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La guerre américaine en Afrique

Photo : US Army/Zayid Ballesteros
Ramzy BaroudC’est une véritable guerre – mais largement souterraine – qui se déroule dans tout le continent africain. Elle implique les États-Unis, une Russie revigorée et une Chine en phase montante. Le résultat de cette guerre est susceptible de définir l’avenir du continent et ses perspectives à l’échelle mondiale.

Il est facile de blâmer le président américain Donald Trump, ses initiatives désordonnées et ses déclarations impulsives. Mais la vérité est que l’actuelle expansion militaire américaine en Afrique ne peut être réduite à un autre pas dans la mauvaise direction. Cela fait partie d’une stratégie qui a été mise en œuvre il y a une dizaine d’années, sous l’administration du président George W. Bush, puis activement poursuivie sous la présidence de Barack Obama.

En 2007, sous prétexte de la « guerre contre le terrorisme », les États-Unis ont renforcé leurs diverses opérations militaires en Afrique pour établir le Commandement Afrique des États-Unis (AFRICOM). Avec un budget de départ d’un demi-milliard de dollars, l’AFRICOM était censée s’engager avec les pays africains dans les domaines de la diplomatie et des aides. Mais, au cours des 10 dernières années, AFRICOM est devenu un commandement central pour les incursions et les interventions militaires.

Cependant, ce rôle violent s’est rapidement aggravé au cours de la première année du mandat de Trump. En effet, il y a une guerre des États-Unis en Afrique qui ne dit pas son nom, et elle est menée au nom du « contre-terrorisme ».

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Selon une enquête spéciale de VICE News, les troupes américaines mènent actuellement 3500 exercices et engagements militaires dans toute l’Afrique par an, soit une moyenne de 10 par jour. Les médias dominants américains parlent rarement de cette guerre en cours, donnant ainsi à l’armée suffisamment de latitude pour déstabiliser l’un des 54 pays du continent à sa guise.

« Le chiffre actuel de 3500 représente une augmentation stupéfiante de 1900% depuis que le commandement a été installé il y a moins de dix ans, et illustre une expansion majeure des activités militaires américaines sur le continent africain », a rapporté VICE.

Après la mort de quatre soldats des forces spéciales américaines au Niger le 4 octobre, le secrétaire américain à la Défense, James Mattis, a fait une déclaration inquiétante à un comité sénatorial : ces chiffres vont probablement augmenter à mesure que les États-Unis étendront leurs activités militaires en Afrique.

Mattis, comme d’autres responsables de la défense dans les deux administrations précédentes, justifie ces équipées militaires américaines par la lutte « antiterroriste » en cours. Mais ce genre de justification a servi de prétexte aux États-Unis pour intervenir et exploiter une immense région dotée d’un grand potentiel économique.

La vieille « ruée vers l’Afrique » coloniale est réinventée par des puissances mondiales qui ont pleine conscience des richesses économiques inexploitées du continent. Alors que la Chine, l’Inde et la Russie développent chacune une approche spécifique pour courtiser l’Afrique, les États-Unis investissent principalement dans l’option militaire, ce qui garantit d’incalculables dommages et la déstabilisation de nombreuses nations.

Le coup d’État de 2012 au Mali, réalisé par un capitaine de l’armée formé aux États-Unis, Amadou Haya Sanogo, n’en est qu’un exemple.

Dans un discours prononcé en 2013, la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton mettait alors en garde contre un « nouveau colonialisme en Afrique (dans lequel il est) facile de tomber, de prendre des ressources naturelles, de payer des dirigeants, puis de s’en aller ». Bien que les paroles de Clinton étaient justes, elle se référait de manière hypocrite à la Chine, et non pas à son propre pays.

L’influence croissante de la Chine en Afrique est évidente et les pratiques de Pékin peuvent être inéquitables, mais la politique de la Chine à l’égard de l’Afrique est beaucoup plus axée sur le civil et le commerce que sur les aspects militaires comme l’est l’approche américaine.

La croissance des chiffres du commerce sino-africain est, selon un rapport de l’ONU en 2013, à un rythme vraiment « époustouflant », passant de quelque 10,5 milliards de dollars par an en 2000 à 166 milliards en 2011. Depuis lors, le même rythme impressionnant a été soutenu.

Mais cette croissance s’accompagnait de nombreuses initiatives, impliquant des milliards de dollars de crédit chinois pour les pays africains afin de développer une infrastructure dont ils avaient grandement besoin. A été également financé le « African Talents Programme », dont l’objectif est de former 30 000 professionnels africains dans divers secteurs.

Il ne faut donc pas s’étonner qu’en 2009, la Chine ait dépassé les États-Unis en tant que principal partenaire commercial de l’Afrique.

Le véritable colonialisme, auquel Mme Clinton faisait allusion dans son discours, est cependant en plein essor dans l’approche et le comportement des États-Unis vis-à-vis de l’Afrique. Ce n’était donc pas une figure de style, mais en fait une déclaration qui fait écho aux paroles du président américain Trump lui-même.

Lors d’un déjeuner avec neuf dirigeants africains en septembre dernier à l’ONU, Trump s’est exprimé avec le genre de mentalité qui a inspiré l’approche coloniale des dirigeants occidentaux en Afrique pendant des siècles.

Peu de temps après avoir inventé le pays inexistant de « Nambia« , Trump se vantait de « ses nombreux amis qui vont dans vos pays (africains) pour s’enrichir ». « Je vous félicite », a-t-il dit, « ils dépensent beaucoup d’argent. »

Le mois suivant, Trump a ajouté le Tchad, le partenaire dévoué de son pays au « contre-terrorisme », à la liste des pays dont les citoyens sont interdits d’entrée aux États-Unis.

En gardant à l’esprit que l’Afrique compte 22 pays à majorité musulmane, le gouvernement américain se désengage de toute vision diplomatique à long terme en Afrique et s’engage de plus en plus profondément dans la voie militaire.

La poussée militaire américaine ne semble pas non plus faire partie d’une approche politique globale. Elle est aussi alarmante que désordonnée, reflétant la dépendance excessive constante des États-Unis à l’égard de solutions militaires face à toutes sortes de problèmes, y compris les rivalités commerciales et politiques.

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Comparez cela à l’approche stratégique de la Russie en Afrique. En relançant les anciens liens avec le continent, la Russie suit la stratégie d’engagement de la Chine (ou dans ce cas, de réengagement) à travers les projets de développement et l’activation de conditions commerciales favorables.

Mais, contrairement à la Chine, la Russie a un vaste programme qui comprend les exportations d’armes, lesquelles remplacent l’armement américain dans diverses parties du continent. Pour Moscou, l’Afrique dispose également d’un potentiel inexploité et énorme en tant que partenaire politique susceptible de renforcer la position de la Russie aux Nations Unies.

Bien conscients de cette concurrence à l’échelle mondiale, certains dirigeants africains s’efforcent maintenant de trouver de nouveaux alliés en dehors du cadre occidental traditionnel, lequel contrôle une grande partie de l’Afrique depuis la fin il y a des décennies du colonialisme classique.

Un exemple frappant a été la visite à la fin du mois de novembre du président soudanais Omar al-Bashir en Russie et sa rencontre de haut niveau avec le président Vladimir Poutine. « Nous rêvions depuis longtemps de cette visite », a déclaré M. Béchir à M. Poutine, ajoutant que « nous avons besoin de protection contre les actes agressifs des États-Unis ».

La « protection » convoitée inclut une participation, promise par la Russie, à la modernisation de l’armée soudanaise.

Méfiants par rapport à l’influence de la Russie en Afrique, les États-Unis réagissent par la voie militaire et par peu de diplomatie. La mini guerre américaine en cours sur le continent poussera celui-ci encore plus loin dans les abysses de la violence et de la corruption. Ceci pourrait bien convenir à Washington, mais provoquera en retour une misère indicible pour des millions de personnes.

Il ne fait aucun doute que l’Afrique n’est plus un « pré carré » occidental exclusif, que l’on exploite à volonté. Mais il faudra de nombreuses années avant que l’Afrique et ses 54 nations soient véritablement à l’abri d’un interventionnisme néo-colonial obstiné, fondé sur le racisme, l’exploitation économique et les interventions militaires.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

Articles du même auteur.

9 janvier 2018 – RamzyBaroud.net – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Israël aime et veut la guerre

Jeremy SaltQue « la violence n’est pas la solution », combien de fois avons-nous entendu Tony Blair le dire ? Nous savons que la violence ne devrait pas être la voie à suivre, mais nous savons que c’est pourtant souvent le cas. Le « nous » de toute évidence n’inclut pas M. Blair, architecte d’une violence extrême au Moyen-Orient. L’histoire nous a appris que des états violents peuvent souvent ne laisser aux pacifistes d’autre recours que la violence pour empêcher [les violents] d’aller plus loin. C’est là le piège paradoxal du comportement humain : les violents peuvent en définitive imposer la violence aux pacifistes. (1)

On se ferait des illusions si l’on s’imaginait que ce stade n’a pas déjà été atteint ou presque atteint en ce qui concerne Israël; nous ne devons pas écarter la mince possibilité que d’une façon ou d’une autre Israël revienne à la raison et fasse ce qu’il aurait pu faire il y a des décennies, à savoir faire la paix avec les Palestiniens et à travers eux avec les mondes arabe et musulman et, en fait, avec le monde en général, mais ceci semble peu probable.

Les dirigeants sionistes savaient dès le départ que le seul moyen pour eux de s’approprier la Palestine c’était la guerre. Zeev Jabotinsky était franc à ce sujet, David Ben Gourion honnête seulement dans sa correspondance privée : ce n’est qu’au fil de l’épée et par le feu qu’Israël pouvait être créé en Palestine et s’étant engagé dans cette voie Israël ne s’en est jamais détourné.

Photo : Anne Paq/Activestills.org

Israël a massacré un très grand nombre de civils – enfants, adultes, vieillards confondus – dans ses bombardements criminels sur Gaza l’été 2014 – Photo : Anne Paq/Activestills.org

En sept décennies Israël a mené guerre après guerre : contre les Palestiniens, contre l’Égypte, la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Tunisie, contre tout état , organisation ou individu se mettant en travers de son chemin. Il a massacré, assassiné et bombardé des ambulances, des hôpitaux, des écoles, des enceintes de l’ONU et des immeubles d’habitation. Il n’a jamais montré la moindre compassion pour les vies humaines qu’il prend : au contraire, l’un de ses pilotes a même sorti une plaisanterie lorsqu’on lui demandé ce qu’il ressentait lorsqu’il tirait un missile sur un immeuble à Gaza. Il répondit qu’il avait senti « un léger frémissement » des ailes de son avion.

Au fil des ans les rabbins et généraux israéliens ont qualifié tous les Palestiniens d’ennemi ou de cancer, de serpents et de cafards qu’il fallait écraser ou couper. L’ennemi palestinien comprend même les enfants à naître, donnant à Golda Meir des cauchemars lorsqu’elle se mettait au lit, ne sachant pas combien de Palestiniens pourraient être nés lorsqu’elle se lèverait le lendemain.

Ces sentiments effrayants sont perceptibles dans la rue et dans la culture dominante, dans les sondages témoignant de la haine envers les Palestiniens, et même chez les écoliers et dans la violence incessante des colons de Cisjordanie. Les soldats et la police des frontières qui protègent ces colons font ce qu’ils veulent, sachant qu’ils ne seront pas punis ou si légèrement que le châtiment ne fait qu’aggraver les choses pour la victime et sa famille. Le meurtre de Abd al Fatah al Sharif alors qu’il gisait blessé sur le sol dans une rue d’Hébron l’an dernier et le meurtre récent par un tireur d’élite d’Ibrahim Abu Thuraya cloué dans un fauteuil roulant après avoir eu les deux jambes sectionnées par un missile israélien lors de l’attaque de Gaza en 2008, ne sont pas des anomalies brutales mais des actes qui s’inscrivent tout à fait dans l’histoire violente d’Israël.

Détruire l’ennemi avant qu’il ne devienne trop fort est la maxime qui guide Israël depuis 1948. L’Égypte a été déstabilisée par les attaques répétées enjambant la ligne d’armistice avant l’agression tripartite de 1956. Cette dernière échoua en raison de l’intervention des États-Unis après la révélation de la traîtrise britannique. Israël repris alors les attaques sur la ligne d’armistice avant l’attaque de 1967 contre l’Égypte et la Syrie. Le mythe de l’invincibilité ne dura toutefois que jusque la première semaine de la guerre de 1973, durant laquelle les forces israéliennes furent mises en déroute dans le Sinaï. Si Anouar Sadat n’avait pas trahi Hafez al Assad elles auraient aussi été repoussées des Hauteurs du Golan, mais cela n’aurait tout de même pas éliminé la probabilité d’une intervention directe des États-Unis pour sauver Israël des conséquences de sa propre folie.

