#LaValiseAudible : Agatha Raisin enquête, de M.C Beaton
J'avais, certes, déjà lu les livres l'été dernier mais je n'ai pas résisté à la tentation de replonger dans cette série via la version audio. Et franchement, quel bonheur ! Françoise Carrière a réussi à interpréter Agatha Raisin en lui donnant de l'aplomb, du culot et de la mauvaise foi, tout en nous embarquant dans ses folles péripéties dans les Cotswolds.
Agatha est une héroïne fantasque et fonceuse, qui vient de plaquer une vie londonienne bouillonnante d'activités et une brillante carrière à la tête d'une agence de communication pour enfin vivre son rêve d'enfance en s'installant dans un cottage en pleine campagne anglaise.
Las, son adaptation à la vie de Carsely n'est pas un franc succès. Les autochtones sont excessivement polis mais distants. Agatha a beau multiplier les efforts d'intégration, rien n'y fait. Elle se sent seule, isolée et elle s'ennuie. Son dernier espoir consiste à participer à un concours de quiche - qu'elle court acheter chez un traiteur à Londres. Or, peu après sa dégustation, le président du jury meurt empoisonné ! Agatha jure ses grands dieux qu'elle est innocente et avoue honteusement sa supercherie.
L'enquête tourne court, mais contrarie notre héroïne qui cherche à démontrer au jeune agent Bill Wong qu'un véritable crime vient d'être commis à la barbe de tous. Cette chère Agatha met les pieds dans le plat, tout en hardiesse et en maladresse, pour nous régaler de son histoire décapante et savoureuse.
La lecture est aussi réjouissante à lire qu'à écouter ! Merci AUDIBLE d'avoir proposé cette série dans votre catalogue.
>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.
©2017 Albin Michel (P)2017 Audible Studios
La quiche fatale (Agatha Raisin enquête 1)
Je continue ma relecture en format audio de la série Agatha Raisin avec toujours autant de plaisir ! Bonne interprétation de Françoise Carrière qui incarne une héroïne cinglée à force de persévérer dans ses efforts pour être acceptée dans les Cotswolds.
Dans ce deuxième épisode, on retrouve cette chère Agatha en plein désarroi sentimental. Entichée de son nouveau voisin, James Lacey, elle se désespère de son indifférence et multiplie les efforts pour croiser son chemin. Forcément, son manque de tact effarouche notre ermite, qui contemple derrière ses rideaux les allées et venues de sa voisine hyperactive. Agatha va alors se consoler auprès du vétérinaire, Paul Bladen, qui fait tourner les têtes avec son regard pénétrant et ses mains sensuelles. Cette fois, ses efforts ne seront pas vains, puisqu'elle décroche un rendez-vous galant et tutti quanti.
Et puis boum, fin tragique pour notre véto. Non seulement sa mort va troubler la communauté de Carsely, mais elle va mettre à jour quelques secrets peu avouables. Agatha va encore endosser son costume de détective amateur et s'allier à James en se prêtant à rêver d'une idylle naissante... Leur enquête de terrain ne manquera ni de piquant et ni de truculence (lire la scène des WC du pub pour s'en convaincre) et parer ainsi ce volume d'anecdotes cocasses et enlevées.
Cette série est décidément une véritable bouffée d'air frais à découvrir pour les vacances, si l'occasion s'en présente ! Je m'inscris déjà pour découvrir la suite rapidement. ☺
>> Ce livre audio en version intégrale est proposé en exclusivité par Audible et est uniquement disponible en téléchargement.
©2017 Albin Michel. Traduit de l'anglais par Esther Ménévis (P)2017 Audible Studios
Remède de cheval (Agatha Raisin enquête 2)
Les Sœurs de l'océan, de Lucy Clarke 🌊🌞 En poche ! 🌊🌞
Katie et Mia sont deux sœurs inséparables. Suite au décès de leur mère, elles ont choisi de vendre leur maison de Cornouailles pour s'installer ensemble à Londres. Toutefois, l'une et l'autre sont totalement opposées.
