seringue; le visage d’une jeune mariée se transforme en billet à gratter perdant; un bébé annonce qu’il n’ira pas à l’université; une femme, qu’elle n’aura pas de vacances.

«Nous avons appris beaucoup de choses des campagnes contre le tabac et nous refaisons les mêmes erreurs avec des publicités stigmatisantes. Il faut changer notre message pour promouvoir la santé et pas culpabiliser les personnes qui en souffrent», martèle la responsable de la recherche au Centre du jeu excessif du Centre hospitalier universitaire vaudois, en Suisse, et organisatrice du colloque de l’ACFAS sur le jeu excessif et l’optimisation des soins, Mélina Andronicos.

La chercheuse souligne que le jeu rayonne partout dans la société avec une image «glamour» du casino et de l’addiction, notamment dans les publicités. «Il faut s’interroger sur notre représentation du jeu. Nous avons deux images fortes, le glamour et la culpabilisante, qu’il faut défaire avec de l’éducation populaire et de la sensibilisation, en faisant passer le message que lorsque le jeu devient un problème, on peut se faire aider», insiste la psychologue.

Depuis 15 ans, elle travaille dans le domaine de la dépendance au jeu et note un écart entre ceux atteints de problèmes de jeu compulsif et ceux qui vont chercher des soins. Ils dissimulent souvent leur problème pendant des années et ce n’est qu’au pied du mur qu’ils consultent, en très petit nombre : «seulement 5 à 7 % le font. Ce n’est pas par ignorance des services offerts».

Comme les autres addictions, la compulsion au jeu entraîne des pertes : argent, santé, travail. Mais également d’autres maladies, affectant principalement la santé mentale avec de nombreux cas de dépression et d’anxiété, jusqu’au suicide. Mélina Andronicos et Monique Séguin, chercheuse québécoise du groupe McGill d'études sur le suicide de l’Institut Douglas, se sont intéressées à la prédiction et la prévention du passage à l’acte suicidaire chez les joueurs excessifs.

Au sein de leur revue de littérature, les chercheuses remarquent qu’il existe des indices de comportements suicidaires perceptibles six mois avant le passage à l’acte et que tout peut aller très vite. «Cela peut être rapide et impulsif et ce sont des personnes qu’il faut prendre en charge très rapidement», soutient la Dre Andronicos.

Il importe aussi d’élargir l’aide aux proches et de veiller tout particulièrement aux joueuses, bien plus discrètes, qui sont les grandes absentes des centres de soin et d’aide. Il faut aussi s’intéresser aux jeunes, leur parler des problèmes de jeu et promouvoir de bonnes habitudes de vie plutôt que de les priver d’internet à tout prix.

Sans compter les fausses croyances comme «tous les chiffres peuvent porter bonheur» ou «le jeu, tu arrêtes quand tu veux». Il faut sensibiliser les gens aux tactiques de marketing, surtout qu’aujourd’hui, tout le monde a son téléphone et ses applications de jeu à portée de la main », relève la chercheuse.

Faut-il se méfier de Candy Crush ?

Les joueurs de Candy Crush constituent un problème en émergence et mal connu. «Ces micro-transactions agrémentent l’expérience de jeu par la suppression du temps d’attente ou l’accès à des privilèges ou «boosters», explique la professeure adjointe à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval, Annie-Claude Savard.

La chercheuse s’apprête à lancer avec des collègues internationaux une enquête pancanadienne destinée à évaluer les bénéfices et les risques de ces hybrides entre le jeu vidéo et le jeu de hasard. «Contrairement aux consoles Game Boy de notre enfance, ils sont sur nos cellulaires et nous les apportons avec nous tout le temps», note-t-elle.

Dans une étude à paraître bientôt, la chercheuse rappelle également le manque de régulation. Contrairement à d’autres jeux de hasard et d’argent, ces jeux mobiles appartiennent à des compagnies internationales qui rendent peu de compte aux États. «C’est pourtant une responsabilité collective et partagée du monde de l’industrie et des développeurs, des gouvernements et des chercheurs, que de réclamer des comptes et la transparence de ces pratiques, pas juste celle du joueur», soutient Annie-Claude Savard.

