Chronique

Éloge du bien-être social

CHRONIQUE / Au Québec, le bien-être social est un bout de papier avec une fleur de lys dessus, un chèque, l’aide de dernier recours. On en a même fait un diminutif : le BS.

On dit de quelqu’un qu’il est «sur le bien-être» même si, ironiquement, il en est très loin. Le Larousse en propose deux définitions : «état agréable résultant de la satisfaction des besoins du corps et du calme de l’esprit» ou encore «aisance matérielle qui permet une existence agréable.»

Sur le BS, c’est ni une ni l’autre.

L’idée n’est évidemment pas de se la couler douce aux frais de l’État, mais au point où on en est, ça se rapproche plus de l’indigence. Dans une logique comptable, le pauvre est un fardeau, un passif, c’est comme ça d’ailleurs qu’il se sent dans le regard de bien des gens qu’il croise.

Eh bien, en Nouvelle-Zélande, ça vient de changer. Lisez ceci. «Nous mesurons différemment la réussite de notre pays. Nous ne nous fions pas seulement au produit intérieur brut, mais aussi à la hausse du bien-être de notre peuple, à la protection de l’environnement et au renforcement de nos communautés. Le fossé entre les discours et la réalité, ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, entre les élites et le peuple, a fait le lit des populistes partout sur la planète.»

Qui parle? Le ministre des Finances, Grant Robertson, qui a déposé jeudi un «budget du bien-être».

Jouissant d’un surplus de 3 milliards $, le gouvernement de coalition travailliste de Jacinda Ardern a investi plus d’un milliard pour s’attaquer à la pauvreté des enfants. «Nous ne pouvons ignorer le stress et les tensions que le dénuement matériel cause à nos familles, a expliqué la première ministre au journal Le Monde. Nos enfants vont mieux, nous allons tous mieux.»

Ils ont aussi fait de la santé mentale une priorité, en y investissant presque 2 milliards $. «La santé mentale n’est plus à la périphérie de notre système de santé, a lancé le grand argentier de ce pays de 5 millions d’habitants. C’est l’élément central de notre bien-être à tous.»

Le pari de la Nouvelle-Zélande est celui-ci : en s’attaquant réellement à la pauvreté chez les enfants, à la violence conjugale — un problème énorme dans ce pays — et en s’assurant de traiter comme il faut les problèmes de santé mentale, les travailleurs seront plus productifs et l’économie plus forte.

C’est un pari ambitieux.

Au Québec, à l’instar de la géographie, on est aux antipodes.

Ma collègue Élisabeth Fleury révélait cette semaine que presque 600 patients médicamentés pour des problèmes de santé mentale n’étaient pas suivis par un psychiatre, que la fermeture des urgences psychiatriques de Saint-Sacrement et du CHUL a provoqué un ressac à Robert-Giffard, en surcapacité chronique.

On a parlé d’un suicide et d’une tentative de suicide chez les patients qui ne sont pas suivis, le portrait ne serait pas plus rose ailleurs.

Et Marc Allard, pas plus tard que jeudi, qui nous racontait l’histoire de cette mère qui poireaute depuis 108 jours pour que son fils de 8 ans reçoive des soins. Il ne va pas bien, son fils, il a essayé de se pendre dans le gymnase de l’école.

Et il attend, depuis plus de trois mois.

L’an dernier, l’Association des psychologues du Québec sonnait l’alarme. «Les exemples se multiplient pour prouver que le ministère de L’Éducation ne considère pas les psychologues comme une ressource essentielle. […] Entre 2005 et 2015 l’effectif psychologue a diminué de 8 %.»

Ça ne semble pas mieux aujourd’hui.

Marc a appelé au CIUSSS — le Centre intégré universitaire en santé et en services sociaux — pour savoir ce qu’on pensait de cette situation, Frédéric Aublet, le directeur adjoint à la direction du programme Jeunesse, a reconnu que «c’est au-dessus de ce qu’on veut comme résultat». 

C’est bien pire que ça, c’est inacceptable.

Ce n’est pas la volonté qui manque, assure-t-il. «Ce n’est pas parce qu’on n’a pas les postes, ce n’est pas parce qu’ils n’existent pas. C’est qu’au niveau de la pénurie de main-d’œuvre, on a de la difficulté à venir combler les remplacements, que ce soit pour les absences maladie ou les congés de maternité. Et ça, ça vient jouer sur nos délais d’accès.»