Si Katie a tracé sa vie selon une ligne droite, celle de Mia n'est qu'une succession de soubresauts. Aussi, du jour au lendemain, annonce-t-elle à son aînée qu'elle plaque tout pour faire le tour du monde. Son meilleur ami Finn l'accompagne.
Et les mois filent, égrenant des nouvelles sporadiques. Katie est excédée par la légèreté de sa jeune sœur et entend se protéger. Mais l'incompréhension est réciproque. Jusqu'à l'annonce du drame - Mia s'est jetée du haut d'une falaise, à Bali.
Katie est effondrée, refuse l'évidence, cherche des réponses dans le journal de sa sœur, puis décide de partir sur ses traces.
Nous plongeons alors dans deux parcours, racontés en parallèle par Mia et Katie, à six mois d'intervalle. Et quelle évasion ! Ce sont autant de paysages somptueux, de contrées lointaines, paradisiaques et dépaysantes qui s'offrent à nous...
Mais ce sont surtout deux épopées incroyables, magiques et bouleversantes, qui vont puiser aux sources de la famille et révéler tant de mystères autour. C'est poignant, mais captivant ! J'ai lu ce roman d'une traite, tant j'étais emportée par le récit des deux sœurs, dont la relation chaotique m'a émue aux larmes et très sincèrement touchée.
C'est un doux et beau roman, bouleversant juste comme il faut. C'est aussi le compagnon idéal de vos vacances, n'hésitez pas !
- POCKET - 2017
- Traduit par Sylvie Schneiter [Swimming at Night]
Quelques heures à tuer, de Heidi Pitlor
Après dix-neuf ans de vie commune, Hannah et Lovell sont lassés de leur routine et se disputent pour des broutilles. Il a donc suffi d'une énième altercation pour pousser Hannah vers la sortie, laissant sa famille dans le flou et l'incertitude. Les heures passent, puis les jours, Hannah ne donne aucune nouvelle. Lovell tente de sauver la face pour préserver ses enfants, mais la police s'immisce dans leur histoire et vient titiller ce mari trop irréprochable pour être honnête. De son côté, Lovell fait son examen de conscience et ressasse sa dernière discussion avec Hannah, décryptant chaque mot, chaque geste, chaque détail anodin pouvant éclairer la situation confuse. Quelle parole de trop aurait incité Hannah à agir de la sorte ? Lovell a failli avoir un geste malheureux, serait-ce là aussi un début d'explication ? Et pourquoi n'adresse-t-elle aucun signe à ses enfants inquiets ? Hannah n'en a-t-elle finalement plus rien à secouer de son quotidien, de sa famille, ne regrette-t-elle pas son ancien fiancé, sa vie d'avant, où tout baignait dans le luxe et la richesse ? Lovell est accablé par le doute et l'angoisse. Même le journal local soulève cette disparition préoccupante et vient dresser le portrait de Lovell, en tant qu'homme au self-control impeccable mais déroutant. Toute la famille est prise dans la tourmente et retient son souffle dans l'attente d'un dénouement latent.
Vu comme ça, on croirait un réchauffé du roman de Gillian Flynn, Les apparences (Gone Girl). On retrouve en effet l'archétype du couple éreinté, la querelle en guise d'élément déclencheur, l'épouse envolée, le mari suspect, puis dans l'intervalle, on découvre le parcours de la “disparue” et le déroulement des événements de cette journée. On jongle ainsi entre deux visions d'une intrigue tortueuse, où les masques vont tomber pour mettre à nu des émotions complexes et perturbantes, qui nous entraînent loin, bien loin de ce qu'on espérait glaner. Globalement, c'est assez triste. L'état des lieux quant aux “misères de la vie conjugale” est effroyable. Plus on avance dans la lecture, et plus s'éloigne le spectre de G. Flynn. On a ici un roman plein de nœuds et d'anecdotes inconfortables, un projecteur sur les faux-semblants qui minent toute perspective d'avenir réjouissant, un étalage de frustrations, un cumul de non-dits et une lente agonie du couple... Brr, on a franchement envie de s'ébrouer au moment de refermer le live. C'est plein, plein d'amertume là-dedans.