La place des femmes à la table de jeu

Près de 64 % de la population québécoise a joué au moins une fois dans les 12 derniers mois, mais seulement 2,2 % de ces joueurs développent des problèmes de jeu. «Il y a des femmes parmi eux qui n’ont pas le même profil ni les mêmes motivations et pourtant, il n’y aura pas de prévention ciblée ni de services adaptés pour elles», souligne la professeure adjointe du Service de toxicomanie de la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke, Adèle Morvannou.

À l’ACFAS, la chercheuse a présenté «Lise», joueuse typique. Lorsqu’elle s’assoit à la table de jeu, c’est plus tardivement que les hommes, vers la cinquantaine. Lise ne joue pas non plus aux mêmes jeux, privilégiant les non stratégiques comme les machines à sous ou vidéo et les jeux hybrides comme Candy Crush ou Homescapes. Et Lise va perdre l’argent plus discrètement. Ce ne sera pas flamboyant !

La Pre Morvannou a rencontré 46 joueuses de poker, dont 11 auraient eu des problèmes de santé mentale et consulté un médecin. Comme les joueurs compulsifs, les femmes développeront des problèmes de l’humeur et d’anxiété et s’avèrent autant à risque de dépression. Des problèmes pour lesquelles elles iront consulter plus facilement que les hommes, mais sans parler de leur problème de jeu.

«Ce problème sera très rarement diagnostiqué ou rarement vu comme une priorité chez elles. Même si elles connaissent les services de soins spécifiques, elles les utilisent très peu et c’est alors plus difficile de les aider», relève la chercheuse.

Si les femmes n’utilisent pas ces services, ce serait aussi par crainte qu’on leur retire leurs enfants, peur du jugement ou parce qu’ils ne sont pas adaptés à leurs comportements de jeu. C’est pourquoi la Pre Morvannou pense qu’il importe de mieux former les intervenants de première ligne.

Les proches dans la tourmente

Le jeu affecte aussi l’entourage du joueur. En moyenne, six personnes (conjoint, enfants, etc.) seront touchées de manière significative : qualité de la relation, dépendance financière, stress…

«Les proches ont l’impression que si le joueur «guérit», tout redeviendra normal, mais il s’agit plutôt d’un parcours du combattant avec des hauts et des bas qu’ils vont devoir vivre avec lui», résume le directeur scientifique du groupe de recherche et intervention sur les substances psychoactives à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Joël Tremblay.

Son équipe a évalué 98 couples composés d’un joueur et du conjoint. «Il faut tout le temps rester vigilant et surveiller les finances, ce qui ne rend pas la relation facile».

Il existe encore peu de services d’aide destinés à l’entourage et un manque de ressources en français sur internet. Par contre, la thérapie conjugale semble donner de bons résultats, pour autant que le joueur accepte de s’y prêter… «Le joueur se voit comme la «bête fautive», une auto-perception très négative. Pourtant, impliquer le partenaire est une excellente stratégie pour le joueur et sa conjointe», soutient le chercheur. Cela permet au conjoint d’exprimer ses blessures, de mieux communiquer, de développer des stratégies d’adaptation et surtout, de réfléchir à deux sur la façon de poursuivre la relation.

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30 ans et toujours pas de fusion froide

Il y a 30 ans, au printemps 1989, plusieurs scientifiques à travers le monde tentaient frénétiquement de reproduire une expérience de fusion froide : le résultat d’une annonce qui ne reposait que sur du vent et qui continue pourtant, trois décennies plus tard, d’avoir des échos. Est-ce que les choses auraient été pires si l’annonce était survenue dans l’âge des réseaux sociaux ? Probablement.

Le 23 mars 1989, lors d'une conférence de presse très courue, les chimistes Stanley Pons et Martin Fleischmann, de l’Université de l’Utah, étaient donc devenus des vedettes instantanées avec une annonce hors du commun : ils auraient réussi une fusion nucléaire dans un bocal, à la température de la pièce — donc, une «fusion froide», par rapport à la «vraie» fusion nucléaire qui se produit au cœur d’une étoile. Si ça se confirmait, c’était la fin de tous les problèmes d’énergie de l’humanité.