Ce fut la dernière guerre qu’Israël livra contre une armée régulière. Ses « guerres » contre le Liban et Gaza ne furent rien d’autre que des offensives militaires contre une population en grande partie sans défense et même alors il n’a pu les gagner. Gaza a réussi à rester debout malgré le carnage perpétré par les attaques israéliennes, et au Liban l’expulsion de l’OLP en 1982 n’a fait que dégager la voie à une résistance chiite prenant la forme politique et militaire du Hezbollah. En 2000 cette armée de guérilla avait repoussé les sionistes hors du Sud-Liban et en 2006 elle les humilia encore davantage lorsqu’ils revinrent, ce qui nous amène à considérer la situation présente.

Depuis 1973, les « guerres israéliennes » se résument à des massacres de populations civiles désarmées

D’abord, la situation géopolitique d’Israël n’est plus ce qu’elle était. L’époque où Israël pouvait compter sur la sympathie du monde, en se faisant passer pour un petit état soi-disant assiégé et menacé d’extinction, est depuis longtemps révolue. A l’exception des États-Unis et de leurs suiveurs, le monde a pris conscience de ce qu’est réellement Israël, un persécuteur.

Au Moyen-Orient la situation géopolitique d’Israël n’est plus ce qu’elle était non plus. Les traités qu’il a signés avec l’Égypte et la Jordanie sont moribonds. L’antagonisme populaire envers Israël dans les deux pays est aussi fort aujourd’hui que le jour où ces traités ont été signés, et probablement plus après les déclarations incendiaires de D. Trump, l’assassinat d’Ibrahim Abu Thuraya et la position déterminée prise par une adolescente palestinienne, Ahad Tamini en giflant un soldat sioniste.

Photo : Al-Jazeera

Opération de représailles de la Résistance libanaise contre l’occupant israélien dans un secteur du sud-Liban – Janvier 2015 – Photo : Al-Jazeera

Militairement, on pourrait représenter le déclin d’Israël sur un graphique. Le glissement depuis 1967 a été lent mais continu. Oui, Israël dispose d’armes nucléaires et envoie par intervalle des signaux qu’il est prêt à les utiliser, comme il l’a fait en 1973. Oui, il a une puissance aérienne suprême mais même cela n’a pas été suffisant pour lui donner les victoires qu’il voulait et comme le savent les chefs militaires et les services de renseignement israéliens, les ennemis d’Israël travaillent en permanence à mettre au point les moyens de contrer la supériorité technologique d’Israël. Les médias sionistes peuvent bien se moquer d’Hasan Nasrallah mais les commandants militaires israéliens, eux, ne s’en moquent pas.

Israël a essayé de détruire le Hezbollah mais a échoué. Il a essayé d’intimider l’Iran par l’assassinant de ses scientifiques et les menaces répétées d’attaque militaire mais il a échoué, même avec l’outil supplémentaire des sanctions états-uniennes. La loi des conséquences involontaires a prévalu : la tentative de détruire la Syrie a, en fin de compte, aussi échoué, malgré les destructions et les pertes en vies humaines colossales, et il en est de même de la tentative de détruire l’Irak qui, sous un gouvernement à domination chiite proche de l’Iran et sympathique au Hezbollah, est en train de retrouver son unité brisée. L’effondrement du sécessionnisme kurde est un autre coup porté à Israël. L’avers de ces échecs est la force militaire croissante du Hezbollah et de l’Iran, bien plus grande qu’il y a une décennie.

C’est pour ces raisons que le Moyen-Orient se trouve peut-être à un moment de son histoire moderne le plus dangereux. D’un point de vue psychologique et stratégique Israël ne peut permettre à la situation actuelle de se perpétuer sans réagir, ne peut permettre au Hezbollah et à l’Iran de se renforcer encore plus dans les années à venir. Il doit réaffirmer sa domination militaire et tous les signaux en provenance de l’establishment politique et militaire indiquent qu’après un an de préparation intensive il est prêt à y aller. La cible sera le Liban, que les propagandistes d’Israël dépeignent comme rien de plus qu’une enclave du Hezbollah manipulée par l’Iran, qu’Israël voudra entraîner dans le conflit. Ce sera une guerre de destruction massive, les ministres israéliens ne divergeant que sur la question de savoir si les bombardements doivent ramener le Liban à l’âge de pierre (Yisrael Katz) ou au moyen-âge (Naftali Bennett).

Les préparatifs de guerre d’Israël au cours de l’année écoulée incluent les plus importantes manœuvres terrestres des deux dernières décennies. Ces manœuvres baptisées « Light on the Grain » (Lumière sur le grain) conduites en septembre 2017 dans le nord de la Palestine occupée sur la ligne d’armistice avec le Liban ont commencé par l‘évacuation des civils de la région. On estime à 30 000 ou 40 000 le nombre de soldats et réservistes impliqués, organisés en 20 brigades, avec des chasseurs à réaction, des hélicoptères, des drones, des sous-marins, des canonnières et des bateaux patrouilleurs fournissant renforts et reconnaissance aux troupes au sol. Guerre électronique, utilisation de robots de combat dans les tunnels et batailles simulées mettant en scène des soldats portant l’uniforme « ennemi » et de fausses ceintures d’explosifs, tout y était. Les exercices étaient basés sur l’hypothèse d’une guerre de dix jours avec le Hezbollah. D’après Walid Sukkariya, général libanais à la retraite et député au parlement, le nombre de soldats déployés indiquait un déploiement de 150 000 soldats dans une guerre réelle.

Une collaboration occidentale éhontée et infâme avec l’occupant sioniste

En novembre 2017, le plus grand exercice aérien de l’histoire d’Israël a eu lieu dans le sud de la Palestine occupée. L’exercice multinational « Blue Flag » d’une durée de deux semaines a engagé environ mille pilotes de huit pays (2) , dont, pour la première fois dans l’histoire de telles manœuvres, l’Allemagne. Des centaines de chasseurs à réaction ont effectué un millier de missions à partir de la base Uvda, les forces « bleues » « attaquant » l’ »alliance rouge », ennemi indéterminé dont les pilotes avaient, toutefois, tous reçu un nom arabe. Des hélicoptères, des drones et des UAVs furent utilisés : la guerre électronique occupant une place centrale dans les manœuvres, ainsi que l’hypothèse que l’ »ennemi » serait armé de SAM et lance-missiles MANPAD.

Au large, l’île de Chypre a été utilisée par Israël tandis qu’il se prépare pour sa prochaine guerre. En mars 2017, Israël et le gouvernement du sud de Chypre ont organisé les manœuvres militaires « Onsilos-Gedeon » de trois jours sur une vaste zone autour de Nicosie. En juin, environ 500 soldats, dont un grand nombre appartiennent à l’unité d’ »élite » Egoz ainsi que cent soldats de la Garde Nationale Chypriote ont pris part à un exercice de guerre de deux semaines dans les montagnes Troodos, où le terrain est similaire à celui du Sud-Liban. Les combats se déroulaient sur et sous terre, dans des zones à la végétation dense en terrain montagneux et comportaient des manœuvres aéroportées de jour et de nuit. La composante aérienne comprenait cinq escadrons israéliens, des avions de transport C130, des hélicoptères Blackhawk et l’unité 669, dont la mission principale est de secourir les pilotes et soldats piégés derrière les lignes ennemies.

Vers la fin octobre 2017, la « coopération » militaire israélo-chypriote se déplaça dans le sud de la Palestine occupée, où des soldats de la Garde nationale chypriote et l’unité Egoz organisèrent des exercices sur une période de deux semaines sur la base militaire Tzeelim. L’accent était mis sur la guerre urbaine dans un décor imitant une ville ‘arabe’.

Ces manœuvres miliaires en cours font partie d’un nouvel axe stratégique (militaire et commercial) qui se développe en Méditerranée orientale entre Israël, Chypre et la Grèce et qui attire d’autres pays en raison des profits lucratifs qui à terme proviendront des réserves de gaz naturel des fonds marins que Chypre est en train de forer dans son champ Aphrodite et Israël dans ses champs Leviathan et Tamar à 140 km de la côte de la Palestine occupée.

L’engagement militaire avec Israël et la tenue de manœuvres sur le sol chypriote qui, pour Israël, sont clairement dirigées contre un ennemi « arabe », ont semé la consternation dans les rangs de l’opposition chypriote. En juin le parti Akel remarquait que les montagnes Troodos avaient été choisies pour leur similitude avec la topographie du Sud-Liban. Il a déclaré que les exercices impliquaient Chypre dans des jeux de guerre dangereux « aux côtés d’une armée qui est une puissance d’occupation dans les territoires palestiniens depuis 50 ans. » La militarisation de la coopération avec Israël était dangereuse pour Chypre et la paix de la région.

Les dirigeants israéliens sont des psychopathes dangereux et génocidaires

L’ampleur de ces exercices ne laisse planer aucun doute, Israël ne se contente pas d’améliorer et de vérifier l’état de préparation de son armée mais se prépare activement à la guerre. Les sonnettes d’alarme retentissent continuellement depuis un an ; d’après Channel Two, qui a accès aux positions israéliennes sur la ligne d’armistice avec le Liban, Israël se prépare à mener « une guerre très violente ». En 2008 déjà, le chef du commandement nord de l’armée sioniste de l’époque, maintenant chef d’état major, Gadi Eisenkot, présenta la « doctrine Dahiya », qui met l’accent sur les dégâts colossaux qui seraient infligés aux zones associées au Hezbollah. Écoutons Eisenkot : « A chaque village à partir duquel il sera tiré sur Israël nous appliquerons une force disproportionnée et lui infligerons des dégâts et destructions énormes. De notre point de vue ce ne sont pas des villages civils, ce sont des bases militaires. Ceci n’est pas une recommandation. C’est un plan et il a été approuvé. »

Dahiya, bien-sûr, c’était ce grand faubourg de Beyrouth pulvérisé par l’aviation israélienne en 2006. D’autres pensent que la doctrine devrait être appliquée encore plus largement. Selon les propos tenus en mars 2017 par le ministre de l’éducation Naftali Bennett, « Les institutions libanaises, leurs infrastructures, les aéroports, les centrales électriques, les carrefours, les bases de l’armée libanaise, toutes devraient être des cibles légitimes si une guerre éclate. C’est déjà ce que nous devrions leur dire et ils sauraient que si le Hezbollah tire des missiles sur le front intérieur israélien cela voudra dire que nous renverrons le Liban au Moyen-Age. »

De la part de N.Bennett ce ne sont pas que des mots. Après tout, en 1996, c’est lui qui a ordonné le tir de barrage qui tua plus de cent personnes, dont la moitié d’enfants, dans l’enceinte des Nations Unis de Qana, au Sud-Liban ; « Je suis fier de la façon dont j’ai opéré pendant l’opération ‘Raisins de la colère’ », a-t-il remarqué plus tard. « Laissez les guerriers tranquilles. » Après tout c’est encore N.Bennett qui une fois a dit « J’ai tué beaucoup d’Arabes dans ma vie et ça ne me pose aucun problème. »

Selon le ministre du renseignement Yisrael Katz, s’entretenant en décembre avec un journal saoudien, « Ce qui s’est passé en 2006 sera qualifié de partie de plaisir comparé à ce que nous sommes capables de faire maintenant. Je me souviens qu’un ministre saoudien a dit qu’ils renverraient le Hezbollah dans ses grottes au Sud-Liban. Je vous le dis nous allons renvoyer le Liban à l’âge de pierre … et enterrer Nasrallah sous les rochers. » Ce sont purement et simplement des menaces génocidaires, et l’Iran et le Hezbollah se préparent tous deux à l’offensive. Le Hezbollah a déjà dit qu’il disposait de missiles capables d’atteindre n’importe qu’elle partie de la Palestine occupée et a laissé entendre que les ports et les raffineries feraient partie des cibles de toute guerre à venir.

La réponse de la résistance libanaise

La réponse de Hassan Nasrallah à ces menaces, faite lors de son discours marquant le 10 ième jour d’Achoura en octobre de cette année, mérite qu’on lui prête attention parce qu’il n’est pas homme à tenir des propos en l’air. C’était un long discours dans lequel il a fait la distinction entre judaïsme et sionisme, dans lequel il a dit que les juifs amenés en Palestine du monde entier était de la chair à canon dans une guerre colonialiste britannique et occidentale contre les populations arabes et musulmanes de la région et qu’ils servaient encore à alimenter les politiques états-uniennes.