Même chose pour les psychiatres.

Au Nouveau-Brunswick aussi le gouvernement s’arrache les cheveux pour avoir des psychologues dans les écoles. Le problème est tel que les postes qui ne sont pas pourvus ont fait économiser quatre millions l’an dernier. Les psychologues vont au privé, c’est plus payant.

Vous savez quoi? C’est la même situation en Nouvelle-Zélande, qui a promis d’embaucher 1600 spécialistes en santé mentale. Un thérapeute interrogé par Radio New Zealand a émis de gros doutes. C’est «un effet d’annonce, il n’y a pas assez de professionnels pour assurer ces services».

C’est là où la volonté politique fera la différence.

Ou pas.

N’empêche, c’est la première fois qu’un pays accorde autant d’importance à la santé mentale et au bien-être des gens, qu’il les hisse au rang de priorité nationale. Aux yeux de la première ministre, «ce budget montre qu’on peut être à la fois économiquement responsable et bienveillant.»

Pour que tout le monde soit «sur le bien-être», le vrai. 

Isabelle Légaré

À la mémoire de Michel

CHRONIQUE / Michel Favreault n’aura pas eu la mort qu’il espérait avoir, celle pour qui il n’hésitait jamais à prendre la plume et la parole, sans tabou et sans détour.

Michel est décédé le vendredi 24 mai avant d’avoir eu le temps de décider lui-même de sa propre fin de vie qu’il souhaitait sereine et dans la dignité.

Actualités

Des princesses pas si inoffensives

Il y a environ un mois, ma grande de six ans est revenue de l’école avec deux beaux yeux au beurre noir. Elle avait pleuré, et son mascara avait coulé.

Bin oui, du mascara, toé chose ! À six ans. Pour aller à l’école. La p’tite vlimeuse avait, ce matin-là, subtilisé mon tube et s’était servie sans que mon chum s’en aperçoive — c’est lui qui s’occupe de la mettre dans l’autobus.

C’était la première fois qu’elle fouillait dans mes quelques cosmétiques, et je soupçonne son spectacle de ballet, quelques jours plus tôt, d’être derrière cette initiative. Même si à son âge elle ne connaît pas encore la différence entre un demi-plié et un chassé, il fallait absolument la grimer de fard à joues, d’ombre à paupières et de rouge à lèvres pour l’ultime prestation.

« Wow ! Je suis belle ! », s’était-elle exclamée en se regardant longuement dans le miroir ce jour-là.

« Tu es toujours belle, ma cocotte ! » que je lui avais répondu.

Et c’est ce que je lui ai répété quand j’ai vu son visage barbouillé ce mardi-là. « Je ne veux pas que tu touches à mon maquillage. Tu n’en as pas besoin », ai-je pris soin d’ajouter.

« Oui, mais je suis plus belle avec du maquillage. Je ressemble à une princesse », a-t-elle rétorqué avec une moue boudeuse.

Univers Disney et estime corporelle

Les princesses... Comme bien des petites filles, les miennes sont naturellement attirées vers cet univers qui provoque chez moi une réaction mitigée en encourageant les stéréotypes gros comme le bras. Sans les encourager à y entrer, je ne leur en bloque toutefois pas l’accès. L’interdit attire de toute façon, que je me dis.

Mais est-ce que ce monde de froufrous, de paillettes et de princes charmants serait encore plus insidieux qu’il n’y paraît ?

Tout dépendrait de l’estime corporelle qu’ont les petites filles à la base, selon une étude de l’Université Brigham Young, en Utah, parue dans la revue Child Development en 2016, rapportait le magazine L’Actualité cette même année.

La chercheuse en psychologie Sarah Coyne et ses collègues ont suivi près de 200 jeunes pendant un an afin de déterminer l’impact d’une forte consommation de princesses Disney sur leurs attitudes et comportements. « Les chercheurs n’ont pas constaté qu’un contact étroit avec les princesses avait nui à l’estime corporelle des petites filles lorsqu’ils les ont revues au bout d’un an. En revanche, les fillettes qui n’aimaient pas leur corps au départ avaient tendance, 12 mois plus tard, à fréquenter davantage cet univers — comme si elles cherchaient des modèles dans ces héroïnes gracieuses au physique idéalisé », est-il dit dans L’Actualité.