ACTES SUD / COLL. ACTES NOIRS - 2017
TRAD. Alain Defossé [The Daylight Marriage]
À sa place, d'Ann Morgan
Helen et Ellie sont sœurs jumelles. Elles se ressemblent comme deux gouttes d'eau, mais ont des tempéraments opposés. C'est toujours Helen qui mène la danse et qui embarque Ellie dans son imagination foisonnante. Un jour, elle décide de tromper leur mère et d'inverser leurs rôles. Helen devient Ellie, et vice versa. Seulement, à la fin de la journée, Ellie refuse de reprendre sa place et laisse sa sœur pédaler dans la semoule pour prouver le contraire. Leur mère, obnubilée par sa nouvelle relation sentimentale, n'y voit que du feu et envoie balader les fillettes dans leur chambre. Le temps passe, Ellie a embobiné tout le monde, même les copines d'Helen lui tournent le dos. Celle-ci est en train de basculer dans le terrier du lapin blanc en une lente et longue chute vertigineuse. C'est un cauchemar qui se referme sur elle, car Ellie a toujours traîné une réputation d'enfant à problèmes. C'est donc à Helen de les gérer et d'en supporter le poids. Plus elle prétend ne pas être celle qu'on s'imagine, plus son entourage doute de sa santé mentale et la repousse en ne supportant pas ses accès de colère. La spirale infernale ne s'arrête plus, elle tourne dans tous les sens, chamboulant également le lecteur ébahi. Comment une mauvaise blague a pu tourner au vinaigre ? Devenue adultes, les sœurs sont toujours les victimes de leur manège. Helen a sombré dans l'alcool, la drogue et la débauche. Elle vit dans un petit appartement insalubre et a coupé les ponts avec sa famille. Elle découvre, un jour, que sa sœur se trouve à l'hôpital dans le coma. Le mari de celle-ci a remué ciel et terre pour la retrouver et toque à sa porte, désespérément. L'heure de la vengeance a enfin sonné ?
Avec une accroche aussi efficace, j'ai parcouru les premières pages du livre à une vitesse folle ! Je me sentais absorbée par cette démonstration de duperie et de pure divagation, sans aucune limite pour résorber le flux ou remettre le train sur les rails. Au contraire, le roman nous entraîne dans le déraillement complet d'une mascarade malsaine, sous couvert d'une complicité sourde et aberrante. C'est uniquement dans les dernières pages du livre qu'on se rend compte de l'énormité du subterfuge. En attendant, la guerre des nerfs est implacable. On assiste au naufrage familial avec effarement, on s'interroge, pourquoi et comment l'une part à la dérive sans que l'autre réagisse... Le scénario est franchement redoutable, car diabolique. Certaines scènes sont assez injustes et dures à encaisser, mais elles suivent une logique glaciale, laquelle découle de l'esprit retors de l'auteur. Pour un premier roman, l'effet est dévastateur ! C'est effroyable, et néanmoins fascinant.