Hassan Nasrallah

Hassan Nasrallah, secrétaire général du mouvement de la résistance libanaise – Photo : Archives/Info-Palestine.net

S’adressant aux « érudits juifs, à leurs personnalités éminentes, leurs penseurs » il les prévint que B. Netanyahou mène ‘votre peuple’ en Palestine à l’anéantissement et à la destruction. Qu’il travaille avec Trump à déchirer l’accord avec l’Iran et à entraîner la région dans une nouvelle guerre, mais que ni lui ni son gouvernement et les responsables militaires n’avaient une idée précise de ce qui les attendait s’ils lançaient une autre guerre. « C’est pourquoi j’appelle tout d’abord les juifs, sauf les sionistes, à dissocier leurs préoccupations des calculs sionistes qui ne pourront que les mener à leur destruction finale. J’appelle tous ceux qui sont venus en Palestine occupée, croyant la promesse qu’ils y trouveraient un pays où coule le lait et le miel, je les appelle à quitter la Palestine et à retourner dans le pays d’où ils sont venus afin de ne pas être réduits à du simple carburant dans une guerre à laquelle le stupide Netanyahou les mènera. Car si B. Netanyahou lance une guerre dans la région ils n’auront peut-être plus le temps de quitter la Palestine et il n’y aura peut-être plus de lieu sûr pour eux en Palestine occupée. » Une telle guerre pourrait entraîner « la fin de toutes choses pour vous et pour l’entité sioniste. »

C’est peut-être le discours le plus direct et le plus fort que H. Nasrallah ait jamais prononcé. La confiance avec laquelle il a tenu ces propos laisse supposer que le Hezbollah a obtenu ou mis au point un armement qu’Israël pourrait trouver difficile à contrer.

Le discours indique que H. Nasrallah comprend parfaitement qu’après plus de sept décennies le conflit avec Israël se rapproche rapidement du niveau existentiel de : soit l’un … soit l’autre : soit le Hezbollah est détruit et l’Iran paralysé, soit Israël reçoit des coups d’un telle ampleur qu’il ne puisse y survivre. A l’instant présent cela peut sembler improbable mais l’histoire peut s’avérer facétieuse, tout particulièrement pour ceux qui fondent leurs calculs sur la base d’un pouvoir qu’ils ne perdront jamais.

La défaite n’est envisageable pour aucun des deux camps : Israël se prépare à mener une guerre d’une sauvagerie sans précédent pour achever ses ennemis et ces derniers sont prêts à se défendre et (comme a prévenu H. Nasrallah) à exporter la guerre en territoire ennemi. Cela semble être proche du point où nous nous trouvons actuellement, sans que personne au sein de la « communauté internationale » n’appuie sur la pédale de frein pour arrêter la dynamique de guerre.

Note:

(1) Les intertitres sont de la rédaction de Chronique de Palestine, et le titre original est : « Israël prêt pour une guerre des plus violentes. »
(2) Allemagne, États-Unis, France, Grèce Inde, Italie, Pologne.

Jeremy Salt * Jeremy Salt a enseigné l’histoire moderne du Moyen-Orient à l’Université de Melbourne, à la Bosporus University à Istanbul et à la Bilkent University à Ankara pendant de nombreuses années. Parmi ses publications récentes son livre paru en 2008 : The Unmaking of the Middle East. A History of Western Disorder in Arab Lands (University of California Press).

Articles du même auteur.

28 décembre 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB

« Flottille de la Liberté » 2011 : chronique d’un naufrage annoncé

Lionel Gouésigoux
Une interview de Lionel GouésigouxDans cet interview, l’auteur de l’ouvrage « Briser le blocus de Gaza » paru en 2013 aux éditions 7 Ecrit, revient sur les conditions expliquant pour une part que l’opération « Flottille de la Liberté » lancée en 2011 n’ait pu être menée à son terme. Cette initiative succédait à la tentative du navire Mavi Marmara – noyée dans le sang par les Israéliens – de forcer le blocus de Gaza en mai 2010.

Chronique de Palestine : Lionel, pouvez-vous vous présenter en quelques mots, et nous expliquer la genèse de votre implication dans le projet en 2011 de Flottille internationale pour forcer le blocus de Gaza ?

Lionel Gouésigoux : Je suis retraité de la Marine Marchande depuis 2004, après une carrière de plus de 33 ans passée en mer. Diplômé des études supérieures de la Marine Marchande, Capitaine Polyvalent de 1ère classe (pont & machine), j’ai effectué toute ma carrière au sein de la même compagnie, la « Transat » (Compagnie Générale Transatlantique) pendant 11 ans de long cours, puis muté en 1981 à la SNCM (Société Nationale Corse Méditerranée,) filiale de la CGM (Compagnie Générale Maritime) née de la fusion entre la CGT et les Messageries Maritimes.

Pendant 22 ans j’ai assuré les liaisons régulières avec la Corse et l’Afrique du Nord.

Un des très rares syndiqués comme commandant-ingénieur, j’ai été le représentant syndical de l’UGICT, pour la Commission Paritaire, chargé de défendre les intérêts des officiers et de la sauvegarde du Statut des États Majors.

Pour accepter et assurer la mission de la « Flottille de la Liberté » il fallait être disponible et au fait du conflit israélo-palestinien. Charles Narelli (ancien secrétaire général de l’UGICT) a de suite pensé à moi. J’ai accepté à la seule condition que personne, ni rien ne m’oblige à faire quoi que ce soit qui soit contraire au Droit Maritime ou qui mette en danger, mon équipage, mes passagers ou le navire.

C.P : Votre récit est le récit d’un échec, dont les raisons peuvent sans doute être hiérarchisées, mais la première n’est-elle pas que ce projet était hors de portée d’un monde associatif très mal organisé pour un défi d’une telle ampleur ?

L. Gouésigoux : La plupart des organisations, associations et militants impliqués dans ce projet de flottille se connaissaient et avaient déjà partagé ensemble des missions humanitaires. Il faut se souvenir qu’avant 2008, plusieurs petites expéditions avaient déjà réussi à briser le blocus de Gaza, comme les deux petits bateaux « Free Gaza » et « Liberty » menés sous l’égide du Mouvement Free Gaza, avec pour coordinateur Pissias Vangelis, prof d’Université à Athènes, ancien leader de la révolte étudiante contre la dictature des colonels en Grèce dans les années 1970.

Mais monter une flottille internationale avec des ferries et navires marchands demande alors des compétences maritimes techniques et juridiques incontournables.

Or, lors de notre première réunion internationale d’Athènes des 29 et 30 janvier 2011, sur plus de 20 pays représentés, seuls 2 possédaient un véritable professionnel de la mer : la Suède avec un commandant de ferries et moi même. Nous avons pu partager tous les deux une soirée et nous apercevoir que nos conceptions de ce projet étaient très proches et que nous aurions beaucoup de difficultés à « imposer » cette rigueur maritime indispensable pour avoir un minimum de chance de réussir.

Avant de se lancer dans un défi d’une telle ampleur, il aurait fallu faire l’inventaire des étapes à mettre en place dans cette opération, mais la très grande majorité des participants étaient des braves militants qui n’avaient aucune connaissance des problèmes de la vie maritime.

Malheureusement il y avait aussi dans cette organisation des aventuriers irresponsables et qui n’ont pas voulu écouter nos conseils.

C.P : Ce projet a-t-il été totalement négatif ? Quel bilan politique – du point de vue de la solidarité avec la cause palestinienne – peut en être tiré ?

L. Gouésigoux : Malgré cet échec maritime, le bilan n’aura tout de même pas été négatif. Je partage tout à fait le compte rendu de Jean François Courbe. D’une part, le formidable élan de générosité en France, a permis de réunir plus de 800.000€. Jamais une telle mobilisation n’avait eu lieu en faveur de la cause palestinienne.

Notre objectif aussi de mener une campagne contre le blocus de Gaza a été atteint. Jamais autant de politiques ont soutenu notre action. Cette campagne aura été un véritable acquis pour le mouvement de solidarité en faveur de la Palestine. Mais la « Flottille de la Liberté » ne concernait pas que la liberté des habitants de la bande de Gaza.

Elle a porté aussi le drapeau de nos libertés à toutes et à tous face à un ordre mondial qui utilise l’état d’Israël pour tester les nouveaux outils de répression, de contrôle et de remise en cause du droit, utilisés hier contre le peuple palestinien, aujourd’hui contre les migrants et demain contre tous ceux qui refuseront de se résigner face à la violence, l’injustice ou la loi du plus fort.

C.P : Savez-vous comment a été constitué ce « Collectif » international pour mener à bien l’organisation de cette flottille ? Un collectif auto-proclamé ou représentatif ? …

L. Gouésigoux : Ce « collectif » international a surtout été initié à partir de la Grèce autour de son coordinateur déjà présenté à la question 2. Pissias Vangelis était un architecte-ingénieur qui dans les années 1990 était devenu le coordinateur européen du nouveau Parlement palestinien à Ramallah.

Ce militant des droits de l’homme très respecté dans son pays, ne partageait plus les objectifs du Mouvement Free Gaza et fonda « Ship to Gaza » en Grèce en s’appuyant sur un large réseau soutenu par des organisation syndicales, politiques et associatives.

Voilà certainement l’origine de ce collectif international qui a coopté ses collaborateurs, mais il a été difficile d’en connaître davantage.

C.P : Les difficultés rencontrées, et que vous décrivez dans votre ouvrage, pour conduire votre travail d’expertise pour le choix des bateaux – et vous étiez là au cœur de votre métier – s’expliquent-elles par une incapacité du Collectif à déléguer une quelconque responsabilité ? Par une incapacité de faire la part du « technique » et du « politique » ?

L. Gouésigoux : Certes, ces deux incapacités se cumulaient parfois, mais ce qui agaçait certains auto-désignés responsables, c’est qu’ils ne pouvaient supporter qu’il était difficile de me contredire sur le plan technique et administratif qui relevait du monde maritime. En réunions nationales mes propositions étaient très souvent retenues, mais malheureusement peu appliquées par la suite.

Étant souvent sur le terrain il m’était aussi difficile de rectifier certaines prises de positions inconsidérées et nous étions aussi pris par le temps. J’avais pris soin d’expliquer tout cela à Pissias lors des réunions internationales, mais mes idées ont été combattues par son ami français Thomas Sommer.

Pour ne donner qu’un exemple concret, lorsqu’un navire doit quitter un port à destination d’un port étranger, non seulement il doit avoir l’autorisation de partance, mais aussi l’autorisation de pénétrer dans les eaux territoriales du pays d’accueil.

Cela été d’autant plus important pour nous, de commencer par appliquer ce droit maritime en reconnaissant les eaux territoriales de la Palestine. Il m’a fallu faire ces démarches auprès d’un officiel de la Palestine en France car personne n’y avait pensé.

C.P : A propos « d’expertise », il est pour le moins surprenant de lire dans un relevé de recommandations – faites par un non-professionnel de la navigation en mer – que chaque participant devra se satisfaire d’un litre et demi d’eau par jour pour boire et se laver… La déshydratation ne paraissait-elle pas garantie ?

L. Gouésigoux : Des invraisemblances à l’instar du « Petit manuel du parfait flottilleur« , nous en avons rencontrées tout au long de cette mission. J’avais pris soin de prendre parmi mes experts un ami médecin de la Marine pour tenter d’expliquer ce qu’était la survie en mer, avec toute la pédagogie dont il était capable, mais il a souvent entendu : nous sommes des militants affranchis et on sait se débrouiller.

Pour survivre en mer par une température de 30°C il faut boire au moins 3 litres d’eau par jour. De plus, une réserve légale doit être prévue pour assurer des éventuels secours en mer.

C.P : Y avait-il dans ce projet une « stratégie de communication » vers l’extérieur ? Une volonté de rendre compte à toutes les organisations et individus qui s’étaient mobilisés pour recueillir les fonds nécessaires ?

L. Gouésigoux : Il y avait des réunions internationales régulières en France, en Grèce, en Espagne, comme il y avait des réunions internes en France, mais il fallait aussi être discret sur nos intentions et nos stratégies.

Comme je l’explique dans mon récit, j’avais moi-même été d’une très grande discrétion en Égypte pendant les réparations du Suliman, en me « cachant » assez facilement derrière mes compétences techniques. J’étais parti sur l’idée que ce bateau était particulièrement bien adapté pour faire le tour de la Corse avec des touristes en été. Ce qui était tout à fait vrai, compte tenu de son faible tirant d’eau et du confort de ses cabines.

Photo : L.G

Le « Suliman », la veille de sa mise à l’eau après les travaux de remise en état de naviguer – Photo : L.G

C.P : Adopter la Grèce comme base de départ aurait-il pu être différent ? Le choix par exemple de la Turquie, voir de la Sicile, comme port d’attache aurait-il été plus judicieux ?