Il ne faut pas pour autant conclure qu’une exposition à l’univers Disney est sans danger. Les petites filles s’y identifient généralement entre trois et six ans, « précisément l’âge auquel les stéréotypes de genre se cristallisent », souligne la chercheuse. « C’est à cette période critique que les tout-petits commencent à se faire une idée de ce que ça veut dire d’être un garçon ou une fille dans leur société. » Bref, c’est à cet âge-clé que les petits construisent leur identité sexuée.

Ce qu’elle a observé, c’est que « plus les enfants consommaient de films et de jouets associés aux princesses Disney [...] plus ils étaient devenus, 12 mois plus tard, typiquement féminins dans leurs activités et leurs préférences ».

Perspectives restreintes

Bien entendu, il n’y a aucun mal à aimer les « affaires de filles ». Le danger se situe plutôt quand ces « affaires » viennent à faire croire aux petites filles « que leurs perspectives dans la vie sont limitées en raison d’idées préconçues sur le genre, ou si elles se privent de certaines activités essentielles », peut-on lire dans L’Actualité, qui cite en exemple le fait de ne pas jouer à certains jeux pour ne pas se salir, ou se restreindre dans ses mouvements pour préserver son apparence.

Une autre étude, plus récente celle-là, mentionne également que l’univers des princesses Disney incite les petites filles à être plus passives. « Une fois leurs déguisements revêtus, [elles] se sont concentrées sur leur apparence physique et ont passé leur temps à rechercher des habits et accessoires pour faire en sorte de ressembler à leurs personnages préférés. [...] En somme, ces enfants semblaient retenir de leurs dessins animés préférés que leur beauté est leur atout principal et que les biens matériels les rendent plus belles encore », rapportait Le Figaro en septembre dernier suite à la publication d’une étude dans la revue scientifique Sex Roles.

Les deux auteures derrière les recherches déconseillent toutefois aux parents et aux éducateurs d’éradiquer complètement [cet univers] du quotidien de leurs enfants. « En les interdisant, les parents écartent toute possibilité de discussions avec leurs enfants sur le sujet des messages stéréotypés présents dans les médias, et ne peuvent plus envisager de les faire raisonner dessus », disent-elles.

Avoir des ailes 

Les enfants ont cette capacité innée de s’aimer tels qu’ils sont. Peut-être avez-vous vu, comme moi, cette vidéo dans laquelle on demandait à des adultes et des tout-petits ce qu’ils changeraient de leur corps s’ils en avaient la possibilité.

Alors que la majorité des adultes pensaient immédiatement à corriger la partie qu’ils aimaient le moins, les enfants rêvaient plutôt à ce qu’ils pourraient améliorer. Certains voulaient des ailes pour voler, un autre des jambes de guépard pour courir plus vite, une petite fille voulait même se téléporter toute seule.

Ces idées fantaisistes rejoignent en quelque sorte, selon moi, ce pour quoi l’univers des princesses attire autant les jeunes filles. Elles les transportent dans l’imaginaire de tous les possibles.

Il n’y a aucun mal à fantasmer, si on ne prend pas nos rêves pour des réalités. Et il est là, le travail du parent. Doser, discuter, faire raisonner. Bref, éduquer, être présent. Comme pour à peu près tout, c’est la base quand on élève un enfant. Donner l’exemple, aussi. Beaucoup. Mais je suis persuadée que ne pas en faire tout un cas est aussi parfois très bénéfique.   

On n’a pas tant discuté de l’épisode maquillage, ma fille et moi. Je crois même qu’elle l’a oublié. Elle n’a plus retouché à mon mascara, et a repris sa vie d’enfant. Elle est prête pour la Journée sans maquillage, ce jeudi 6 juin. 

Chronique

Troisième lien : entre vous et moi

CHRONIQUE / Vous avez été particulièrement nombreux à réagir à la chronique de samedi dernier. J’y mettais à l’épreuve les arguments du troisième lien. En général d’accord, à 80 % je dirais, ce qui laisse quand même une bonne part d’avis divergents. Mon premier réflexe devant la critique est d’envisager que le lecteur peut avoir raison.

