De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages

Matthias Debureaux, De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages: un court recueil qui me semblait d’application au moment où j’allais commencer à écrire mon récit de voyage du Sri Lanka. L’auteur fait le portrait de ces personnes qui ont l’art d’accaparer un public pour expliquer les nombreuses péripéties de leurs voyages, photos et souvenirs à l’appui. Que ce soient les interminables soirées diapositives du passé ou les récits de blogs plus actuels, certaines personnes ont l’art de mettre en avant des choses qui leur semblent extraordinaires tandis que les spectateurs ou lecteurs s’endorment (ou ricanent) dans leur coin. Je pense qu’on a tous eu des excès du genre mais les voir rassemblés tous ensemble est assez drôle. Des extraits:

“Dénigrez les touristes. Fouettez la “bronzaille”. Martelez que vous préférez voyager “intelligent” et marquez bien votre distance avec le visiteur moyen qui est transporté avec ses certitudes et se peur panique d’être déstabilisé.”

“Dès que vous êtes connecté, dupliquez de façon quasi identique le récit de vos aventures sur tous le réseaux existant sur la toile, car cela permet aux proches qui utilisent plusieurs outils de relire plusieurs fois les mêmes informations et, ainsi, de mieux les assimiler.”

“Féminisez les lieux. Révélez une ville comme une femme dont on devient l’amant: “C’est la belle enchanteresse” ou “la diva d’eau et de pierre. On n’épuise jamais les sortilèges de cette séductrice aux multiples visages.””

Au coeur du Yamato

Aki Shimazaki, Mitsuba, Zakuro, Tonbo, Tsukushi, Yamabuki: après Le poids des secrets, Aki Shimazaki a de nouveau écrit cinq courts romans dont les personnages se croisent. Au centre de ce cycle se situent les salarymen et leur famille, leur fidélité aux grandes sociétés commerciales japonaises et les règles qui en dépendent mais aussi les lois sociales très rigides de la culture japonaise et le silence qui en découle. Mais ce n’est que la toile de fond: Mitsuba raconte l’histoire d’amour malheureux de Takashi Aoki, Zakuro décrit la recherche du père de Tsuyoshi Toda qui a été déporté en Sibérie pendant la guerre, Tonbo révèle des histoires du passé liées à un suicide, dans Tsukushi, Yuko, l’amour impossible de Takashi, aujourd’hui mariée avec le président d’une grande banque découvre un secret troublant, Yamabuki suit Aïko Toda, salaryman aujourd’hui à la retraite. Dans chacun des récits, Aki Shimazaki déploie son talent d’écriture pour décrire les petites choses de la vie mais aussi les secrets qui ne peuvent être dévoilés, avec poésie et émotion. Ses portraits sont vivants, utilisant des plantes comme fil rouge – les titres de chacun des livres. Une fois de plus, j’ai beaucoup aimé lire cet auteur et j’ai avalé les cinq volumes en deux ou trois jours – pendant une longue attente pour un avion qui décollait au milieu de la nuit.

Un roman “Lire le monde” pour le Japon.

Book_RATING-40

The girls

 photo 26893819_zps9ejeiqac.jpgEmma Cline, The girls: quoi de plus logique, après avoir lu California girls de Simon Liberati, que d’entamer ce roman sur le même thème. Evie est une adolescente de 14 ans un peu désoeuvrée pendant les vacances scolaires. Elle est attirée par le grand frère de sa meilleure amie Connie mais elle se dispute avec celle-ci. Que faire de ces jours si vides ? Même sa mère l’abandonne quasiment pour folâtrer avec son nouvel amoureux. Et puis, un jour, elle est fascinée par une jeune fille aux cheveux noirs. Elle fait connaissance avec Suzanne, plus âgée et très énigmatique. Celle-ci l’emmène au “ranch”, un endroit fort différent de ce que connaît Evie. Chacun y partage tout, il y a une grande liberté, et Russell est le grand maître. D’une certaine manière, il a envoûté les personnes qui vivent avec lui, il a un pouvoir sur eux, pouvoir qui mènera au meurtre. Parce que dès les premières pages, le lecteur se rend compte qu’il lit une variation de l’histoire de Charles Manson, mais du point de vue d’une jeune fille impressionnable. Emma Cline décrit avec perfection les sentiments contradictoires de l’adolescence, l’envie de découvrir et de tester les limites, les besoins sexuels qui se dévoilent et dont certains adultes profitent, l’admiration pour certaines personnes qui semblent tellement plus intéressantes, les relations conflictuelles avec les parents, d’autant plus que ceux d’Evie sont séparés et ne savent pas trop comment l’aborder. En parallèle de cette histoire de “coming of age”, Emma Cline met en scène une Evie adulte, en contrepoint du passé – partie du roman qui n’est pas aussi développée et qui n’était peut-être pas entièrement nécessaire – mais peu importe. Autant le roman de Simon Liberati était terre à terre et violent, écrit pour faire parler de lui, autant celui-ci est beaucoup plus subtil, beaucoup plus fin, beaucoup plus réaliste. J’ai adoré !