PRESSES DE LA CITÉ - 2017
Trad. Karine Lalechère [Beside Myself]
Appelle-moi, de Sophie McKenzie
Coincée dans un dîner d'affaires, rendez-vous important pour son mari Will, Livy ne peut répondre au coup de fil urgent de son amie Julia. « Appelle-moi. Besoin de te parler. » C’est le dernier texto qu'elle reçoit avant de découvrir son amie morte sur son canapé. La police conclut très vite à un suicide, sa famille se plie aux rapports de l'enquête, seule Julia refuse d'accorder du crédit à une telle éventualité. Lors des funérailles, elle croise un individu qui la foudroie du regard. Serait-ce le mystérieux Démon Blond dont Julia avait brièvement évoqué l'existence ? Livy ne sait plus à quel saint se vouer, étant donné le maigre soutien dans son entourage, elle consent à accompagner cet invidivu dans sa quête de la vérité. Julia aurait été assassinée, car elle aurait découvert le nom du meurtrier de Kara, la sœur de Livy morte des années plus tôt. Un crime non résolu qui n'a jamais cessé de hanter leurs mémoires. Livy est donc frappée de stupeur au fur et à mesure qu'elle fouille dans la vie de son amie, révélant des pans cachés qu'elle n'aurait jamais soupçonnés. Soudain, les certitudes de Livy s'effondrent... déjà fragilisées par une vie conjugale en pleine déroute et le sentiment d'être trompée par son mari.
Pour avoir précédemment lu Je ne t'oublierai pas - une femme enquête sur la disparition de son bébé, qu'elle croyait mort à sa naissance - je n'ai pas été surprise par la tortuosité de l'intrigue dans ce deuxième roman, car je m'attendais à suivre un déroulement aussi pervers et hallucinant. Seule crainte, qu'il tire sur les mêmes ficelles et répète le dénouement aux fausses pistes sidérantes. Finalement, l'histoire use des bonnes vieilles recettes et sert un scénario alambiqué, au suspense bien troussé et au rythme endiablé, mais a la décence de surprendre le lecteur en injectant de nouvelles ressources et en le conduisant là où il ne s'y attend pas. Basique, mais efficace. Au final, c'est un bon roman qui assure le show - frissons, tension et angoisse. Un divertissement honorable.
- POCKET Thriller / 2017
- Traduit par Florence Bertrand [Trust in me]
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Parmi les choix possibles, voici quelques-unes de mes suggestions :
L'amie prodigieuse (L'amie prodigieuse 1) d'Elena Ferrante
En attendant Bojangles d'Olivier Bourdeaut
La colline aux esclaves de Kathleen Grissom
Maia (Les sept sœurs 1) de Lucinda Riley
Les aventures improbables de Julie Dumont de Cassandra O'Donnell
Ce que je peux te dire d'elles d'Anne Icart
Je peux très bien me passer de toi de Marie Vareille
Mémé dans les orties d'Aurélie Valognes
Vieux, râleur et suicidaire: La vie selon Ove de Fredrik Backman
Le mystère Henri Pick de David Foenkinos
Les Vacances d'un serial killer de Nadine Monfils
Austerlitz 10.5 de François-Xavier Dillard & Anne-Laure Beatrix
Le Trône de fer (Le Trône de fer 1) de G.R.R Martin
Dôme 1 de Stephen King
Terminus Elicius de Karine Giébel
Block 46 de Johana Gustawsson
Quand le danger rôde (La communauté du Sud 1) de Charlaine Harris
Qui es-tu Alaska ? de John Green
Le silence du rossignol (Le Clan des Otori 1) de Lian Hearn
#LaValiseAudible
La famille Middlestein, de Jami Attenberg
Edie Middlestein pèse plus de 150 kg et doit subir une nouvelle opération à la jambe pour lui éviter des problèmes cardiaques. Sa fille Robin tient son père responsable de la déchéance de sa mère. Alors que celle-ci doit passer sur le billard, Richard n'a rien trouvé de mieux que de demander le divorce et s'offrir une nouvelle jeunesse en multipliant les rencontres sur le net. Benny, leur fils, est lui confronté à une soudaine calvitie - liée au stress - et laisse son épouse Rachelle partir en mission pour sauver sa belle-mère. En filigrane, se prépare également la célèbre bar-mitsvah des Middlestein où vont se croiser tous les membres de cette famille dysfonctionnelle.