Le problème était que ça ne s’était pas réalisé. Aucun chercheur ne parviendrait à reproduire l’expérience, ni en 1989 ni ensuite. Pons et Fleishmann seraient incapables de prouver leurs dires — et finiraient par tomber dans l’oubli.

Depuis trois ans, une équipe de physiciens financée par Google a de nouveau tenté de rééditer l’expérience — en vain — et a étalé ses conclusions pendant cette période dans une douzaine d’articles. Nature en publie une synthèse cette semaine.

La conférence de presse de l’Université de l’Utah était certainement prématurée. Mais le problème est que l’institution avait été court-circuitée : l’information avait été coulée au Wall Street Journal et au Financial Times, deux quotidiens hautement influents en politique et en économie, et l’université n’avait eu d’autre choix que de tenter de limiter les dégâts en insistant sur le caractère encore très préliminaire — le mot était faible — des résultats annoncés.

L’événement figure aujourd’hui en bonne place dans les exemples de dérapages scientifiques du 20e siècle : annonce prématurée, faite par conférence de presse plutôt que par publication scientifique, impossible à reproduire mais néanmoins défendue avec des arguments qui changeaient de semaine en semaine…

Mais l’événement figure aussi en bonne place parmi les exemples favoris des complotistes : une «découverte» qu’ils veulent croire réelle, mais «cachée par l’establishment». Une «nouvelle» spectaculaire pendant les premiers jours qui, en dépit de tous les bémols apportés ensuite par les journalistes spécialisés, a acquis une vie propre. Aujourd’hui, elle entrerait de plain-pied dans la catégorie des «fausses nouvelles» — mais via Facebook ou YouTube, elle aurait rapidement gagné un auditoire capable de la défendre bec et ongles, bien plus vite et plus «efficacement» qu’en 1989. Pour toutes ces raisons, écrit le journaliste Philip Ball dans Nature, la fusion froide vaut encore la peine qu’on la «revisite»… ne serait-ce que pour apprendre à éviter ces dérapages.

Science

Le vapotage aide-t-il à cesser de fumer?

DÉTECTEUR DE RUMEURS / De nombreux fumeurs se tournent vers la cigarette électronique pour cesser de fumer, mais la méthode est-elle efficace ? Le Détecteur de rumeurs a fouillé la question.

Depuis leur arrivée sur le marché en 2006, les cigarettes électroniques sont souvent présentées comme des solutions de remplacement à la cigarette traditionnelle et aux outils pour cesser de fumer, comme les timbres. Elles présentent l’avantage d’imiter la cigarette traditionnelle en utilisant un processus d’inhalation pour rejeter sous forme de vapeur le liquide qui se trouve à l’intérieur du dispositif. L’utilisateur reproduit ainsi le geste de fumer, ce qui n’est pas le cas avec les gommes ou les timbres de nicotine.

Des résultats encore non concluants

Mais la cigarette électronique aide-t-elle vraiment à cesser de fumer ? Si le Royaume-Uni considère que oui, la France ne la recommande pas pour écraser. Au Québec, l’Institut national de santé publique (INSPQ) juge l’outil prometteur, mais estime qu’il y a encore beaucoup de barrières à lever avant de la reconnaître comme une méthode pour cesser de fumer.

Ces divergences s’expliquent par l’évolution rapide des cigarettes électroniques et le manque d’uniformité entre les dispositifs, ce qui rend complexe la comparaison des résultats de recherche. Ainsi, certaines études démontrent que la cigarette électronique est utile pour les tentatives d’arrêt tabagique, alors que d’autres révèlent que les fumeurs ne sont pas satisfaits du nouveau dispositif et qu’ils recommencent à fumer ou continuent à utiliser la cigarette traditionnelle, en parallèle avec sa version électronique. Une revue de 24 études publiée par la Cochrane Library en 2016 concluait que la cigarette électronique pouvait aider les fumeurs à arrêter de fumer… mais que le niveau de preuve était faible. Les auteurs précisaient que d’autres études, avec des échantillons plus grands ou comparant la cigarette électronique à des substituts de nicotine, devraient être menées pour établir l’efficacité de la cigarette électronique comme outil de sevrage.