J’ai lu ce livre avec Ingannmic, et il remplit la case “Californie” dans le challenge “50 novels pour 50 states.”

Book_RATING-40

Et toi, tu as eu une famille ?

Bill Clegg, Et toi, tu as eu une famille ?: pendant mes vacances, j’ai enchaîné les romans relativement courts, ce qui m’a poussée à les terminer très vite. La lecture de celui-ci est plutôt due au hasard, il se trouvait au début de la bibliothèque de ma liseuse. June est une femme brisée: sa fille Lolly, son futur gendre Will, son petit ami Luke et son ex-mari Adam – tous réunis dans le Connecticut pour le mariage de Lolly – meurent dans un incendie. Criminel ou accidentel ? L’enquête est bâclée mais ce n’est pas le propos du roman. Bill Clegg alterne les voix et les différents acteurs du livre parlent chacun à leur tour, June, évidemment, qui fuit le Connecticut pour traverser les Etats-Unis, mais aussi d’autres personnes du village ou celles croisées en chemin. Chacun raconte une partie de l’histoire, narre les drames du passés et partage ses pensées du moment, ce qui conduit le lecteur à rassembler les différentes pièces du puzzle. Ces portraits, aussi subtils qu’ils soient, ne m’ont pas fort passionnée et j’ai terminé ce roman parce qu’il n’était pas très long. Je n’ai jamais été émue par les personnages et la succession de portraits différents fait parfois perdre le fil de la lecture.

Ce livre remplit la case “Connecticut” dans le challenge 50 novels for 50 states.

Book_RATING-30

Vi

Kim Thuy, Vi: Vi, c’est le roman d’un vie, celle de cette petite fille qui naît au Vietnam dans une riche famille. Mais le pays est en guerre et elle rejoint le contingent des boat people avec sa mère et ses frères. Elle aboutit au Québec où elle commence une autre vie, différente de l’ancienne, tiraillée entre les traditions vietnamiennes et le monde occidental. Kim Thuy raconte tous ces événements par de courts chapitres plein de nostalgie et de tendresse – de moments tragiques aussi. Elle narre également le passé qui resurgit dans la mémoire de Vi, l’histoire de son grand-père et de sa grand-mère qui se sont rencontrés sur le marché flottant de Cai Be. Elle a écrit une chronique familiale tout en retenue (un peu plus d’une centaine de pages) mais qui transporte le lecteur grâce à la poésie des mots. Un roman passionnant !

Book_RATING-40

A year in culture – 2016

Mon année culturelle, ou le bilan des bilans mensuels, avec mes coups de cœur des 12 derniers mois.

J’ai lu 41 romans cette année, une nette amélioration par rapport à l’année passée (29) ainsi que 36 livres de non-fiction (15 l’année passée). Même si beaucoup parmi ces derniers étaient des livres de cocktail avec peu de texte, cela fait une belle pile. Mes romans préférés sont (avec un duo gagnant):

Quant à la non-fiction, je recommande en duo gagnant deux livres totalement différents, le second ayant eu beaucoup d’impact sur ma vie personnelle, le premier m’ayant fortement touchée:

J’ai vu 38 saisons de séries. Pour certaines, j’ai commencé à la saison 1 et rattrapé tout mon retard (The 100, The Americans, Black Sails…), pour d’autres, j’ai continué mon visionnage avec la nouvelle saison. Mon top 6, avec mes deux préférées:

  • Black Sails
  • The 100
  • This is England
  • Indian Summers
  • Halt and Catch Fire
  • Masters of Sex

J’ai eu l’occasion de voir 15 documentaires, la plupart musicaux mais j’inclus ici aussi Anthony Bourdain Parts Unknown dont j’ai enfin vu tous les épisodes.