Ne vous attendez pas à une comédie familiale déjantée, ni à une tragicomédie plombante et bien amère. Le roman est un étonnant mélange des deux, tantôt grinçant et caustique, tantôt désopilant et saugrenu. On sent néanmoins tous les regards converger vers la mère juive despotique et effrayante, qui se moque du qu'en-dira-t-on et se remplit la panse pour assouvir tous ses désirs. Et on devine les dents grincer, les soupirs s'accentuer, les replis sur soi et les vaines tentatives de déculpabiliser. Edie est tout de même formidable dans son rôle d'ogresse, qui a déraisonnablement choisi de croquer la vie à pleines dents. C'est un portrait tout en humour, en tendresse et en suavité qui se dessine, mais qui ne cache rien du désarroi de ses proches. La famille Middlestein incarne les dérives d'une société imparfaite, pleine d'espérances et pourtant vouée à sa propre désagrégation.
Une lecture finalement pas si légère, malgré une orientation cynique pleinement assumée, mais qui tend à se soigner pour ne pas sombrer dans le sinistre.
10-18 / Trad. Karine Reignier-Guerre (2015)
Alice change d'adresse, de Michel Moatti
Anéantie par la perte tragique de son fils Franck, Alice a tenté de mettre fin à ses jours et se trouve actuellement à la clinique de Belmont pour suivre une thérapie. Elle y rencontre un ancien officier de police, Van Dern, qui soulève l'étrangeté de son dossier - selon lui, son fils n'est pas mort mais aurait été enlevé. Cette révélation suffit pour secouer Alice, qui accepte de suivre l'individu hors des sentiers battus. Le personnel de la clinique est vigilant, mais elle refuse de lui octroyer davantage de temps à ressasser son drame. Un dimanche pluvieux, alors qu'elle se promenait avec Franck le long du canal, une averse s'est abattue sur eux, emportant son fils près de l'écluse n°9. Les souvenirs d'Alice sont néanmoins assez flous et confondent les images, les sons, les sensations. À force de discuter avec Van Dern, elle remet peu à peu en scène cet épisode dramatique en convoquant les souvenirs des rares témoins de cette sinistre journée.
Autant avouer que la lecture de cette histoire est tout aussi confuse et embrumée que l'esprit de l'héroïne traumatisée. Son état cotonneux, maintenu par sa prise intensive de médicaments, rend l'avancée tâtonnante et erratique. Mais cela cultive aussi un suspense psychologique appréciable et captivant. On a beau froncer les sourcils, n'y comprendre goutte, on ne lâche pas l'affaire et on tourne les pages avec l'envie d'en savoir plus. Le roman joue habilement avec les codes du genre. Ici, les silhouettes sont vagues, les mots confus et les pistes effacées. Les changements d'adresse d'Alice sont, autrement dit, des “aventures mentales” (“paysages mentaux de la folie”, “échappées belles des psychotiques”). L'expérience est déroutante, mais vaut le détour si l'on accepte de suivre le flux sans pointer du doigt les incohérences et dans l'attente patiente du final qui viendra éclairer les zones d'ombre. Le dénouement, avec ou sans grande surprise, ponctue la dernière note de cette lecture étrange, mais aux illusions et aux espoirs nombreux.