L. Gouésigoux : Adopter la Grèce comme base de départ non seulement n’était pas judicieux, mais surtout très risqué. J’avais souligné ce risque dès la première réunion internationale d’Athènes, en expliquant l’obligation légale d’autorisation administrative à respecter pour quitter un port.

Cela aurait du être d’autant plus facile à comprendre, qu’à la précédente opération, la Grèce avait déjà bloqué le départ d’une autre flottille sous la pression du gouvernement israélien.

De plus, économiquement cela était coûteux et pas toujours pratique pour certains pays éloignés de la Grèce. En fait, il fallait que chaque pays organise son propre départ, mais pour cela il fallait posséder un navire. Les responsables grecs avaient fait croire qu’il serait facile de trouver des navires en Grèce en état et bon marché. Il n’en était rien.

Notre refus des navires en Grèce a été mal perçu par les responsables grecs qui comptaient bien aussi recycler quelques vieux « rafiots » dans cette opération.

La double nationalité du bateau égypto-français Suliman me permettait de naviguer aussi dans les eaux égyptiennes et j’étais géographiquement très proche de la Palestine. Ce bateau pas très grand mais rapide et très manœuvrant, devait avoir à son bord diplomates et journalistes. Il avait donc des atouts pour réussir dans cette opération.

C.P : Il a été question d’actes sabotages menés par des Israéliens contre des bateaux au quai. Qu’en a-t-il été ?

L. Gouésigoux : Ma mission avait pris fin le 14 juin au Cap d’Agde avec l’expertise du Charleston. C’est donc Jean François qui va me tenir informé de ce qui se passe en Grèce. Il continuera jusqu’au bout de la mission à me tenir informé de la situation et je n’ai jamais cessé de lui apporter mon aide, chaque fois qu’il m’a sollicité.

Le 27 juin les Grecs et les Suédois découvrent que le navire gréco-suédois avait été saboté au niveau de l’hélice. Cela s’était déjà passé à plusieurs reprises dans d’autres flottilles.

A ce propos, j’avais conseillé que les navires soient continuellement gardés et les projecteurs de recherche allumés pour éclairer la coque la nuit, surtout à l’arrière des navires, leur point particulièrement vulnérable.

C.P : Si un tel projet de Flottille voyait à nouveau le jour, quelles seraient les premières conditions d’un possible succès ?

L. Gouésigoux : J’explique cette éventualité en fin de récit. L’une des premières conditions serait de désigner d’abord un Directeur de Projet entouré de « spécialistes » dans les domaines juridiques, maritimes, économiques ou administratifs.

Ce directeur, en relation directe avec le Collectif de coordination participe aux différentes réunions et aux décisions à prendre. Les « spécialistes » étant surtout là pour lui soumettre leurs idées, mais surtout pour travailler davantage sur le terrain, sans perdre trop de temps en réunions.

De plus, pour qu’une telle flottille réussisse, il faudrait au moins une vingtaine de bateaux qui se rassemblent en haute mer pour former une ligne de navires sur les 40 km de littoral de la bande de Gaza pour arriver de conserve sur zone. Il serait alors quasi impossible aux navires militaires d’arraisonner tous ces bateaux en même temps, et de mettre en prison 1000 à 1200 militants de tous pays.

Dans ces conditions, certainement qu’un ou plusieurs bateaux pourraient alors symboliquement briser ce blocus.

Mais d’autres pistes sont aussi possibles :

– demander au Conseil de Sécurité de l’ONU la mise en place d’un couloir humanitaire permettant l’acheminement de l’aide humanitaire internationale
– reprendre la belle idée de la construction du port de Gaza en eau profonde qui avait été proposé par l’Union Européenne
– ou faire pression sur l’Union Européenne pour que les Palestiniens puissent exploiter la richesse naturelle de gaz dont ils disposent dans leurs eaux territoriales, en « débloquant » pour Gaza Marine les gisements de Marine 1 et 2, car si Israël s’attaque à Gaza, c’est aussi pour le gaz palestinien

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Propos recueillis le 2 janvier 2017

L’année 2018 marquera-t-elle l’avènement d’une nouvelle stratégie palestinienne ?

Photo : Archives
Ramzy BaroudOn se rappellera 2017 comme l’année où le soi-disant « processus de paix », du moins dans sa formulation américaine, a pris fin. Et avec sa disparition, un cadre politique qui a servi de fondement à la politique étrangère américaine au Moyen-Orient s’est également effondré.

Les dirigeants palestiniens et leurs alliés arabes et internationaux vont maintenant entamer une nouvelle année avec la tâche ardue de mettre au point une toute nouvelle formule politique qui se passe des États-Unis.

L’Autorité palestinienne est entrée en 2017 avec le léger espoir que les États-Unis étaient en train de prendre ses distances, même légèrement, de son attitude radicalement pro-israélienne. Cet espoir était le résultat d’une décision prise par l’administration Barack Obama en décembre 2016 de ne pas opposer son veto à la résolution 2334 du Conseil de sécurité des Nations Unies qui déclarait nulle et non avenue le statut des colonies juives illégales dans les territoires occupés.

Mais la nouvelle administration de Donald Trump étouffa tout optimisme dès qu’elle prit possession de la Maison Blanche, avec la promesse de relocaliser l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, reconnaissant ainsi, au mépris du droit international, la ville sainte comme capitale d’Israël.

Des messages mitigés de la part du président Trump ont fait qu’il n’était pas clair s’il allait mener à bien sa campagne et ses promesses pré-électorales, ou s’il resterait attaché à la politique étrangère traditionnelle des États-Unis. La nomination de politiciens d’extrême-droite, comme David Friedman comme ambassadeur des États-Unis en Israël, était juxtaposée à des références constantes à un « accord final » qui impliquerait les Palestiniens, Israël et les pays arabes.

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La « paix régionale » américaine, cependant, n’équivaut à rien et Trump finit par remplir sa promesse envers Israël et ses alliés en signant le Jerusalem Embassy Act de 1995.

Ce faisant, il a mis un terme au rôle de premier plan de son pays dans le « processus de paix » préconisé par les États-Unis, qui prônait une « solution à deux États » fondée sur une formule de « la terre contre paix ».

Les pays européens avaient anticipé le retrait américain des efforts de paix dès janvier 2017, mais ils ont cependant poussé à l’organisation d’une conférence de paix à Paris le 15 janvier. La conférence rassembla près de 70 pays mais sans le soutien des États-Unis et avec le rejet d’Israël. Elle ne fut qu’une plate-forme pour répéter un langage éculé sur la paix, la coexistence et autres platitudes.

Maintenant que Trump a dégradé le rôle de son pays, les puissances européennes, en particulier la France, tenteront probablement de sauver les pourparlers de paix. Cependant, une telle possibilité risque de se révéler infructueuse puisque le gouvernement israélien d’extrême-droite de Benjamin Netanyahu a clairement indiqué que ni les colonies illégales, ni une Jérusalem partagée, ni un État palestinien ne sont dans les projets d’Israël. Sans l’application du droit international, Israël ne changera pas de plein gré sa position.

En fait, 2017 a été une année d’expansion effrénée des colonies juives, avec des milliers de nouveaux logements construits – ou en cours de construction – tandis que de nouvelles colonies sont également prévues.

L’intransigeance d’Israël et la fin de la comédie de la paix aux États-Unis ont renouvelé l’intérêt pour la lutte palestinienne, qui a été mise de côté pendant des années en raison des conflits régionaux et de la guerre en Syrie. Cela a permis de renforcer le soutien au mouvement palestinien de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS). Inspiré du mouvement de boycott contre l’apartheid en Afrique du Sud, le BDS appelle à une action directe de la société civile mondiale pour mettre fin à l’occupation israélienne de la Palestine.

Cependant, la montée en force de la campagne BDS a également engendré une forte poussée israélo-américaine pour mettre hors la loi le Mouvement et punir ses partisans. Près de deux douzaines d’États américains ont adopté des lois pour criminaliser le BDS, tandis que le Congrès américain finalise sa propre loi qui fera du boycott d’Israël un acte passible de lourdes amendes et peines d’emprisonnement.

Contestant à la fois l’occupation israélienne et l’Autorité de Ramallah, les Palestiniens des territoires occupés ont poursuivi leur Intifada, bien que celle-ci n’ait pas bénéficié de la mobilisation de masse des soulèvements antérieurs.

Des centaines de Palestiniens ont été tués et blessés, y compris de nombreux enfants, Israël faisant tout pour étouffer toute protestation contre son régime militaire.

Le siège de Gaza est également resté en place malgré les efforts du Hamas pour y mettre un terme par l’élaboration d’une nouvelle charte et les diverses ouvertures vers le Fatah de Mahmoud Abbas, qui domine le gouvernement palestinien à Ramallah.

Un accord d’unité entre le Hamas et le Fatah a été signé au Caire en octobre. Il fixe une date pour les élections et a permis à un grand nombre de responsables et employés de l’AP de retourner à Gaza pour s’occuper des passages frontaliers et reprendre une place dans divers ministères et bureaux du gouvernement.

Cependant, près de deux millions de Palestiniens dans la bande assiégée n’ont pas encore goûté le fruit de cette unité dans leur vie quotidienne.

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Bien que l’accord de réconciliation ait été motivé par l’opportunité politique pour les deux factions, le besoin d’une réelle unité entre les Palestiniens est plus urgent que jamais, et pas uniquement à cause de la décision de Trump concernant Jérusalem.

La Knesset israélienne a adopté, ou est sur le point d’adopter, plusieurs projets de loi qui scellent le sort des Palestiniens, indépendamment de leur situation géographique ou de leur appartenance politique. L’un d’entre eux est le projet de loi sur la nation juive qui définit Israël comme « la patrie du peuple juif », faisant ainsi de millions d’Arabes palestiniens indigènes, des parias dans leur propre pays.

Le projet de loi sur le Grand Jérusalem bien que temporairement mis de côté malgré le soutien de la majorité à la Knesset, appelle à l’expansion des frontières de Jérusalem pour inclure d’importantes colonies juives illégales en Cisjordanie, annexant ainsi illégalement une partie de la terre palestinienne et réduisant la population palestinienne de Jérusalem en une minorité encore plus restreinte.

La direction palestinienne doit comprendre que les défis à relever sont bien plus importants que son besoin égoïste de survie politique et de soutien financier. Il est urgent de revitaliser toutes les institutions de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP). La nouvelle stratégie devrait placer les Palestiniens en premier et mobiliser les énergies du peuple palestinien chez lui ou dans la shatat [diaspora].

2018 promet d’être une année décisive pour l’avenir de tous les Palestiniens et ce sera une année difficile. Non seulement les États-Unis se sont retirés du « processus de paix », mais ils vont faire tout leur possible pour mettre en péril toute initiative palestinienne visant à tenir Israël responsable de son occupation militaire illégale de 50 ans.

Si la direction palestinienne ne parvient pas à se transformer, elle risque de se trouver en confrontation directe avec le peuple palestinien, qui est prêt à passer à un tout nouveau type de lutte, indépendant de la farce d’une « solution à deux États » qui par ailleurs n’a jamais été pertinente.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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26 décembre 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

L’Occident célèbre Malala, et ignore Ahed. Pourquoi ?

Photo : Réseaux sociaux
Shenila Khoja-MooljiAhed Tamimi, une jeune Palestinienne de 16 ans, a récemment été arrêtée au milieu de la nuit, pendant une descente de l’armée israélienne dans sa maison.

Les autorités israéliennes l’accusent d’avoir « agressé » un soldat et un officier israélien. La veille, elle avait confronté des soldats israéliens qui étaient entrés dans le jardin de sa famille. Peu de temps avant cette intrusion, un soldat avait tiré une balle en acier recouvert de caoutchouc dans la tête de son cousin de 14 ans et brisé les fenêtres de sa maison pour y lancer des cartouches de gaz lacrymogène.

Sa mère et sa cousine ont ensuite également été arrêtées. Toutes les trois sont toujours en détention.

On a observé un curieux manque de soutien de la part des groupes féministes occidentaux, des défenseurs des droits humains et des officiels étatiques qui se présentent habituellement comme de grands défenseurs des droits humains et des champions de l’émancipation féminine.

On ne compte plus les campagnes en faveur de l’émancipation des femmes de l’hémisphère sud : Girl Up, Girl Rising, le Sommet G (irls)20, Parce que je suis une femme, Laissez les filles étudier, Déclaration des femmes.

