Vengeur du Peuple
| Vengeur du Peuple | |
Maquette du Marseillois (Vengeur-du-Peuple) au Musée de la Marine de Marseille. |
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| Autres noms | Marseillois |
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| Type | vaisseau de ligne |
| Histoire | |
| A servi dans | |
| Quille posée | février 1762 |
| Lancement | |
| Équipage | |
| Équipage | 740 hommes environ[1] |
| Caractéristiques techniques | |
| Longueur | 55 mètres |
| Maître-bau | 14 mètres |
| Propulsion | voile |
| Caractéristiques militaires | |
| Armement | 74 canons |
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Le Vengeur-du-Peuple ou Marseillois était un navire de guerre français en service de 1766 à 1794. C'était un vaisseau de ligne de troisième rang portant 74 canons sur deux ponts. Il s’agissait d'un bâtiment de force mis sur cale selon les normes définies dans les années 1740 par les constructeurs français pour obtenir un bon rapport coût/manœuvrabilité/armement afin de faire face à la marine anglaise qui disposait de beaucoup plus de navires depuis la fin des guerres de Louis XIV[2]. Il fut lancé dans la période de sursaut patriotique qui suivit les défaites de la guerre de Sept Ans[3]. Il participa à la guerre d'Indépendance américaine, mais il est surtout connu pour avoir coulé sous la Révolution dans des circonstances que la propagande a glorifiées.
Sommaire
La naissance du Marseillois (1762-1766)[modifier | modifier le code]
Après les défaites navales françaises de la guerre de Sept Ans à la bataille de Lagos et à la bataille des Cardinaux, le secrétaire d'État à la Marine Choiseul propose de faire financer la construction de nouveaux vaisseaux de guerre grâce à des dons volontaires, dans le cadre de ce qui fut appelé le don des vaisseaux. La Chambre de commerce de Marseille regroupe assez d'argent pour financer la construction d'un vaisseau portant le nom de sa ville : le Marseillois.
Construit à l'arsenal de Toulon, il s'agit d'un vaisseau de 74 canons, faisant 55 mètres de long pour 14 de large. La quille est posée en février 1762 (début de la construction) et le vaisseau est lancé le (fin de la construction de la coque). Il porte l'armement standard des navires de ce type à l'époque, soit :
- 28 canons de 36 livres dans sa première batterie ;
- 30 canons de 18 livres dans sa seconde batterie ;
- 16 canons de 8 livres sur les gaillards.
Poids total d'une bordée : 838 livres, soit 410 kg de boulets en fonte.
La participation du vaisseau à la Guerre d'Amérique (1778-1783)[modifier | modifier le code]
La guerre d'Amérique (1778-1783) est voulue comme une revanche française sur les défaites subies contre la Royal Navy britannique lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763). En 1778, une escadre de douze vaisseaux est armée à Toulon sous les ordres du comte d'Estaing avant l'entrée en guerre du Royaume de France. Elle a pour principale mission d'attaquer les Britanniques « là où il pourrait leur nuire d’avantage et où il le jugerait le plus utile aux intérêts de Sa Majesté et à la gloire de ses armes ». Le Marseillois fait partie de cette escadre qui appareille de Toulon le (les relations diplomatiques sont rompues entre la France et le Royaume-Uni depuis le 16 mars, mais la guerre ne sera ouverte que le 17 juin).
L'escadre arrive devant New York au début juillet 1778 après une traversée interminable. Elle n'ose pas attaquer la ville qui est trop bien défendue, puis elle est dispersée par une tempête le 11 août alors qu'elle s'apprête à engager le combat avec une importante force anglaise. Isolé, le Marseillois affronte à cette occasion le HMS Preston, un vaisseau britannique de 50 canons, en un duel non décisif. La campagne en Amérique du Marseillois au sein de l'escadre du vice-amiral d'Estaing est ensuite marquée par la participation à la bataille de la Grenade, le contre la flotte britannique de Byron. C'est une belle victoire française, mais peu exploitée par d'Estaing qui ne s'empare pas des vaisseaux anglais désemparés. En octobre, après l'échec du siège de Savannah, l'escadre prend le chemin du retour à Brest.