Deux fois plus efficaces que les substituts de nicotine

Un premier essai clinique répondant à ces critères a été publié en février 2019 dans le New England Journal of Medicine (NEJM). Il est dit «randomisé», c’est-à-dire qu’il était composé de deux groupes, entre lesquels les participants ont été répartis de manière aléatoire pour comparer l’efficacité de la cigarette électronique à des substituts de nicotine.

Les chercheurs de l’Université Queen Mary, à Londres, ont recruté 886 fumeurs qui consommaient en moyenne 15 cigarettes par jour et les ont divisés en ces deux groupes. Les participants du premier groupe ont remplacé la cigarette par un ou deux substituts de nicotine (timbres, gommes, vaporisateurs nasal ou buccal et pastilles) au choix du participant, sans regard au contenu en nicotine, et ceux de l’autre groupe par une cigarette électronique avec du liquide à 18 mg de nicotine/mL. Tous ont bénéficié d’un accompagnement et d’entretiens réguliers avec un clinicien.

Après un an, 18 % des participants ayant vapoté étaient toujours abstinents, comparativement à seulement 9,9 % de ceux ayant eu recours à un ou des substituts à base de nicotine. Les auteurs notent que la sensation de manque a été moins souvent rapportée avec la cigarette électronique.

Pour le Dr Martin Juneau, directeur de la prévention à l’Institut de cardiologie de Montréal, cette étude est une bonne nouvelle. Depuis 2013, le cardiologue suggère à ses patients de remplacer leur cigarette par une cigarette électronique afin de diminuer leur risque cardiovasculaire (un des principaux risques associés à la cigarette, avec le cancer du poumon). Il rapporte qu’environ 70 % de ses patients parviennent ainsi à cesser de fumer, incluant ceux qui avaient tout essayé, et qu’après un an, ils ont généralement abandonné la cigarette électronique, sans retourner au tabac.

Encore des zones d’ombre

L’étude du NEJM laisse toutefois plusieurs questions sans réponse. Par exemple, parmi les participants qui ont abandonné le tabac grâce à la cigarette électronique, 80 % utilisaient toujours cette dernière après un an. En comparaison, chez ceux qui ont écrasé grâce à des substituts, seulement 9 % continuaient de les utiliser. Les vapoteurs remplaceraient-ils une dépendance par une autre ? Si ce n’est pas le cas, est-ce que l’usage prolongé de la cigarette électronique présente des risques pour la santé ?

De plus, comme la majorité des études antérieures, l’étude britannique a été menée avec les anciennes cigarettes électroniques, indique Annie Montreuil, conseillère scientifique à l’INSPQ. La Juul, arrivée sur le marché américain en 2015 et autorisée au Canada depuis septembre 2018, pourrait modifier ces résultats d’études, selon elle. Plus petite et plus facile à utiliser, la Juul est plus concentrée en nicotine que les autres dispositifs électroniques. Pourrait-elle créer une dépendance chez les utilisateurs ?

Qui plus est, depuis les premiers temps du vapotage, les autorités et les organismes qui luttent contre le tabagisme ont pour crainte que la cigarette électronique serve de « porte d’entrée » vers la cigarette traditionnelle, en particulier chez les jeunes. Cette inquiétude est inspirée par les résultats d’études qui montraient que les adolescents qui avaient essayé la cigarette électronique étaient plus susceptibles de fumer une cigarette de tabac que ceux qui n’y avaient jamais touché. D’autres études publiées la même année et menées pendant la même période au Royaume-Uni, où la cigarette électronique fait partie d’une stratégie globale de lutte contre le tabac, montrent toutefois que la majorité des jeunes ne font qu’essayer la cigarette électronique et que moins de 3 % d’entre eux deviennent des utilisateurs réguliers.