Lorsque Malala Yousafzai, une militante pakistanaise de 15 ans, a été atteinte à la tête et à l’épaule par les balles d’un membre de Tehrik-e-Taliban, la réaction a été radicalement différente. Gordon Brown, l’ancien Premier ministre du Royaume-Uni, a lancé une pétition intitulée « Je suis Malala. » L’UNESCO a lancé « Stand Up For Malala ».

Malala a été invitée à rencontrer le président Barack Obama, ainsi que le secrétaire général des Nations unies de l’époque, Ban Ki-moon, et elle s’est adressé à l’Assemblée générale des Nations unies. Elle a été partout à l’honneur après avoir été comptée dans les 100 personnes les plus influentes par Time magazine, choisie comme femme de l’année par Glamour magazine, et nominée pour le prix Nobel de la paix en 2013, et de nouveau en 2014 où elle l’a finalement obtenu.

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Des représentants de l’État aussi importants qu’Hillary Clinton et Julia Gillard, ainsi que d’éminents journalistes comme Nicholas Kristof, l’ont soutenue. On lui a même dédié une journée, le Malala Day!

Mais aujourd’hui nulle campagne #IamAhed ou #StandUpForAhed ne fait la Une des journaux. Aucun des groupes féministes, des groupes de défense des droits ou des personnalités politiques habituels n’a publié de déclarations pour soutenir la jeune fille ou critiquer l’État israélien. Personne n’a institué de Ahed day. En fait, les États-Unis lui ont même autrefois refusé un visa pour une tournée de conférences.

Ahed a, comme Malala, passé toute sa vie à lutter contre les injustices. Elle n’a cessé de protester contre le vol de terres et d’eau par les colons israéliens. Elle a subi de lourdes pertes personnelles, l’occupation lui a pris un oncle et un cousin. Ses parents et son frère ont été arrêtés à maintes reprises. Sa mère a reçu une balle dans la jambe. Il y a deux ans, une autre vidéo d’elle a fait le buzz – cette fois-là, elle essayait de protéger son petit frère qu’un soldat voulait emmener.

Pourquoi n’y a-t-il pas pour Ahed le même tollé international que pour Malala? Pourquoi la réaction aux tribulations d’Ahed est-elle si insignifiante?

Il y a plusieurs raisons à ce silence assourdissant. La première est le fait que la violence d’État est globalement reconnue comme légitime. Alors que les actions hostiles d’acteurs non étatiques tels que les talibans ou les combattants du Boko Haram sont considérées comme illégales, une agression équivalente de la part d’un État est souvent jugée appropriée.

Cela comprend non seulement les formes visibles de violence telles que les attaques de drones, les arrestations illégales et la brutalité policière, mais aussi les agressions moins apparentes telles que l’appropriation de ressources comme la terre et l’eau. L’État justifie ses violences en présentant les victimes de ses injustices comme une menace au bon fonctionnement de l’État.

Une fois considéré comme une menace, l’individu perd tous ses droits politiques. Le philosophe italien Giorgio Agamben dit* que l’État est considéré comme un pouvoir souverain qui peut suspendre les lois dans un lieu ou une période donnés ; il peut déployer toute sa violence contre n’importe quel individu considéré comme une menace. Les terroristes entrent évidemment dans cette catégorie. Ainsi, l’exécution de terroristes présumés par des drones, hors de toute procédure judiciaire régulière, ne suscite pas beaucoup de remous dans la population.

La police israélienne a déployé une stratégie similaire. La raison invoquée pour prolonger la détention d’Ahed est qu’elle « constitue un danger » pour les soldats (qui représentent l’État) et qu’elle pourrait entraver le fonctionnement de l’État (l’enquête).

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Il est inimaginable de faire passer des Palestiniens désarmés comme Ahed – qui exerçait simplement son droit légitime de protéger sa famille avec les moyens d’une jeune fille de 16 ans – pour des terroristes. Cette qualification ouvre la porte à des abus et des tortures sans limites. Le ministre israélien de l’éducation Naftali Bennett, par exemple, veut qu’Ahed et sa famille « finissent leur vie en prison ».

Les souffrances d’Ahed mettent également en lumière l’humanitarisme sélectif de l’Occident, où seulss certaines personnes et certaines causes sont jugées dignes d’intervention.

Selon l’anthropologue Miriam Ticktin, les organisations humanitaires prétendent que des critères moraux président à leurs efforts pour soulager les souffrances humaines, mais il est clair que certaines souffrances sont considérées comme dignes d’être prises en compte et d’autres non, même s’il s’agit de la souffrance d’une femme violée ou malade.

Certaines souffrances sont normalisées et même « disqualifiées du fait qu’elles ne sont plus l’exception, mais la règle ».

On ne considère pas habituellement que le chômage, la faim, la violence, les brutalités policières et la dévalorisation des cultures méritent une intervention humanitaire. Ces formes de souffrance sont considérées comme normales et même inévitables. Ahed, par conséquent, n’a pas le profil de la victime idéale pour une campagne internationale.

Par ailleurs, des jeunes filles comme Ahed qui critiquent le colonialisme et défendent leur nation ne sont pas le genre de femmes émancipées qui plaît à l’Occident. Elle se bat pour la justice contre l’oppression, au lieu de se battre pour une émancipation qui ne profite qu’à elle-même.

Son féminisme est politique, plutôt que centré sur les avantages matériels et le sexe. La manière dont elle utilise sa force, en tant que femme, révèle l’horrible visage du colonialisme et de ses colons, elle est donc qualifiée de « dangereuse ». Son courage et son intrépidité jettent une lumière trop crue sur l’horreur de l’occupation.

Le martyr d’Ahed devrait nous inciter à nous interroger sur notre humanitarisme sélectif. Les personnes qui sont victimes de la violence d’État, dont l’activité militante révèle la brutalité du pouvoir, ou qui défendent des droits d’intérêt général, méritent d’être inclues dans notre vision de la justice.

Même si nous ne lançons pas de campagne pour Ahed, nous ne pouvons pas ignorer son appel à prendre la mesure de la répression, des transferts de population et de la dépossession que subit son peuple. Comme Nelson Mandela l’a dit, « Nous savons très bien que notre liberté est incomplète sans la liberté des Palestiniens. »

Note :

* État d’exception d’Agamben

28 décembre 2017 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

Pour un renouveau du mouvement national palestinien

Photo : Mundubat
Ramzy BaroudMaintenant que le masque américain est complètement tombé, les Palestiniens ont besoin d’une refonte urgente de leurs priorités politiques, de leurs alliances et de leur stratégie de libération nationale.

Impossible de faire comme si de rien n’était après que le président américain Donald Trump ait repris à son compte la prétention d’Israël de faire de Jérusalem sa capitale, violant ainsi le très large consensus international sur la question.

Le mouvement Fatah, qui contrôle l’Autorité Palestinienne [AP] depuis sa création en 1994, a anticipé la colère des Palestiniens face à la décision des États-Unis en décrétant « un jour de colère ». Plusieurs Palestiniens ont été tués et de nombreux autres ont été blessés dans des affrontements dans les Territoires occupés.

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Mais la manipulation des émotions des Palestiniens par leurs dirigeants est pour le moins méprisable. La « politique de la colère », qui a été utilisée par les dirigeants palestiniens dans le passé, a souvent contribué à détourner le mécontentement et la critique populaires.

Bien sûr, Israël et les États-Unis méritent toute ces condamnations pour leur rôle dans le maintien, le financement, la défense de l’occupation militaire, et la domination sur le peuple palestinien. Mais la direction palestinienne mérite également beaucoup de condamnations. Ceux qui ont volontairement participé au jeu futile du « processus de paix », faisant miroiter la perspective peu réjouissante d’une « solution à deux États » et finissant par désespérer les Palestiniens, ne devraient pas s’en tirer à si bon compte.

Les dirigeants palestiniens et une armée de fonctionnaires, de politiciens, d’experts et de sous-traitants ont injecté des milliards de dollars venus de l’étranger pour maintenir la sinistre plaisanterie du processus de paix pendant plus de 25 ans, tandis que la population était de plus en plus pauvre et découragée.

Ceux qui ont résisté en dehors du cadre politique imposé par les dirigeants palestiniens ont été harcelés, emprisonnés et sévèrement punis. Ce fut le cas non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. Beaucoup de journalistes, d’universitaires, d’artistes et de militants ont été traités durement pour avoir questionné les méthodes de l’AP au fil des années.

Pourtant, nous voyons aujourd’hui l’AP appeler ces mêmes Palestiniens à manifester leur colère. Le Hamas aussi appelle à une nouvelle Intifada. Bizarrement, les factions palestiniennes n’ont jamais appris de l’Histoire. Les soulèvements populaires réels et durables ne sont jamais une réponse à l’appel d’un parti ou d’un homme politique. C’est un cri spontané et authentique pour la liberté, qui vient des masses elles-mêmes et non pas des dirigeants politiques.

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Alors que certaines factions palestiniennes espèrent que la colère populaire face à l’occupation israélienne créera un tampon protecteur pour qu’elles puissent survivre encore un moment, d’autres groupes surfent sur la vague de leurs propres intérêts politiques.

Mais ce n’est pas une stratégie. Envoyer des gens torse nu pour combattre des soldats armés uniquement pour communiquer un message médiatique ne fera ni pression sur Israël ni sur les États-Unis. En fait, la plupart des médias américains centrent leur information sur la « violence palestinienne », comme si la violence de l’occupation israélienne n’était pas un problème, et comme si la sécurité des Israéliens était la préoccupation la plus importante en ce moment.

Pas plus que ne font une différence les appels polis aux États-Unis pour que Trump reconsidère sa décision et annule le déplacement de son ambassade…

La déclaration finale présentée par les ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe au Caire samedi était un exemple du langage sans contenu qui s’avérera inefficace.

Inviter Trump à revenir sur sa décision ne fera pas, à lui seul, un iota de différence. Les Palestiniens ont besoin de leurs frères arabes pour mettre sur pied une position forte et unifiée sur la question, sans hésiter à explorer de nouvelles voies politiques et à exercer une pression réelle et tangible sur les États-Unis et Israël.

La direction palestinienne qui a dévalorisé la lutte des Palestiniens et gaspillé de précieuses années à poursuivre un mirage américain, doit être tenue pour responsable.

Pourquoi les dirigeants palestiniens tiennent-ils toujours si étroitement à leurs postes et fauteuils, compte tenu de la somme de dommages qu’ils ont infligés à la cause palestinienne ? Si la direction palestinienne avait un degré minimal de sens des responsabilités et d’estime de soi, elle présenterait des excuses sincères au peuple pour tout le temps, l’énergie et le sang gaspillés. Elle procéderait immédiatement à une refonte totale dans ses rangs, activerait toutes les institutions de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) pour rassembler toutes les factions, pour définir une nouvelle stratégie face à un avenir de plus en plus sombre.

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Rien de tout cela ne s’est jusqu’à maintenant produit. Des déclarations enflammées et des appels à la mobilisation palestinienne mais sans stratégie commune, ne serviront que les intérêts des factions et ne serviront en rien au peuple palestinien et à ses aspirations nationales.

En vérité, les Palestiniens du peuple n’ont besoin ni du Fatah ni du Hamas pour appeler à un « jour de colère » ou à une nouvelle Intifada. Leur haine pour l’occupation et leur amour pour leur ville de Jérusalem n’exigent aucun communiqué officiel. C’est leur combat et cela a toujours été leur combat, mené tous les jours au cours des 50 dernières années…

Ce que Trump a fait aura des conséquences terribles sur la région pour les années à venir. Mais l’un des premiers résultats est qu’il a exposé au grand jour le processus de paix comme une complète comédie et le rôle des États-Unis pour ce qu’il est : ni honnête ni équitable. Mais il devrait également démasquer la direction palestinienne pour tous ses échecs et sa corruption.

Si les Palestiniens doivent repartir à zéro, ils doivent entamer cette nouvelle période avec un nouveau discours politique, avec un sang nouveau et une nouvelle perspective d’avenir fondée sur l’unité, la crédibilité et la compétence. Rien de tout cela ne pourra se faire avec ces mêmes vieilles figures, ce même langage éculé et cette même politique sans issue.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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13 décembre 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Statut de Jérusalem : entre folie et provocation à la guerre

Dôme du Rocher - Jérusalem
Robert FiskTrump espère-t-il un autre accueil chaleureux et une autre danse traditionnelle à l’épée à Riyad ? Est-ce que les Saoudiens achèteront toutes ces milliards d’armes américaines s’il livre Jérusalem aux Israéliens ? On peut en douter.