10-18 / 2017
Le testament de Jessie Lamb, de Jane Rogers
Dans un monde ravagé par un virus qui foudroie toutes les femmes enceintes, Jessie Lamb est une adolescente de seize ans, avec ses élans de rébellion spontanée ou de sensibililité excessive. Après tout, Jessie grandit dans une société menacée par le SMM (Syndrome de Mort Maternelle) qui vise à fragiliser l'humanité - si plus aucune grossesse n'est conduite à son terme, la vie sur Terre va également se réduire comme peau de chagrin. D'où les débordements des uns et des autres. Entre les familles qui prennent tous les risques pour assurer une descendance, les enfants kidnappés dans les crèches, le mouvement des Sleeping Beauties (où les femmes acceptent de porter des embryons puis de plonger dans le coma jusqu'à la naissance), des groupes sectaires se déploient, la violence se propage dans les rues, les jeunes filles deviennent des cibles vulnérables et sont sexuellement agressées... Bref. Le chaos règne. C'est donc à travers le journal intime de Jessie que l'on découvre son triste quotidien et la réalité amère de cette société en déclin. Le regard que porte l'adolescente sur les évènements est étalé sans ambages et c'est ce qui rend la lecture aussi sidérante d'authenticité et d'accessibilité. On s'y projette tout de go. Cela fait froid dans le dos. Mais les faits sont exposés et souvent commentés avec une certaine naïveté liée au jeune âge de la narratrice. Jessie est agaçante, Jessie est longue à la détente, Jessie s'enflamme. Jessie est une adolescente entière, avec ses qualités et ses défauts. Tout au long du roman, plane aussi le flou quant au choix radical qu'a pris la jeune fille pour son avenir, un choix qui suscite une vive colère chez ses parents et de l'incompréhension dans son entourage. Jessie est néanmoins déterminée et s'en explique dans son journal testamentaire.
On a là une lecture au final réaliste et poignante, où se trace un parcours initiatique dans un contexte houleux et qui révèle la face sombre de notre humanité. C'est une lecture qui remue en nous de vives sensations et qui nous fait tourner les pages du livre avec avidité et effarement. Une bonne découverte au style efficace et prenant.
Collection Folio SF (n° 523)
Trad. de l'anglais par Marion Roman
Parution : Août 2015
Did I Mention I Love You ?, de Estelle Maskame & lu par Astrid Roos
Après cinq longues années de silence, le père d'Eden refait surface dans la vie de la jeune fille pour l'inviter à passer l'été à Santa Monica où il vit désormais avec Ella et ses trois garçons. De prime abord, la jeune fille se montre polie et complaisante, alors qu'elle bout intérieurement de colère et de frustration. Mais il fallait qu'elle s'éloigne de Portland et de ses petits tracas au plus vite, d'où son arrivée en Californie. Contre toute attente, on lui réserve un accueil chaleureux et convivial. Eden se fait également de nouvelles amies sur place. Seule ombre au tableau : Tyler, le fils aîné de sa belle-mère. Particulièrement ingérable et refusant toute autorité. Eden le trouve aussitôt détestable et agaçant, avant de le suivre dans ses périples nocturnes et dépasser les limites autorisées. Elle, si sage et exemplaire... bascule dans la spirale des fêtes alcoolisées et des mensonges éhontés. Comble de tout, Tyler et Eden se découvrent une attirance réciproque et n'hésitent pas à l'assouvir. Au fil de mon écoute, j'avoue avoir ressenti un sentiment proche de l'accablement. En effet, l'histoire collectionne tous les clichés du genre et m'a souvent fait dresser les cheveux sur la tête. J'ai flairé le parfum du scandale improbable, soupiré devant l'étalage des facilités et retenu des hoquets de mécontentement en découvrant l'enchaînement des drames aussi futiles que vains. Je me sens trop vieille pour adhérer à de telles sornettes mais j'étais curieuse de découvrir ce que l'on nous présente comme la “série phénomène” aux 4 millions de hits sur Wattpad. La parade est facile, la lecture sommaire et distrayante - agréablement lue par Astrid Roos dont j'apprécie beaucoup la diction et l'interprétation, cf. Tu comprendras quand tu seras plus grande. On a là un rendez-vous gentillet, à l'ambiance estivale affriolante, et qui honore cette série addictive selon les amateurs de romances faciles et légères.
©2015 / 2016 Estelle Maskame / Éditions Pocket Jeunesse. Traduit par Maud Ortalda
(P)2017 Audiolib / Lu par Astrid Roos (durée : 8h 55)