Verdict

Selon les données actuelles, la cigarette électronique est plus efficace pour arrêter de fumer que les substituts classiques, comme la gomme à la nicotine ou les timbres. En ce sens, elle représente un outil prometteur dans la lutte au tabagisme. Mais avant d’en faire un traitement antitabagique de première ligne, d’autres études seront nécessaires pour établir hors de tout doute que la cigarette électronique mène bel et bien à cesser de fumer et qu’elle n’ouvre pas la porte à la consommation de cigarettes de tabac chez les jeunes.

Science

Le ciel de juin 2019: vive la Grande Ourse!

Le mois de juin est l’occasion en or de profiter du retour de la chaleur et du beau temps, pour mettre son nez dehors tard le soir et observer les étoiles.

Même si les nuits sont les plus courtes de l’année — le solstice d’été aura lieu le 21 juin à 11h54 HAE — il n’en reste pas moins que la douceur du temps et les soirées à l’extérieur sont propices à la découverte du ciel étoilé. Bon d’accord, les mouches et autres diptères seront de la partie, mais que sont-ils devant l’immensité de la voûte étoilée ?

Justice et faits divers

Jonathan Falardeau-Laroche: de nombreux avertissements des collègues de travail

«Attends-tu de tuer quelqu’un avant d’arrêter de conduire?» Les collègues de travail de Jonathan Falardeau-Laroche, témoins de ses crises, ont été nombreux à lui recommander de cesser de prendre le volant. Y compris cinq jours avant l’accident fatal.

Jusqu’au moment de l’accident, le 10 août 2016, Jonathan Falardeau-Laroche travaillait dans un garage d’esthétique automobile à Lévis, propriété de son père. Trois de ses ex-collègues ont témoigné au procès vendredi après-midi.

Ils ont tous été témoins des brèves absences de leur jeune collègue, causées, selon ce qu’il leur en avait dit, par l’épilepsie. Ils savaient que Jonathan voyait un médecin.

Un jour, Alexandre Royer a trouvé Jonathan Falardeau-Laroche assis dans une flaque d’eau, le pistolet à pression encore à la main. Lorsqu’il est revenu à lui, au bout de quelques secondes, Jonathan Falardeau-Laroche a expliqué sa maladie à son collègue.

Parfois, les travailleurs ont vu leur collègue le regard fixe, la peau blême, tremblant. Ils se rappellent aussi l’avoir vu tanguer de gauche à droit. À une occasion, un collègue a dû le retenir de tomber pour éviter qu’il ne se cogne sur une machine à pression. Le jeune homme ne réalisait pas toujours qu’il venait d’avoir une crise, affirment les collègues.

Les travailleurs ont indiqué que dans les semaines précédant l’accident, la fréquence des crises de Jonathan Falardeau-Laroche avait augmenté. Ils ont relié ce phénomène à un changement de la médication du jeune homme.

Le vendredi précédent le 10 août, le jeune homme aurait eu deux absences en quelques heures. Ce jour-là, son collègue Stéphane Lavoie n’était plus d’accord pour que Falardeau-Laroche déplace les véhicules dans le garage. «Je voulais qu’il arrête de conduire avant qu’il arrive un accident, explique M. Lavoie. Je lui ai dit : “Attends-tu de tuer quelqu’un avant d’arrêter de conduire?”»

Éric Boulet a aussi souvent dit à son collègue d’aller se faire guérir avant de recommencer à conduire, pour sa sécurité et celle des autres automobilistes. «Il me disait que ce n’était pas de mes affaires et qu’il était capable de se contrôler, même au volant», témoigne M. Boulet.

Accident sur le pont Pierre-Laporte

Jonathan Falardeau-Laroche a déjà eu une absence au volant alors qu’il circulait sur le pont Pierre-Laporte, le 8 décembre 2015. Il a raconté à son collègue de travail Alexandre Royer que sa voiture s’est retrouvée renversée sur le toit et qu’il a eu besoin d’aide de deux personnes pour sortir du véhicule. «Il ne se souvenait pas comment c’est arrivé», témoigne M. Royer.

Au début de l’année 2016, Jonathan Falardeau-Laroche a refait un examen et consulté un médecin à la demande de la Société d’assurance automobile du Québec. Son permis était valide au moment de l’accident. Le procès se poursuit la semaine prochaine.

Société

«Mère Teresa était une fumiste!»