Au milieu de trois guerres catastrophiques au Moyen-Orient, il serait difficile d’imaginer quelque chose de plus provocateur, dangereux – ou tout simplement délirant – que l’initiative des États-Unis de déplacer leur ambassade de Tel Aviv à Jérusalem. Pourtant, c’est exactement ce que Donald Trump est en train de faire cette semaine. D’une certaine manière, nous aurions dû nous y attendre : des présidents fous font des choses folles.

Mais n’y a-t-il personne à la Maison Blanche qui puisse le retenir ? Pas même Jared Kushner, qui est censé être la main de Trump au Moyen-Orient ? Ou Kushner est-il trop impliqué dans son dernier scandale – tel que révélé par Newsweek : qu’il n’a pas fait connaître sa co-direction d’une fondation finançant des colonies juives illégales en Cisjordanie quand il a déposé ses dossiers financiers au Bureau de l’Éthique gouvernementale cette année – pour oser se faire entendre ?

Car ce n’est pas que l’ambassade elle-même ne soit qu’un geste symbolique. Cela signifie que les États-Unis reconnaîtraient que la ville de Jérusalem, sacrée pour les musulmans, les juifs et les chrétiens, est la capitale de l’État israélien et que les Palestiniens ne pourront jamais la partager. Le moribond « processus de paix » – abandonné par les Israéliens, puis par les Palestiniens puis par les Américains il y a des années, bien que « les hommes d’État » en parlent encore dans le monde virtuel dans lequel ils vivent – n’existerait plus, même dans nos imaginations.

C’est pourquoi tout le monde de Macron à Erdogan, des Saoudiens à l’Union Européenne, et bien sûr les malheureux Palestiniens, ont critiqué et condamné de diverses manières la décision à venir de Trump. S’il ne signe pas de report officiel – qui doit être renouvelé tous les six mois – à la loi américaine pour déplacer l’ambassade, alors il va en effet, pour reprendre les termes des dirigeants palestiniens, prendre le risque d’un conflit « ethnique ».

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N’y a-t-il pas assez de guerres au Moyen-Orient pour occuper la Maison blanche même dirigée par un fou ? Trump a depuis longtemps pris le parti sunnite dans le conflit sunnite-chiite – mais maintenant il risque d’augmenter les tensions en les exaspérant tous les deux. Les Arabes savent tous – et beaucoup d’Israéliens sont d’accord – que le président Trump est dingue. Mais les implications de tout déplacement de l’ambassade – ou en d’autres termes l’acceptation par Trump que Jérusalem est en effet la capitale d’Israël – seront énormes. Cela revient à signifier aux Arabes, musulmans et chrétiens, que leur deuxième ville la plus sainte appartient aux Juifs d’Israël et non à eux. Cela dira aux Iraniens la même chose. Cela signifiera la même chose pour tous les pays musulmans du monde.

Trump espère-t-il un autre accueil chaleureux et une autre danse traditionnelle à l’épée à Riyad ? Est-ce que les Saoudiens achèteront toutes ces milliards d’armes américaines s’il livre Jérusalem aux Israéliens ? Les musulmans croient généralement que le Prophète, né en Arabie, est monté de Jérusalem au ciel.

En Occident, cela va pourrir davantage les relations entre Washington et l’Union Européenne, cela nuira aux relations canado-américaines – car Ottawa ne suivra sûrement pas l’initiative de Washington – et l’UE, qui croit encore cruellement au fameux « processus de paix » , ne va certainement pas répondre en déplaçant ses propres ambassades à Jérusalem. Il y a, bien sûr, des consulats européens à Jérusalem – mais pour couvrir Jérusalem-Est et la Cisjordanie, pas Israël.

Bibi Netanyahu et son gouvernement israélien extraordinairement « extrême-droitier » seront certainement heureux, car cela déclenchera une nouvelle et bien plus grande expansion des colonies juives – que nous appelons étrangement des « implantations » – sur les terres arabes, dépouillant encore plus les Palestiniens. Les Israéliens ont volé des terres à leurs propriétaires arabes légaux pendant des années, mais le président Trump enlèverait alors aux Palestiniens l’espoir même d’une capitale à Jérusalem-Est.

Et comment vont réagir les Palestiniens des camps de réfugiés au Liban ? Il n’y a guère d’habitation palestinienne sans une photo de la mosquée Al-Aqsa apposée au mur. Comment le Hezbollah répondra-t-il ? Peuvent-ils simplement se contenter de la rhétorique – ou devront-ils tirer des missiles sur la frontière israélo-libanaise pour exprimer leur colère ?

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Et les Russes, le plus grand allié de la Syrie – où Bachar al-Assad déclarera sûrement son régime comme porte-drapeau dans une nouvelle bataille pour une « Jérusalem libérée » – ne peuvent guère laisser passer une telle initiative sans prendre le parti arabe. Et en vendant aux Arabes les navires de guerre, les avions de chasse et les missiles que ceux-ci achetaient jusqu’ici aux Américains.

Un rêve israélien pourrait devenir réalité si Trump annonce Jérusalem comme étant la capitale d’Israël. Mais ce sera aussi un cauchemar arabe. Au moins, quand Jérusalem restait l’objet de négociations israélo-palestiniennes, les Arabes de Cisjordanie pouvaient s’accrocher au vague espoir de disposer un jour d’une partie de la ville. Mais si Trump va de l’avant, l’Amérique ne pourra plus jamais prétendre mettre en place un autre « processus de paix », même imaginaire. « Une erreur colossale » sera le moins que le monde pourra dire à propos des États-Unis si Trump ne signe pas la dite suspension.

A1 * Robert Fisk est le correspondant du journal The Independent pour le Moyen Orient. Il a écrit de nombreux livres sur cette région dont : La grande guerre pour la civilisation : L’Occident à la conquête du Moyen-Orient.

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5 décembre 2017 – The Independent – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

Comment Israël exporte ses pratiques criminelles aux États-Unis

Ramzy Baroud
Ramzy BaroudLes empreintes israéliennes sont de plus en plus apparentes dans l’appareil sécuritaire américain. Cela n’augure rien de bon pour les Américains.

Le projet de loi S.720 du Sénat américain aurait dû avoir l’effet d’un avertissement. Ce projet de loi, rédigé par le groupe de pression israélien, American Public Affairs Committee (AIPAC), dans le cadre de son « 2017 lobbying agenda » doit punir toute personne ou entreprise qui boycotte Israël en raison de ses violations des droits de l’homme et des Palestiniens.

La punition extrêmement dure pourrait atteindre un million de dollars d’amende, et aller jusqu’à 20 ans de prison. Bien que le boycott politique ait été certifié comme un droit par la Cour suprême des États-Unis, le Congrès veut faire du boycott d’Israël l’exception, même si cela revient à nier les principes de la démocratie américaine.

Pourtant, les protestations sont en grande partie étouffées. Les principaux médias américains n’ont toujours pas questionné à ce propos les législateurs américains, alors que des centaines de ces élus ont déjà approuvé cette initiative inacceptable.

Critiquer Israël est toujours un tabou aux États-Unis, où le Congrès se soumet aux pressions et pots-de-vin des lobbies, et où le discours des médias sur l’occupation militaire israélienne illégale de la Palestine est encore moins critique que celui des médias israéliens eux-mêmes.

Cependant, l’infiltration du gouvernement américain n’est pas nouvelle. Elle ne fait que se renforcer, en raison de l’absence de suffisamment de voix critiques capables de créer un semblant d’équilibre ou au moins un débat sérieux sur la question.

Pendant des années, les citoyens américains ordinaires ont été tenus éloignés de toute discussion sur Israël et la Palestine. Le sujet paraissait étranger, pollué par la propagande hollywoodienne, les préjugés sur la religion et le manque de compréhension de l’Histoire.

Mais ces dernières années, Israël est devenu partie intégrante de la vie américaine, même si la plupart des gens n’ont pas conscience de l’influence israélienne.

« Au lendemain du 11 septembre 2001, Israël a mis à profit son expérience de plusieurs décennies en tant que force d’occupation pour se positionner comme un leader mondial de la lutte contre le terrorisme », a rapporté Alice Speri dans l’Intercept.

L’image de marque à succès a valu en retour aux entreprises de sécurité israéliennes des milliards de dollars. Ces gains massifs sont le résultat de l’exploitation de la peur américaine du terrorisme, tout en présentant Israël comme un modèle de lutte contre le terrorisme.

Au cours des deux dernières décennies, des centaines de hauts fonctionnaires fédéraux et des milliers d’officiers de police ont à ce jour reçu une formation en Israël ou par le biais de séminaires et d’ateliers organisés par les compagnies israéliennes.

Des groupes comme l’AIPAC, l’Anti-Defamation League (ADL) et l’Institut juif pour les affaires de sécurité nationale sont, à divers degrés, impliqués dans la transformation de la force de police américaine en unités militarisées similaires à la structure de la police israélienne.

En tant que puissance occupante, Israël a brouillé les frontières entre la police et l’armée. Dans des zones comme Jérusalem-Est en Palestine occupée, les deux appareils se comportent de la même manière. Ils « tirent pour tuer » à la suite de la moindre provocation ou de la moindre suspicion. Souvent, sans aucune raison du tout.

Alex Vitale, auteur et professeur de sociologie à Brooklyn College, parle de la nature des voyages réguliers effectués par les agents fédéraux et les policiers américains en Israël.

« Une grande partie du maintien de l’ordre que les gens observent et dont on parle pendant ces voyages est le maintien de l’ordre dans un contexte non démocratique. »

Ce « contexte non démocratique » implique le maintien de l’ordre, l’humiliation et souvent le meurtre pur et simple des Palestiniens sous occupation. Au lieu de faire pression sur Israël pour qu’il cesse d’occuper les Palestiniens, le gouvernement américain importe l’expertise israélienne dans ses propres villes.

En effet, le phénomène de mimétisme avec l’armée américaine fait ressembler les flics locaux à une « force d’occupation » plus qu’à des individus dont la mission serait de protéger le public.

Israël exporte ses tactiques d’occupation vers les États-Unis, avec des sous-traitants militaires israéliens ouvrant des filiales à travers le pays, faisant la promotion de leurs technologies de surveillance, de leurs murs, de leur matériel de surveillance des frontières et de leurs pratiques violentes.

Les Américains devraient s’inquiéter, mais la plupart d’entre eux sont inconscients de cette tendance plutôt effrayante car les médias mettent rarement en lumière l’influence militaire israélienne croissante sur la vie américaine.

Une société israélienne, Elta North America, (une filiale de l’industrie aérospatiale israélienne) a été l’une des huit sociétés à avoir reçu une somme très importante d’argent pour produire un prototype de mur que les États-Unis ont l’intention de construire le long de la frontière américano-mexicaine.

Le mur était l’une des principales promesses faites par Trump au cours de sa campagne pour la Maison Blanche. Israël a été le premier pays à se précipiter pour soutenir les propos ségrégationnistes de Trump.

« Le président Trump a raison, j’ai construit un mur le long de la frontière sud d’Israël, il a stoppé toute immigration clandestine, un grand succès, une excellente idée », a alors tweeté le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

Bien que son soutien à Trump ait irrité le Mexique et de nombreux Américains, Netanyahu avait une trop bonne idée des possibles investissements lucratifs pour les années à venir.

En effet, la sécurité aux frontières des États-Unis a été une source majeure de revenus pour les entreprises israéliennes.

L’un de ces contrats juteux était celui accordé par l’administration Obama à la société israélienne Elbit Systems. Pour un projet évalué à 145 millions de dollars, l’entreprise a fourni du matériel de surveillance et construit des tours le long de la frontière des États-Unis au sud de l’Arizona, avec l’état de Sonora au Mexique.

Elbit a également été grassement rétribué par Boeing en 2006 pour son rôle dans l’initiative « DHS Strategic Border Initiative« .

Magal Security System, la firme israélienne qui a aidé l’armée israélienne à renforcer le siège de Gaza, est activement impliquée dans l’industrie américaine de la sécurité et a été l’une des premières entreprises à construire le mur pour couper le Mexique des États-Unis.

Les pratiques illégales d’Israël sont maintenant le modèle sur lequel les États-Unis prévoient de s’appuyer pour surveiller les villes, les frontières et définir ses relations avec ses voisins.

Mais le fait est que les murs israéliens ne sont pas destinés à la défense, mais plutôt à annexer les terres palestiniennes et arabes, tout en alimentant ses propres phobies nationales sur les menaces qui l’entoureraient.

Alors que la réaction imprudente et violente des États-Unis aux attentats du 11 septembre 2001 ont nourri les craintes américaines par rapport au reste du monde, les politiques isolationnistes de Trump ouvrent la voie à d’autres infiltrations israéliennes du gouvernement et de la société américaines.