Je regarde les faits et arguments qu’il apporte. J’essaie d’évaluer en quoi ils tiennent (ou pas) la route. Je demande parfois des précisions, ce qui conduit souvent à des échanges.

Je découvre des angles auxquels je n’avais pas songé, de nouvelles références et points de vue qui me poussent à plus de réflexion.

Il n’en résulte pas de virages à 180 degrés, mais souvent des précisions et nuances dont je tire une nouvelle chronique dans les jours qui suivent ou que je retiens pour plus tard.

La «conversation» est évidemment plus courte quand le lecteur (ou la lectrice) n’a pas d’arguments à opposer aux miens.

Selon l’humeur du moment, je réponds avec empathie, froideur, de nouvelles explications ou un mot d’humour.

Ceux qui se reconnaissent dans mon écrit du jour sont satisfaits. Les autres y voient une nouvelle preuve de mauvaise foi ou d’un quelconque agenda politique.

J’en suis venu à comprendre que pour plusieurs, les faits et arguments du texte n’ont pas énormément d’importance.

On lit avec ses a priori, ses convictions et sensibilités propres. La compréhension tient moins de ce qui est écrit que du filtre à travers lequel on l’a lu. Ce filtre altère la couleur du texte, en atténue des passages, en amplifie d’autres. C’est toujours le même texte, mais tous n’y voient pas la même chose, même quand on pense que c’était clair.

Mes opinions se forgent au fil de ce que j’apprends, hésitantes au début, puis plus assurées à mesure que s’améliore ma maîtrise d’un sujet. Il faut alors des faits nouveaux ou avis crédibles pour m’en faire changer. Je n’ai rien vu de tel encore pour le troisième lien.

Mais assez parlé de moi. C’est à votre tour.

Je vous ferai grâce des courriels favorables pour m’attarder aux autres, enfin à quelques extraits.

— «SVP. Prenez un break pour le troisième lien! Vous savez, il faut évoluer dans la vie!» écrit un lecteur qui m’avait déjà invité à prendre des vacances. Je lui avais alors proposé de prendre arrangement avec mes patrons. Ça n’a pas marché. Dommage.

— «Votre article sur le troisième lien est vraiment pitoyable… Un ramassis de vos opinions personnelles, dénué de tout fondement contrairement à vos dires», me dit un lecteur, avec qui je me suis presque réconcilié ensuite.

— Un autre dit aimer «jouer aux jeux vidéos dans lequel tu construis une ville avec les systèmes routiers et de transports en commun. Ils sont bien faits, car tu peux voir le trajet des voitures». Il a donné de bons exemples. Si ce pouvait toujours être aussi simple que dans un jeu vidéo. Et quand ça ne va plus, on pèse sur Reset ou on éteint.

— «Superbe analyse, mais… quand je vois ça je me dis que si on avait appliqué la même rigueur pour tous les projets passés on aurait eu peu de réalisations», écrit un autre.

Il nomme Manic, la Baie-James, les Olympiques… et même le «Centre Vidéotron et le retour des Nordiques dans la semaine des 4 jeudis...» Il n’avait pas tort.

— «Vos arguments sont tous logiques et bien formulés. Cependant, selon moi, la logique doit s’arrêter pour faire place à une vision à long terme.» Vraiment? Une vision sans logique?

— «Écrit pas sur quelques choses que tu ne connais pas... Dans ton monde t’a peut être un certain respect... Mais vis à vis les travailleurs tu passe pour un ignorant… Vas voir le vrais monde.» J’ai recopié ici ses mots tels quels.

— «Je trouve votre argumentaire un peu simpliste. Le Québec s’est développé avec la venue des routes. Pas de route pas de développement. C’est l’histoire qui le prouve.»

Je lui donne raison. Mais veut-on continuer ce même genre de développement?

— «Bonjour François, je suis tellement surpris du résultat de ta recherche, que j’avais deviné ta conclusion avant de lire l’article… Tu es un excellent recherchiste pour Labeaume… SVP un peu plus de rigueur...»

— «Votre avis nous importe peu, car vous êtes tellement contre l’auto que votre jupon dépasse.»

— «Si c’est de la politique que vous voulez faire, ayez au moins le courage de vous présenter aux prochaines élections au lieu de vous servir du journal pour passer vos idées politiques.» Désolé, vous serez déçu.