Facebook et les autres médias sociaux en sont remplis. Des pseudo-recherches scientifiques écrites adroitement, et placées dans une mise en page épurée font croire à peu près n’importe quoi à ceux qui les lisent. On partage bien ce qui fait notre affaire, diront d’autres. Pour des scientifiques réunis cette semaine à Gatineau, on accepte trop souvent ce qui conforte nos émotions, au détriment de la donnée brute, scientifique, vérifiable et rationnelle.

Sur un même réseau mondial — Internet — la science et la pseudoscience se côtoient. La chose a été analysée lors du colloque organisé dans le cadre du congrès de l’ACFAS, jeudi.

Science

Toits verts: des normes anti-incendie trop sévères?

GATINEAU — Malgré une longue liste d’avantages environnementaux et économiques, les toits verts ne percent pas beaucoup au Québec. Du moins, pas autant qu’ils le pourraient, d’après Nataliia Gerzhova, qui travaille sur un doctorat au département des sciences du bois de l’Université Laval, car les normes de sécurité incendie seraient inutilement sévères chez nous.

«Dans d’autres pays, ces systèmes sont considérés comme résistants au feu à cause présence végétaux et d’eau, mais au Québec, ils sont considérés comme un risque d’incendie supplémentaire. Par exemple, ici il est interdit d’installer un toit vert sur un bâtiment combustible. Et c’est une raison pour lesquelles ces installations ne sont pas aussi bien développées que dans autres pays», a indiqué Mme Gerzhova lors d’une présentation au congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), qui se termine vendredi à l’Université du Québec en Outaouais.

Ce qui est bien dommage, car les toits verts, où l’on cultive des plantes, sont connus pour être isolants, pour réduire les îlots de chaleur urbains et retiennent les eaux de pluie.

Afin de voir si les craintes du Québec sont justifiées, la doctorante a d’abord comparé l’énergie qui se dégage lorsque l’on fait brûler une membrane de bitume avec retardateurs de flamme comme on en met couramment sur nos toits, avec la chaleur dégagée par la combustion des «substrats de croissance». Hormis pendant les premières 20 à 30 secondes, la membrane de bitume (que l’on peut installer sur des bâtiments combustibles, contrairement aux toits verts) a dégagé plusieurs fois plus d’énergie que les substrats, même secs, pendant les 15 minutes qu’a duré l’expérience.

Mme Gerzhova a également fait une simulation afin de voir comment la chaleur se transmet à travers un toit vert — ce qui est un des «dangers» que les normes québécoises veulent éviter. Les résultats montrent que même après être exposé à des températures de 750 °C pendant deux heures, un toit vert ne transmet presque pas de chaleur jusqu’à la structure, qui «reste pratiquement à température ambiante», dit Mme Gerzhova.

Dans l’ensemble, conclut-elle, ses travaux montrent «que le sol d’un toit vert contenant 20 % de [matière organique], même à l’état sec, présente un risque d’incendie relativement faible par rapport à une membrane en bitume modifié. [Sans compter que] l’humidité, qui est naturellement présente dans le sol, réduit considérablement le dégagement de chaleur pendant la combustion et [retarde] l’inflammation».

Science

Le brochet a-t-il peur des moteurs?

GATINEAU — Commençons par une devinette : si la plupart des animaux sauvages fuient le bruit des humains, et s’il est scientifiquement prouvé que le bruit des gros bateaux fait fuir les baleines (ou du moins leur nuit pas mal), alors les pêcheurs de lacs et de rivières auraient tout intérêt à éviter de faire du bruit s’ils veulent prendre le plus de poissons possible, n’est-ce pas? Et peut-être même à abandonner les moteurs, pour les plus zélés d’entre eux?

C’est la conclusion qui semble la plus logique à première vue, mais ce n’est pas ce que montrent les travaux du biologiste Raphaël Proulx, de l’Université du Québec à Trois-Rivières. M. Proulx est d’ailleurs un des premiers au monde à documenter cette question, car si de nombreux travaux se sont penchés sur les effets du bruit subaquatique dans l’océan, par inquiétude pour les mammifères marins, presque personne ne l’a étudié en eau douce.