Après les réparations nécessaires à la suite d'une longue campagne outre-Atlantique, une nouvelle escadre est armée, commandée par l'amiral de Grasse, escadre dont le Marseillois fait de nouveau partie. Elle part pour les Antilles en mars 1781 en escortant un immense convoi. Le Marseillois est à la bataille de Fort-Royal, le 29 avril 1781 qui permet de lever le blocus de la Martinique. Le , à la sortie de la baie de Chesapeake, l'escadre française de Grasse affronte celle de Graves qui cherche à secourir les forces anglaises assiégées dans Yorktown. Le Marseillois, commandé par le marquis de Castellane-Majastre, se mesure notamment lors de cette bataille au HMS Intrepid, un vaisseau de 64 canons. Les Britanniques finissent par se retirer, laissant la victoire aux Français. La croisière de l'escadre se termine le aux Antilles, au large des Saintes alors qu'elle escorte un important convoi vers l'Europe. Le commandant du Marseillois n'engage presque pas son vaisseau dans cette bataille perdue, le ramenant à Brest avec les autres rescapés de la bataille.
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Le Marseillois est rebaptisé le Vengeur-du-Peuple au début de l'année 1794, échangeant au passage son pavillon blanc (symbole de la monarchie française) pour un tricolore.
Le vaisseau et son équipage deviennent célèbres après la bataille du 13 prairial an II (le ), pendant laquelle la flotte française de l'amiral Villaret de Joyeuse va affronter celle britannique de Howe. Le Vengeur-du-Peuple, au centre de la ligne, se retrouve bord à bord avec le HMS Brunswick (un 74 canons commandé par John Harvey) en un duel rapproché au canon et au fusil. Ils sont bientôt rejoints par le français l’Achille (rapidement démâté) puis par le britannique HMS Ramillies (74), commandé par Henry Harvey, le frère de John.
Si le vaisseau britannique finit le combat avec à son bord 45 morts (dont son capitaine) et 114 blessés (soit 159 hommes perdus sur 600), le Vengeur-du-Peuple perd deux de ses mâts, a le tiers de son équipage hors de combat et de l'eau qui commence à monter dangereusement dans ses cales. Le capitaine de vaisseau Renaudin, commandant du Vengeur, fait hisser le pavillon britannique en signe de reddition et de demande d'aide, puis monte à bord du HMS Culloden. Mais le vaisseau vaincu a la coque tellement percée qu'il va rapidement sombrer. Sur environ 600 membres d'équipage, 367 marins et 7 officiers sont sauvés par les navires britanniques à proximité (HMS Culloden, HMS Alfred et HMS Rattler). La bataille se termine par la perte de sept vaisseaux français (un coulé et six capturés), auxquels il faut rajouter les 5 000 morts et blessés côté français (contre 1 148 chez les Britanniques) et les 4 000 prisonniers.
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La position des vaisseaux et leurs mouvements lors de la bataille de Prairial.
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Nicholas Pocock, Le HMS Brunswick entre l’Achille et le Vengeur-du-Peuple, 1795, Musée de Greenwich.
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Le Vengeur-du-Peuple sombrant, gravure de Pierre Ozanne.
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Le combat du Vengeur (image d'Épinal)
La fin du Vengeur vu par la propagande révolutionnaire[modifier | modifier le code]
La propagande républicaine va chercher à transformer cette défaite militaire en victoire morale. La bataille est présentée à la tribune de la Convention par Barère, le rapporteur du Comité de salut public (de la fin 1793 au début 1794). Son discours prétend que les marins du Vengeur ont refusé de se rendre à l'ennemi, et sont tous morts quand le vaisseau a sombré, en criant « Vive la Patrie, vive la République » et en chantant la Marseillaise[réf. nécessaire].
De nombreux artistes se sont emparés du thème, tels Ponce-Denis Écouchard-Lebrun[4] ou Marie-Joseph Chénier[5].
Le retour en France du commandant Renaudin et des marins prisonniers en Angleterre fut une surprise. Bréard se chargea d'annoncer cette embarrassante nouvelle à la Convention : « Je suis bien aise d'apprendre à la Convention que tout l'équipage du Vengeur n'a pas péri ».
Néanmoins, la légende conserva son crédit dans l'imagerie populaire, la chanson et le théâtre. Rouget de Lisle, Dorat-Cubières, Parny l'exaltèrent en des vers vibrants. Lamartine lui a consacré une page lyrique où l'on voit le commandant Renaudin coupé en deux par un boulet. Des historiens reprirent la version de Barère.