— «La majorité de la population a décidé. Oubliez le reste. Y a-t-il quelque chose de difficile à y comprendre?» demande un autre.

— «À qui profiterait ce troisième lien? Qui finance la CAQ et Québec 21?» me soufflent quelques lecteurs opposés au projet. Suis-je naïf de penser que ça n’a rien à voir?

— Ici, un lecteur ambivalent. «Tu y as bien pensé et tu as bien écrit sur le sujet. Tu as plus ou moins raison en général.» Merci.

— «François, c’est plus gros que toi et moi tout ça», me met en garde un lecteur avisé.

— Un autre reproche au Soleil d’accorder trop d’importance à l’environnement. «Je croyais que votre travail à titre de chroniqueur concernait l’actualité.»

Vrai. J’ai beaucoup écrit sur de grands projets (troisième lien, tramway, Le Phare, le Port, etc.) qui auront un impact durable sur le paysage et la vie de la ville. Ça me semble plus significatif que beaucoup de débats éphémères du quotidien.

En caractères gras en haut de la page, ce titre : «Une alouette en colère», suivi du texte de Félix Leclerc Le tour de l’île qu’il propose en «argumentaire supplémentaire» à mon article.

«Pour supporter le difficile, Et l’inutile, Y a l’tour de l’île, Quarante-deux milles, De choses tranquilles...» Belle façon de conclure, je trouve.

Actualités

Autrement dit

Prix en vrac (Grumpy Cat)

200 millions $ : sommes déboursées pour des activités de lobbying par les cinq plus grandes compagnies pétrolières, en 2018;

100 millions $ : estimation des recettes qu’a pu amasser la chatte «Grumpy», dont la moue boudeuse ravissait des millions de fans sur Internet, jusqu’à son décès, le 14 mai;

1,5 million $ : valeur maximale d’un tableau «Sauveur du monde», attribué à Léonard de Vinci, si les doutes sur son authenticité se vérifient. L’œuvre a été payée 450 millions $ par le prince héritier d’Arabie Saoudite, en 2017;

18 970 $ : prix moyen d’un mètre carré, à New York [Québec : 2363 $]

75 $ : coût d’une tasse de café Elida Natural Geisha 803, une variété très rare aux arômes de thé (!?), venue du Panama;

3 $ : somme que doit débourser chaque touriste pour entrer à Venise, depuis le 1er mai.

Sources : Forbes, The Guardian, The Sacramento Bee, cnn.com, Reuters

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Patrick Duquette

Pour une journée de plus avec Daniel

CHRONIQUE / Je peux seulement imaginer les efforts que Daniel Rousseau a dû consentir pour m’écrire un simple courriel. Le Gatinois de 53 ans est atteint de la maladie de Lou Gehrig.

Ça a commencé avec des raideurs dans les jambes en décembre 2017. Son état s’est détérioré assez vite. Il ne peut plus marcher que quelques pas, avec une marchette. Sinon, il se déplace en fauteuil motorisé. Ses doigts et ses avant-bras sont si raides qu’il peut difficilement tourner une page de journal ou agripper quoi que ce soit.

Richard Therrien

Inutile de mentir, ça se saura

CHRONIQUE / La question : valait-il le coup de donner une suite à Petits secrets, grands mensonges, version française de Big Little Lies? Nous étions plusieurs à ne pas en être convaincus. Après avoir été récompensé pour la première saison, Jean-Marc Vallée n’a pas voulu réaliser la deuxième, avant de finalement se voir confier une partie du montage final. Si ce n’est déjà fait, empressez-vous d’aller voir la première saison avant d’entreprendre la lecture de cette chronique.

J’anticipais donc avec un brin de scepticisme cette suite de l’histoire, qui commencera le dimanche 9 juin à 21h, sur HBO. Comme pour Le trône de fer, les téléspectateurs francophones n’auront pas à attendre des mois puisque Super Écran présente la version sous-titrée simultanément à 21h, puis la version doublée le lendemain à 22h. Une initiative que devraient imiter les autres chaînes, et ça presse.