  • Pulp: A film about life, death and supermarkets – Florian Habicht, 2014: Pulp à Sheffield
  • Salad days: A Decade of Punk in Washington, DC (1980-90) – Scott Crawford, 2014: un documentaire passionnant sur le monde du hardcore
  • Don’t think I’ve forgotten: Cambodia’s lost rock & roll – John Pirozzi, 2014: la pop cambodgienne d’avant les Khmers Rouges
  • Jakarta Jakarta ! – Vincent Moon, 2016: un voyage sonore à Jakarta
  • My Buddha is punk – Andreas Hartmann, 2015: la scène punk en Birmanie

Et enfin, j’ai vu 25 films, des westerns (aucun n’a rejoint cette liste) mais aussi quelques films contemporains, dont plusieurs asiatiques. Mes favoris:

  • The diary of a teenage girl – Marielle Heller
  • The Assassin – Hou Hsiao-Hsien
  • Notre petite soeur – Hirokazu Kore-eda
  • Carol – Todd Haynes
  • An – Les délices de Tokyo – Naomi Kawase

En musique, j’ai complètement décroché en cours d’année, notant de moins en moins souvent quels étaient mes disques favoris, arrêtant même complètement dès octobre. Je comptais sur 2016 pour écouter plus de musique mais cela ne m’a pas vraiment réussi. Peut-être que je dois arrêter de faire des efforts et juste apprécier les disques qui me passent par les mains. Voici cependant une petite sélection:

  • Daughter, Not to disappear: une fille qui chante sur un fond de guitares et qui fait penser à The XX
  • Hongthong Dao-Udon, Bump lam phloen, essential Hongthong Dao-Udon: morlam et lukthung des années 70 et 80 en Thaïlande
  • Indian talking machine: – ou l’Inde en 78 tours. Un livre magnifique, une musique d’un autre temps
  • Ryuichi Sakamoto & Alva Noto, The revenant: sombre et très prenant
  • Carter Burwell, Carol: un petit air de Downton Abbey mais en mieux
  • Soul sok sega. Séga sounds from Mauritius 1973-79: des disques oubliés aux rythmes très rock et funk
  • Marissa Nadler, Strangers
  • Bear McCreary, Black Sails
  • Jambinai, A Hermitage
  • Khwanta Fasawang, Lam phaen motorsai tham saeb – morlam thaï
  • Phairin Phonhibun, Lam klom thung: essential Phairin Phonphibun – morlam thaï
  • Space echo: the cosmic sound of Cabo Verde 1977-1985

Des restaurants et découvertes culinaires:

  • Seino (Ixelles): cuisine fusion très réussie aux accents franco-japonais
  • Maru (Ixelles), cuisine coréenne
  • des légumes, association entre plats et cocktails de Matthieu Chaumont et Nicolas Decloedt – un essai chez Hortense encore situé à l’époque au Sablon. L’expérience continue rue de Vergnies à Ixelles.
  • le menu gastronomique de Culinaria Autumn

Et pour le reste, j’ai cousu 15 vêtements (dont une série n’a pas encore été montrée ici) et j’installé un bassin et une petite cascade dans le jardin (je n’ai jamais écrit de billet sur le sujet mais bien posté quelques photos sur Instagram).

Bilan culturel – décembre 2016

Il me restait à publier le bilan culturel de décembre, avant de vous proposer demain celui de l’année, avec mon best of.

Romans:

  • Kim Thuy, Vi
  • Bill Clegg, Et toi, tu as eu une famille ?
  • Aki Shimazaki, Mitsuba
  • Aki Shimazaki, Zakuro
  • Aki Shimazaki, Tonbo
  • Aki Shimazaki, Tsukushi
  • Aki Shimazaki, Yamabuki
  • Matthias Debureaux, De l’art d’ennuyer en racontant ses voyages
  • Fabrice Colin, Jenny

Livres documentaires:

  • Michel Verlinden & Matthieu Chaumont, Spiritueux & apéritifs d’artisans en Belgique
  • Robert Simonson, A proper drink

Séries tv:

  • Class – saison 1 (abandonnée en cours de route) (4,5/10)
  • The Crown – saison 1 (7/10)

Documentaires:

  • Anthony Bourdain Parts Unknown – saison 8

Films:

  • The Treasure of the Sierra Madre (John Huston, 1948)
  • Silver River (Raoul Walsh, 1948)

Restaurants et bars:

  • Hanoi Station (quartier Merode), de la street food vietnamienne savoureuse
  • La Pharmacie Anglaise, de délicieux cocktails dans un cadre historique
  • Horia Eatery (quartier Bourse), mezze et tagines nord-africains, une cuisine simple mais nourrissante