La preuve de tout ceci peut maintenant être découvert dans les grandes villes américaines, ses différentes frontières et le système de surveillance qui potentiellement peut surveiller chaque citoyen américain.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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2 novembre 2017 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

L’après Balfour : 100 ans d’histoire et d’occasions manquées

Photo : Mohammed Asad
Zena Agha, Jamil Hilal, Rashid Khalidi, Najwa al-Qattan, Mouin Rabbani, Jaber Suleiman et Nadia Hijab – Réseau Al Shabaka
 
Un déferlement mondial d’analyses et d’activités militantes marque le 100ème  anniversaire de la Déclaration Balfour du 2 novembre 2017. La Déclaration a donné l’imprimatur impérial à la Résolution prise par le mouvement sioniste lors de sa première conférence à Bâle en 1897 de « donner un foyer au peuple juif en Palestine garanti par le droit public » et a engendré une guerre et une violence sans fin, ainsi que la dépossession, la dispersion et l’occupation du peuple palestinien.
 
L’histoire aurait-elle pu prendre un autre tour? Les Palestiniens auraient-ils pu, à un moment ou un autre, influencer le cours des choses pour qu’il prenne une autre direction? Nous avons organisé une table ronde avec des historiens et des analystes du réseau politique d’Al-Shabaka pour leur demander d’identifier une situation précise qui aurait pu tourner différemment si le peuple palestinien avait décidé d’un autre plan d’action, et d’en tirer un enseignement pour notre quête d’autodétermination, de liberté, de justice et d’égalité.
 
Rashid Khalidi ouvre le feu avec sa remarque lapidaire sur l’éternelle incapacité des dirigeants palestiniens à comprendre la dynamique du pouvoir mondial ; le Livre blanc(1) de 1939 est pour lui le signe du caractère gravissime de cette lacune.
 
Zena Agha mentionne la Commission Peel de 1936 – la première fois que la Partition a été présentée comme une solution – en se demandant si la Partition est inévitable, jusqu’à aujourd’hui, comme l’a affirmé la Commission.
 
Jamil Hilal cite le Plan de Partition lui-même – la Résolution 181 de 1947 de l’ONU – en rappelant qu’une minorité de Palestiniens pensaient qu’il fallait l’accepter pour donner au mouvement national le temps de se remettre de la défaite que venaient de lui infliger les Anglais et les Sionistes. Selon elle, il faut bien sûr que nous, Palestiniens, tirions les leçons de Balfour, du Plan de partition et d’Oslo, mais il faut aussi se demander qui va en tirer les leçons, et comment on peut obliger les gens à en tenir compte dans leurs actions?
 
Dans quelle mesure la grande catastrophe de l’Holocauste a-t-elle déterminé la création d’Israël? Najwa al-Qattan soutient que bien qu’il y ait certainement un lien historique, il n’y a pas de relation de cause à effet, et elle exhorte donc à une lecture critique de l’histoire pour préparer l’avenir.
 
Mouin Rabbani quant à lui, ne pense pas que la visite d’Anwar Sadat à Jérusalem en 1977 ait été une bonne chose ; il souligne qu’en renonçant à la guerre arabe contre Israël, le leader égyptien a aussi privé l’OLP et les Etats arabes d’une option diplomatique crédible.
 
Jaber Suleiman compare l’issue de l’Intifada de 1987 contre l’occupation israélienne à celle de la révolte palestinienne de 1936 contre l’occupation britannique et en tire plusieurs leçons, en particulier l’importance de faire dépendre la tactique d’une vision nationale stratégique claire qui guide la lutte palestinienne à chaque étape.
 
La table ronde a été animée par Nadia Hijab.
 

Rashid Khalidi: Le Livre blanc et l’incapacité d’appréhender la nature du pouvoir global

Le Livre blanc de 1939 aurait-il pu marquer un tournant dans l’histoire de la Palestine? Peut-être, mais pas un tournant capital. Si les dirigeants palestiniens avaient accepté le Livre blanc, ils auraient pu se repositionner vis-à-vis de la puissance coloniale. Cela aurait pu améliorer leur position à la fin de la révolte de 1936-1939 en les mettant dans le camp de la Grande-Bretagne quand les sionistes se sont retournés contre elle.
 
Cependant, la Grande-Bretagne était une puissance déclinante. Les États-Unis et les Soviétiques attendaient dans les coulisses et ont fait irruption sur la scène peu de temps après. En 1941, les nazis ont attaqué l’URSS et le Japon a attaqué Pearl Harbor, et le monde a changé, donc tout ce que les Palestiniens auraient pu faire avec la Grande-Bretagne aurait probablement eu peu d’effet. Dans un sens, la grande révolte palestinienne est arrivée trop tard. Les Egyptiens s’étaient révoltés en 1919, les Irakiens en 1920 et les Syriens en 1925. Dans les années 1930, surtout après l’arrivée au pouvoir des nazis, le projet sioniste était complètement lié à la Palestine.
 
Cependant, ce que cette période met en lumière, c’est le fait que tous les dirigeants palestiniens sans exception étaient handicapés par une mauvaise compréhension de l’équilibre des forces internationales. Les Palestiniens se battaient contre un mouvement colonial basé en Europe et aux États-Unis et composé d’Européens dont les langues maternelles étaient européennes et qui avaient des réseaux influents en Europe et aux États-Unis.
 
Pour pouvoir rivaliser avec un mouvement comme celui-là, il aurait fallu que les dirigeants palestiniens aient parmi eux des gens qui avaient des liens avec ces réseaux, qui parlaient couramment leurs langues et qui comprenaient à la fois la politique internationale et la politique intérieure. Les Palestiniens n’avaient pas ces connaissances pendant le mandat britannique – il suffit de lire leurs mémoires. Certains ont eu des intuitions mais ils ne faisaient pas le poids en face de l’autre camp, avant et après la Déclaration Balfour, et avant et après le Livre blanc. Et cela n’a pas beaucoup changé au cours des 100 dernières années, surtout en ce qui concerne les États-Unis. L’OLP avait une bonne compréhension du Tiers-Monde et de son fonctionnement, une bonne compréhension de l’Union soviétique et une certaine compréhension de l’Europe occidentale, raisons pour lesquelles elle a remporté des victoires diplomatiques dans les années 1970. Mais elle n’avait qu’une vague compréhension de la politique américaine, et c’est encore le cas.
 
La jeune génération palestinienne qui a grandi aux États-Unis et en Europe est bien mieux équipée. Elle a des réseaux et une bonne compréhension du fonctionnement de ces sociétés, ce qui n’est pas le cas des dirigeants palestiniens ni de la génération de leurs propres parents. Cette génération qui a produit des avocats, des médecins, des professionnels des médias et des gestionnaires financiers progresse en richesse et en influence, et elle n’hésitera pas à utiliser son pouvoir et son influence pour promouvoir la justice pour les Palestiniens.
 
S’il y a une leçon historique à tirer de cette brève discussion, c’est que ça ne sert à rien d’aller au sommet ; de parler à Lord Balfour ou au secrétaire Tillerson. Ce sont les structures du pouvoir qu’il faut comprendre – Balfour faisait partie d’un gouvernement, d’un parti politique, d’une classe, d’un système, et Tillerson aussi. Il faut comprendre ces structures, ainsi que les médias, et avoir une stratégie pour y faire face. L’idée qu’on peut régler un problème en allant au sommet est une illusion que les Palestiniens et les Arabes ont souvent entretenue à cause de la façon dont fonctionnent les systèmes arabes gouvernés par des rois et des dictateurs. La direction nationale n’a toujours pas de stratégie pour traiter avec les États-Unis, c’est lamentable. En revanche, la société civile palestinienne fait un travail remarquable, à la fois dans la diaspora et en Palestine: eux, ils comprennent le fonctionnement du monde.
 

Zena Agha: La Partition n’était pas un pilier de la politique

Il y a eu beaucoup d’erreurs et d’occasions manquées tout au long de la longue et douloureuse histoire de la conquête coloniale palestinienne. Dans le contexte du centenaire de la Déclaration Balfour, la Commission Peel – un rapport produit par la même puissance impériale que celle de la Déclaration de 1917 – est un moment crucial, même s’il est passé sous silence, de l’histoire de la quête palestinienne pour son autodétermination.
 
Dirigée par lord Peel, la Commission était le résultat de la mission britannique en Palestine de 1936. Son but officiel était « d’identifier les causes sous-jacentes des troubles » en Palestine après la grève générale arabe de six mois et « d’enquêter sur la manière dont le Mandat pour la Palestine est mis en œuvre par rapport aux obligations du Mandataire envers les Arabes et les Juifs respectivement ».
 
Selon le rapport publié en juillet 1937, le conflit entre Arabes et Juifs était irréductible et, par conséquent, la Commission a recommandé la fin du Mandat britannique et la partition de la Palestine en deux États: l’un arabe, l’autre juif. La partition était présumée être le seul moyen de « résoudre » les ambitions nationales contradictoires des deux camps et de sortir la Grande-Bretagne de l’impasse où elle s’était mise.
 
En dépit des engagements pris dans la Déclaration Balfour, l’Accord Sykes-Picot et la correspondance McMahon-Hussein, la recommandation de partition a formellement entériné l’incompatibilité des obligations britanniques envers les deux communautés. La Commission Peel a été la première forme de reconnaissance que le mandat britannique était intenable, presque 20 ans après sa création. C’était aussi la première fois que la Partition était mentionnée comme une « solution » au conflit que la Grande-Bretagne avait créé.
 
Les deux partis ont rejeté la recommandation de la Commission. Les dirigeants sionistes étaient mécontents de la taille du territoire qui leur était attribué, tout en approuvant la partition elle-même. Du point de vue palestinien, la partition constituait une violation des droits des habitants arabes de la Palestine. Le rapport de la Commission a déclenché la révolte arabe de 1936 qui a été violemment écrasée par les Britanniques en 1939.
 
Il est difficile de dire ce qui aurait pu se passer d’autre. Après tout, la révolte arabe (et l’échec de la conférence anglo-arabo-juive de Londres en février 1939) a conduit à la publication du Livre blanc de 1939, qui stipulait: « Le gouvernement de Sa Majesté déclare donc sans équivoque qu’il n’est pas dans son objectif politique que la Palestine devienne un État juif ». C’était une victoire importante pour la communauté palestinienne. C’est ce qui a suivi, à savoir la Seconde Guerre mondiale et les horreurs de l’Holocauste, qui ont radicalement fait pencher la balance en faveur d’un État juif en Palestine.
 
La Commission Peel et ses conséquences rappellent opportunément que la Partition de la Palestine n’a jamais été le pilier du mandat britannique. Au contraire, la partition a été suggérée, en desespoir de cause, par la Grande-Bretagne, la puissance coloniale, pour se débarrasser du bourbier palestinien. Cette partition est alors devenue parole d’évangile pour les Nations Unies nouvellement créées, et aucune négociation n’a depuis été nécessaire ou raisonnable. Alors que nous cherchons à tirer des leçons pour l’avenir, il faut peut-être déboulonner le mythe désormais incontournable selon lequel le partage de la Palestine historique serait le seul moyen d’assurer la paix, quelle que soit la forme que cette paix puisse prendre.
 

Jamil Hilal: Le Plan de Partition et les bifurcations

Pour voir les routes qui n’ont pas été suivies lorsque la Résolution 181 des Nations Unies (aussi connue sous le nom de Plan de Partition) a été adoptée en 1947, il faut se pencher à nouveau sur la Déclaration Balfour de 1917 et ses conséquences. La Déclaration reflète les intérêts de la Grande-Bretagne dans la région : elle avait besoin de la Palestine pour conserver son contrôle sur le canal de Suez et pour faire obstacle aux ambitions françaises sur le sud de la Syrie. Les préoccupations britanniques étaient donc à la fois économiques (accès au Canal, accès et contrôle du pétrole et du gaz) et politiques (contrôle de la Palestine tel qu’il lui avait été donné par la Société des Nations). Ce contrôle est la raison pour laquelle la Grande-Bretagne s’est engagée à établir un « foyer juif » en Palestine, plutôt qu’un état juif.
 
La colonisation de la Palestine par les colons juifs européens s’est faite contre la volonté des Arabes palestiniens autochtones grâce à  la Déclaration. Cette colonisation européenne de la Palestine initiée par les Britanniques a commencé bien avant les terribles atrocités du régime nazi dans l’Allemagne hitlérienne. Il y a eu beaucoup de résistance palestinienne à cette double colonisation de la Palestine, dont la plus connue est la grande rébellion de 1936-39. La direction du mouvement national palestinien qui a combattu la colonisation sioniste n’était pas d’accord en ce qui concernait le pouvoir britannique. Certains dirigeants pensaient que la Grande-Bretagne pouvait être gagnée à leur cause, tandis que d’autres la considéraient comme l’ennemi principal. Cette différence de vue sur le rôle du pouvoir impérial par rapport à l’ennemi direct existe toujours aujourd’hui.
 