Ces secrets malsains continuent donc de gangrener les relations entre tout ce beau monde de Monterey. Et tout un : celui de dissimuler le meurtre du violeur et batteur de femme Perry Wright, le mari de Celeste, qui fermait la première saison. Arrive dans le décor la mère du défunt, Mary Louise, jouée par l’exceptionnelle Meryl Streep. Ça commence à faire pas mal d’actrices numéro un au pied carré dans cette série primée aux Golden Globe et aux Emmy. On ne s’en plaindra pas.

Vous détesterez d’emblée Mary Louise, qui ne croit pas que son fils puisse être aussi odieux qu’on le décrit. Quand on a vu Celeste (stupéfiante Nicole Kidman) se faire violenter et manipuler aussi sournoisement dans la première saison, on ne peut d’aucune façon concéder un pouce de pardon à Perry, père aussi aimant soit-il avec ses jumeaux. Oh que non.

Par contre, on ne peut nier la force de ce nouveau personnage de mère lionne, qui a beaucoup d’esprit, et ébranle passablement l’amitié inconditionnelle de ces quatre femmes. Remplis de malaises, ses échanges avec Madeline (Reese Witherspoon) valent à eux seuls leur détour, et mettent un peu d’humour autour du propos lourd de l’histoire. Celeste n’a jamais été aussi fragile, trouve encore le moyen de magnifier l’image paternelle de son défunt mari, et se sent coupable de sa disparition. De là sa tolérance un peu excessive à la présence de belle-maman. On ne sort pas comme ça du syndrome de la femme battue, et plusieurs visites chez la psy ne seront pas de trop. Sa décision de déménager, planifiée avant la mort de son mari, alimentera certainement les soupçons de Mary Louise.

Mais ce secret majeur n’est pas le seul de cette deuxième série. Rappelons que Perry avait violé Jane (Shailene Woodley), et qu’un enfant est né de cette triste nuit, une donnée qu’ignore toujours le jeune Ziggy (Iain Armitage, la vedette de Young Sheldon). Comment parler aux enfants sans les traumatiser? Et comment entreprendre une nouvelle histoire d’amour quand on a été violée? Voilà de grandes questions abordées avec intelligence dans ce début de saison. Le passé infidèle de Madeline pourrait aussi refaire surface et plomber son ménage, déjà ébranlé par la rébellion d’Abigail, fille de sa précédente union avec Nathan. Renata (Laura Dern) est plus caractérielle que jamais. Et vous la comprendrez quand vous saurez ce qui se trame dans sa somptueuse demeure de bord de mer.

Après trois épisodes, encore trop tôt pour dire avec certitude que cette suite était nécessaire. Ce qui est sûr, c’est qu’on assiste encore une fois à de grandes performances d’actrices. Et on retrouve l’ambiance de la première saison, mélange de suspicion et de non-dits, ajoutée aux prises de vue toujours aussi spectaculaires. La musique, si chère à Jean-Marc Vallée et si présente dans toute son œuvre, l’est un peu moins cette fois. En parallèle, on continue par bribes à nous envoyer des flashbacks et des bouts d’interrogatoires, de quoi nourrir notre désir d’en savoir plus.

Bien curieux de savoir comment les femmes de Monterey s’en sortiront au bout de ces sept nouveaux épisodes. Parce que tout finit toujours par se savoir, même les pires vérités. Et ça risque de faire mal.

Nous, les humains

Non à l’Aperol Spritz!

CHRONIQUE / La saison des terrasses s’amorçait au printemps dernier quand j’ai découvert l’Aperol Spritz dans un bar hipster de Québec prompt à enlacer les tendances.

Je n’avais jamais bu ce cocktail rouge-orange, mélange d’Apérol, de Proseco et de soda. Et même si j’ai payé 9 $ pour quatre gorgées et demie, et que mes amis, avec leurs pintes viriles, se sont bien foutus de ma gueule, je dois dire que j’ai trouvé cette boisson très bonne. 

J’en ai parlé à ma blonde en revenant du bar. Elle en avait entendu parler en termes élogieux elle aussi. Le temps de le dire, on se ramenait une bouteille d’Aperol de la SAQ, et on buvait des Aperol Spritz sur le bord de la piscine hors terre chez la belle-sœur.