Thiers lui-même écrivit « Le vaisseau le Vengeur, démâté, à moitié détruit, et près de couler, refusa d'amener son pavillon, au risque de s'abîmer sous les flots ».
Jules Verne lui-même, en 1870, mettant en scène les lieux du naufrage dans son roman Vingt mille lieues sous les mers, place les mots suivants dans la bouche du capitaine Nemo : « [...] ce navire, après un combat héroïque, démâté de ses trois mâts, l'eau dans ses soutes, le tiers de son équipage hors de combat, aima mieux s'engloutir avec ses trois cents cinquante-six marins que de se rendre, et clouant son pavillon à sa poupe, il disparut sous les flots au cri de : Vive la République ! »
Notes et références[modifier | modifier le code]
- Le ratio habituel, sur tous les types de vaisseau de guerre au XVIIIe siècle est d'en moyenne 10 hommes par canon, quelle que soit la fonction de chacun à bord. C'est ainsi qu'un 100 canons emporte 1 000 hommes d'équipage, un 80 canons 800 hommes, un 74 canons 740, un 64 canons 640, etc. L'état-major est en sus. Cet effectif réglementaire peut cependant varier considérablement en cas d'épidémie, de perte au combat ou de manque de matelots à l'embarquement. Acerra et Zysberg 1997, p. 220.
- Meyer et Acerra 1994, p. 90-91.
- Meyer et Acerra 1994, p. 115.
- Ponce-Denis Écouchard-Lebrun, dans son Ode sur le vaisseau le Vengeur :
Trahi par le Sort infidèle,
Comme un Lion pressé de nombreux Léopards,
Seul au milieu de tous, sa fureur étincelle ;
Il les combat de toutes parts.
L’airain lui déclare la Guerre ;
Le Fer, l’Onde, la Flamme entourent ses Héros.
Sans doute ils triomphaient ! mais leur dernier Tonnerre
Vient de s’éteindre sous les Flots.
Captifs !... la Vie est un outrage :
Ils préfèrent le Gouffre à ce bienfait honteux.
L’Anglais, en frémissant, admire leur Courage ;
Albion pâlit devant eux.
Plus fiers d’une Mort infaillible,
Sans peur, sans désespoir, calmes dans leurs combats,.
De ces Républicains l’Ame n’est plus sensible
Qu’à l’ivresse d’un beau Trépas. - Marie-Joseph Chénier :
Lève-toi, sors des mers profondes,
Cadavre fumant du Vengeur !
Toi qui vis les Français vainqueurs
Des Anglais, des feux et des ondes !
D'où partent ces cris déchirants ?
Quelles sont ces voix magnanimes ?
Ce sont les braves expirants
Qui chantent au fond des abîmes :
Gloire au peuple français !
Annexes[modifier | modifier le code]
Bibliographie[modifier | modifier le code]
- Juliette Lancel, Le panache du Vengeur : pérennité artistique du mythe (1794-1914), mm université Paris I Panthéon-Sorbonne, Paris, 2009, non publié, dir. par Alain Cabantous, 134 p.
- Thierry Roquincourt, «Le mythe du Vengeur », in Révolution et République - L'exception française, dir. Michel Vovelle, Paris, 1994, pp. 479-495
- Michel Vergé-Franceschi, Dictionnaire d'Histoire maritime, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins »,
- Jean Meyer et Martine Acerra, Histoire de la marine française, Rennes, éditions Ouest-France,
- Martine Acerra et André Zysberg, L'essor des marines de guerre européennes : vers 1680-1790, Paris, SEDES, coll. « Regards sur l'histoire » (no 119), , 298 p. [détail de l’édition] (ISBN 2-7181-9515-0, notice BnF no FRBNF36697883)
- Patrick Villiers, La France sur mer : De Louis XIII à Napoléon Ier, Paris, Fayard, coll. « Pluriel », , 286 p. (ISBN 978-2-8185-0437-6)
- Jean-Michel Roche, Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours, t. 1, de 1671 à 1870, éditions LTP, , 530 p. (lire en ligne)
- Georges Lacour-Gayet, La Marine militaire de la France sous le règne de Louis XV, Honoré Champion éditeur, 1902, édition revue et augmentée en 1910 (lire en ligne)
- Georges Lacour-Gayet, La marine militaire de France sous le règne de Louis XVI, Paris, éditions Honoré Champion, (lire en ligne)