J’étais un peu mal à l’aise avec mon penchant pour cette boisson un peu trop instagrammable. Mais bon, la sommelière Élyse Lambert avait élu l’Aperol Spritz «cocktail de l’été» à Medium Large, alors qui étais-je pour douter de mes choix?

J’ai continué à en boire une partie de l’été, jusqu’à que j’apprenne comment j’ai été dupé. Un reportage de l’AFP m’apprenait que l’Aperol Spritz a conquis le monde occidental grâce à une campagne de marketing savamment orchestrée par le Groupe Campari, qui fabrique l’Aperol. 

Une influence invisible s’était rendue jusque dans mon verre. Un peu naïf, je pensais être l’unique instigateur de mon coup de foudre pour l’Aperol Spritz. Mais au fond, je m’en étais amouraché parce que le bar hipster que je fréquentais trouvait que c’était cool de boire un liquide amer et pétillant surmonté d’une tranche d’orange. 

Bref, je succombais au dernier cocktail à la mode, massifié à grands coups de marketing. J’aimais la même chose que tout le monde. Je me conformais. 

On pense souvent qu’on est maîtres de nos goûts et de nos opinions. Mais on est beaucoup plus réceptifs aux sirènes du conformisme que l’on pense. 

Pour en avoir la preuve, ouvrez n’importe quel manuel de psychologie sociale et vous risquez de tomber sur l’incroyable expérience du psychologue américano-polonais Solomon Asch, qu’on peut encore voir sur YouTube. 

Chronique

Voie rapide pour le salaire des députés

CHRONIQUE / Ce n’est pas pour persifler, mais s’il existe un projet de loi qui parviendra à se faufiler sans problème dans l’embouteillage législatif de la fin de la session parlementaire à Québec, c’est celui concernant le salaire des députés.

Aucune audience publique ne sera tenue sur cette proposition législative «ajustant» la rémunération des parlementaires de l’Assemblée nationale. Le gouvernement n’en veut pas. Et ni le Parti libéral du Québec ni le Parti québécois n’en réclament. Alors...

Remarquez; ce n’est pas surprenant. Cette proposition législative a été présentée conjointement par le gouvernement et les groupes parlementaires libéral et péquiste. Ils ont présenté ce projet de loi ensemble.

Québec solidaire, le seul parti à réclamer des audiences publiques, prêche dans le désert.

Une compensation

Malgré le fait qu’il ait été présenté tout récemment, le projet de loi ajustant la rémunération des élus de l’Assemblée nationale fera donc partie de ceux adoptés d’ici la relâche estivale. Il est considéré comme prioritaire par une large majorité des élus, lesquels, il faut quand même le dire, sont ici en conflit d’intérêts.

Concrètement, le projet de loi du ministre Simon Jolin-Barrette, du leader parlementaire du Parti libéral du Québec, Sébastien Proulx, et du leader parlementaire du Parti québécois, Martin Ouellet, vise à hausser l’allocation annuelle de dépenses des parlementaires de manière à ce qu’ils touchent bel et bien les 17 650 $ qu’elle représente. Pourquoi? Parce qu’ils devront pour la première fois payer de l’impôt fédéral sur ces dollars-là.

Ce prélèvement fiscal s’effectuera donc sans douleur, puisque cette allocation sera augmentée en conséquence.

Y a-t-il beaucoup de citoyens qui peuvent s’accorder des compensations en raison d’un resserrement de la fiscalité?

Comité indépendant

On n’en serait pas là si la démagogie politique n’avait pas prévalu lorsque le Comité consultatif indépendant sur les conditions de travail des députés de l’Assemblée nationale, présidé par l’ex-juge Claire L’Heureux-Dubé, a présenté son rapport, en novembre 2013.

Personnellement, j’estime que les élus de l’Assemblée nationale sont insuffisamment rémunérés.

Mais cette affaire rappelle qu’il n’est que temps qu’un comité indépendant décisionnel soit mis sur pied pour déterminer l’ensemble des conditions de travail de ces élus afin qu’ils n’agissent plus à la pièce et qu’ils ne soient plus en conflit d’intérêts, comme actuellement.

En attendant, il n’y aura ni feu jaune ni feu rouge sur la route de l’adoption de ce projet de loi, malgré l’actuel goulot d’étranglement législatif.

Ce projet de loi a droit à une voie rapide, celle-là même qu’on souhaite à celui sur le réseau de transport structurant de la capitale.

Richard Therrien

C’est la fin des «Squelettes dans le placard»

CHRONIQUE / Après 14 saisons à l’antenne, «Des squelettes dans le placard» tirera sa révérence à la fin de l’été, me souffle-t-on à l’oreille. En ondes 20 semaines par année, le jeu de Patrice L’Ecuyer attire encore en moyenne 451 000 fidèles, en semaine à 19h sur ICI Radio-Canada Télé.

La direction a pris cette décision avec la «volonté de renouveler la grille après 14 ans», me dit-on aux communications. Rares sont les jeux à avoir tenu l’antenne aussi longtemps. Michel Chamberland, qui coproduisait l’émission avec Christiane Rivard, n’est pas peu fier de cette longévité; après avoir produit 2194 émissions de L’union fait la force, aussi animée par L’Ecuyer, Des squelettes dans le placard s’arrêtera au bout de la 1094e émission, ce qui équivaut à 3282 véritables squelettes!

M. Chamberland, qui produit l’émission depuis ses débuts, n’est pas amer de cette décision. «C’est tout à fait légitime de laisser la place à d’autres», dit-il, heureux que l’émission quitte en récoltant encore de si bons auditoires. Chose certaine, ce n’est pas parce qu’on est arrivé au bout des squelettes dans les placards des vedettes qu’on met fin à l’émission. «Au contraire, nous avions de plus en plus de facilité à convaincre nos invités. Au début, ils racontaient surtout des squelettes de jeunesse, mais plus les années passaient, plus ils en racontaient des très récents», raconte le producteur, qui insistait pour que la production reçoive chaque saison 15 à 20 % de nouvelles têtes. À l’inverse, certains invités n’ont pas manqué une seule saison.

Dérivée des Détecteurs de mensonges, Des squelettes dans le placard est arrivée à l’été 2006, en même temps que La petite séduction de Dany Turcotte, qu’on a débranchée il y a deux ans. Radio-Canada voulait alors prolonger L’union fait la force durant tout l’été, mais les producteurs craignaient qu’on brûle le concept. C’est là que Jean-Claude Lespérance a initié les Squelettes et confié le concept à Yves Taschereau, le père des Détecteurs de mensonges. À partir de quatre squelettes, dont un squelette fantôme, le public en studio devait associer chaque secret embarrassant à une vedette invitée. Sylvie Léonard, Christian Bégin et Didier Lucien avaient inauguré le jeu, pas évident à comprendre au départ.

La fin de cette aventure signe aussi le temps de la retraite pour Michel Chamberland, après plus de 40 ans de carrière dans les médias, dont sept comme vice-président programmation à TVA, années durant lesquelles il a notamment lancé Salut bonjour. Après quoi il a inauguré le Canal Évasion puis fondé sa boîte de production, Télé-Génik. Auparavant, M. Chamberland a œuvré à Télémédia et aux variétés de Radio-Canada, entre autres. À 69 ans, il souhaite maintenant s’accorder du bon temps avec le sentiment du devoir accompli. L’homme de télé a de bons gènes : son père a l’âge vénérable de 98 ans.

Le tournage des Squelettes a pris fin pour de bon mardi dernier. La dernière sera diffusée le 5 septembre. La direction de Radio-Canada a testé une nouvelle formule de jeu en semaine à 17h30 avec Pierre-Yves Lord, Mémorable!, qui se termine vendredi, mais qui est passée plutôt inaperçue. Patrice L’Ecuyer reprend quant à lui l’animation de Silence, on joue! dès septembre.

Mégantic par Philippe Falardeau

Philippe Falardeau prépare une série documentaire sur les origines de la tragédie de Lac-Mégantic, à partir de l’essai intitulé Mégantic. Une tragédie annoncée, signé Anne-Marie Saint-Cerny.

Trio Orange produira l’adaptation télévisuelle de ce livre construit comme un polar, et se déclinant en trois parties — avant, pendant et après.

Aucun diffuseur n’est encore annoncé. «Mégantic était une catastrophe prévisible et annoncée. Pire, elle va se reproduire. Il faut refuser de se faire dire qu’il s’agissait d’un accident causé par des erreurs individuelles», a confié le réalisateur de Monsieur Lazhar par voie de communiqué.