Les mesures prises par les forces britanniques et sionistes pour écraser la rébellion de 1936-1939 sont venues à bout du mouvement national, ont dispersé ses dirigeants et ruiné l’économie palestinienne. Après, le mouvement n’avait plus de stratégie claire, en dehors d’exiger l’indépendance, une situation qui ressemble à celles d’aujourd’hui.
 
La réponse palestinienne au Plan de partition de l’ONU a reflété l’affaiblissement du mouvement national. Il n’y a pas eu de stratégie unifiée et pas de discussions pour solliciter l’avis des gens sur la meilleure ligne de conduite, à la fois tactique et stratégique. Seule une petite partie du mouvement national était prête à accepter le Plan. La majorité l’a rejeté mais n’a pas proposé d’alternative claire. La minorité palestinienne qui voulait l’accepter pensait qu’il serait possible de l’utiliser pour déjouer le projet sioniste d’occuper un maximum de terres débarrassées au maximum de leur population d’origine. Ce groupe pensait qu’accepter le Plan  donnerait aux Palestiniens l’espace et le temps nécessaires pour renforcer leurs forces et leurs capacités, établir un État et développer des relations avec la région et le monde. D’autres soutenaient que cela n’entraverait en rien le projet sioniste.
 
Il était normal et naturel de rejeter le Plan de partition. Pour les Palestiniens, cela signifiait abandonner plus de la moitié de leur patrie à un mouvement de colonisation européen qui avait envahi et colonisé leur pays par la force avec la protection de l’Empire britannique. Il avait violé leur droit à l’autodétermination et à l’indépendance et leur aspiration à un État démocratique qui garantirait les droits de tous ses citoyens sans distinction de religion, d’appartenance ethnique ou de race. En outre, le projet anglo-sioniste n’affectait pas seulement les Palestiniens. Toute la région arabe était concernée.
 
Le mouvement sioniste a profité du refus du Plan qu’il a fait semblant d’interpréter comme un refus de règlement pacifique, pour déclarer la guerre aux Palestiniens qui n’y étaient pas préparés, qui étaient désorganisés et n’avaient pas de leader.
 
Les alternatives au Plan de Partition n’ont donc jamais été développées ni discutées. Les arguments avancés par ceux qui voulaient l’accepter n’ont pas été suffisamment débattus et il n’y a eu aucune tentative pour articuler une nouvelle stratégie pour affronter le mouvement sioniste. Un tel effort aurait pu avoir un impact sur Israël et conduire plus tard à la réunification de la Palestine sur une base démocratique. Il aurait au moins fallu en discuter.
 
Ironiquement, certains arguments de cette époque ont été repris en 1974 pour promouvoir le programme de transition, également connu sous le nom de programme en 10 points, qui visait à établir un État sur n’importe quelle partie libérée de la Palestine. Le programme, approuvé par le Conseil national palestinien (CNP), a facilité l’entrée de l’Organisation de libération de la Palestine à l’Assemblée générale des Nations Unies en tant que membre non votant.
 
En 1998, alors que la première Intifada accroissait fortement le soutien international à la cause palestinienne, le CNP a approuvé la solution à deux États. Cependant, les accords d’Oslo de 1993, et ​​ce qui s’en est suivi, ont engendré une Partition encore bien plus préjudiciable à la Palestine que le Plan de Partition original, et ont abouti à la période actuelle où l’équilibre des pouvoirs entre Israël et les Palestiniens, au niveau local, régional et international, est largement en faveur d’Israël.
 
Compte tenu du fait que les Accords d’Oslo n’ont pas abouti à un État palestinien indépendant, les Palestiniens doivent-ils persister dans la solution de deux Etats, en attendant un changement de l’équilibre des pouvoirs, ou doivent-ils changer de stratégie et demander un État démocratique unifié en Palestine historique, comme le faisaient des membres éclairés du mouvement national palestinien avant la Nakba, et encore à le fin des années 1960? Cette fois, cependant, il faut aborder la question avec une vision et une stratégie claires et elle doit être débattue dans les communautés palestiniennes de la Palestine historique et dans la diaspora.
 
Mais débattre ne suffit pas. Nous nous demandons quelles leçons nous, en tant que Palestiniens, pouvons tirer de l’histoire et je repose ma question: Qui va en tirer les leçons? Et ceux qui détiennent le pouvoir en tiendront-ils compte ? Les intellectuels pensent souvent que leurs analyses vont influencer les décisionnaires politiques comme par magie. Mais si les groupes de pression, les mouvements sociaux, les partis politiques, les syndicats et d’autres formes de pouvoir n’agissent pas, il ne se passera pas grand chose.
 

Najwa al-Qattan: Lire l’histoire à travers le prisme de la réalité

La création de l’État d’Israël en 1948 est la conséquence de plusieurs développements historiques qui remontent au XIXe siècle. L’Holocauste a joué un rôle dans la naissance d’Israël, mais ce rôle a été davantage celui d’une sage-femme que d’une mère ou d’un père. Pourtant, en Occident comme en Palestine, les gens y voient une relation de cause à effet. Cette perception n’est pas seulement due à un faute de logique selon laquelle post hoc ergo proctor hoc, c’est à dire B a suivi A, donc A a provoqué B. En fait, il faut se pencher sur les six courtes années qui séparent les deux événements pour comprendre. Je vais démontrer qu’il n’y a pas de relation de cause à effet entre les deux événements et je vais expliquer pourquoi ils sont jumelés dans l’imagination populaire. Je conclurai avec les leçons qu’on peut tirer d’une analyse  plus critique de l’histoire :
 
Quand David Ben Gurion a annoncé la création de l’état d’Israël en mai 1948, il ne le sortait pas de son chapeau. Au contraire, cette création couronnait 50 ans d’efforts sionistes. Israël est la conséquence de développements historiques sur le court comme le long terme: l’antisémitisme racial ou moderne en Europe au XIXe siècle; l’émergence du mouvement sioniste en tant que réponse à l’antisémitisme moderne et aux mouvements nationalistes en Russie et en Europe occidentale; l’aptitude du sionisme naissant à combiner le socialisme et le nationalisme dans le but qu’« un peuple sans terre » puisse coloniser  « une terre sans peuple » ; le Mandat britannique pour la Palestine grâce auquel – comme en témoigne la Déclaration Balfour – des vagues successives d’immigrants juifs européens ont construit des institutions sociales, économiques, politiques et militaires pré-étatiques.
 
Parmi les quelque 600 000 juifs européens qui avaient immigré en Palestine en 1948, il y avait 120 000survivants de l’Holocauste. La population d’Israël a augmenté rapidement au cours des premières années de son existence grâce à l’arrivée de nouveaux immigrants. 300 000 autres survivants de l’Holocauste sont arrivés par vagues ainsi que plus de 475 000 Juifs du Moyen-Orient et d’ailleurs. Considérant que le projet sioniste avait pour but que l’État juif soit un refuge contre l’antisémitisme européen et un foyer national pour le peuple juif, ce petit nombre d’arrivées était un échec moral et politique pour le sionisme. Ils étaient sûrs qu’aussitôt l’état en place, des millions de juifs s’y précipiteraient, mais cela ne s’est pas produit, ni même après la catastrophe de l’Holocauste qui a exterminé six millions de Juifs.
 
Je ne nie pas qu’il y ait un lien historique entre les deux événements. Le premier lien entre l’Holocauste et la création de l’État d’Israël est lié au calendrier. Bien que, dans les premières décennies du XXe siècle, les créateurs de l’État sioniste aient tous été d’accord sur la location en Palestine d’un futur État juif, ils ne l’étaient pas sur le meilleurs moment de le faire (ni sur l’étendue du territoire). Dans ce contexte, l’Holocauste a certainement conduit les dirigeants sionistes à insister sur l’urgence de créer l’État comme lors du Programme Biltmore en 1942, et comme l’a fait aussi la Grande-Bretagne en annonçant qu’elle se retirerait de la Palestine en 1947. Cependant, cela ne signifie pas pour autant que l’un soit la cause de l’autre; les plans et les actions concrètes relatifs à la construction de l’État étaient déjà bien avancés à cette époque.
 
Le second lien est la propagande politique : le rapport entre l’Holocauste et Israël permet souvent d’interdire, en la dénonçant comme antisémite, toute critique d’Israël, et à effacer de l’histoire le fait que les Palestiniens n’ont plus d’état et que beaucoup sont réfugiés à l’étranger. Il y a deux ans, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est même allé jusqu’à prétendre tout à fait abusivement que c’étaient les Palestiniens qui avaient suggéré à Hitler l’idée de la solution finale.
 
Qu’ils vivent sous occupation israélienne ou dispersés dans la diaspora à cause des Israéliens, les Palestiniens s’imaginent parfois que si l’Holocauste n’avait pas eu lieu, Israël n’existerait pas non plus. Au lieu de réinventer le passé, nous devrions en tirer des leçons pour nous construire un avenir pacifique et humain. Premièrement, le secret de la construction d’un État palestinien (quelle que soit sa forme) est la solidité et la force de ses habitants, de ses institutions et sa société civile, ainsi que la détermination de ses dirigeants politiques et de sa société civile à lutter contre l’occupation israélienne et contre la violation des droits des Palestiniens. Deuxièmement, même si l’Holocauste n’a pas directement provoqué l’émergence de l’État d’Israël, nous devons souhaiter qu’il n’ait pas eu lieu pour la seule raison qui compte: la raison morale.
 

Mouin Rabbani: Les conséquences de la paix séparée de Sadate

Le peuple palestinien semble avoir une relation difficile avec les années qui se terminent par le chiffre sept. Le Premier congrès sioniste s’est tenu dans la ville suisse de Bâle en 1897; En 1917, Arthur Balfour publia sa déclaration ignominieuse par laquelle la Grande-Bretagne s’engageait à transformer la Palestine en foyer national juif; la Commission Peel, recommandant que Londres adopte la Partition en tant que politique officielle, a publié son rapport en 1937; La résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies recommandant la Partition de la Palestine a été adoptée le 29 novembre 1947; et le petit état d’Israël qui en résulta occupa le reste de la Palestine et d’autres territoires arabes en 1967. Un demi-siècle plus tard, en 2017, il semble s’y être installé de façon plus ou moins permanente. L’exception remarquable dans ce schéma de dépossession et de tragédie est l’année 1987, année où l’Intifada, le soulèvement populaire du territoire palestinien occupé, a éclaté pour donner une fois de plus aux Palestiniens l’espoir de la libération nationale.
 
L’année qui manque dans cette série de dates, est 1977, celle où le dirigeant égyptien Anouar Sadate a pris l’initiative de faire une paix séparée avec Israël. Le « pèlerinage » comme il l’a lui-même appelé, de Sadate pour aller embrasser Menahem Begin est systématiquement présenté comme le début prometteur d’un processus de paix arabo-israélien qui s’est ensuite détérioré. On n’a pas besoin du recul pour voir que ce n’était et n’aurait jamais pu être le cas. Sadate avait passé une grande partie des années 1970, et en particulier des années qui ont suivi la guerre d’octobre 1973, à reconfigurer l’Égypte. Alors qu’elle était auparavant le centre de gravité du monde arabe et avait une notoriété mondiale, sous la direction de Sadate, l’Égypte s’était graduellement réduite à un État client américano-saoudien. Les réformes socio-économiques qui ont accompagné ces développements – la politique d’infitah – ont ouvert les portes de l’Égypte à tous les capitalistes et réseaux véreux prêt à payer le prix d’entrée.

Tout cela a également provoqué, au début de 1977, une explosion populaire comme il n’y en avait pas eu depuis le coup d’État de 1952, qui a failli mettre fin à la domination de Sadate. Sa visite surprise à Tel Aviv plus tard dans l’année a été le résultat direct de ces développements. Mais présenter son initiative comme inévitable – comme la conséquence logique et nécessaire des accords de désengagement du Sinaï de 1974-1975 suite à la guerre israélo-arabe d’octobre 1973 – revient à lire l’histoire en commençant par la fin. Il avait une bonne raison de prendre ses amis et ses ennemis par surprise. D’un seul coup d’un seul, le leader égyptien, un homme à part et de plus en plus perdu, a renoncé à l’option militaire arabe contre Israël. Ce faisant, il a également privé l’OLP et les États arabes d’une option diplomatique crédible.
 
La conséquence immédiate  a été l’invasion dévastatrice du Liban en 1982 et l’expulsion du mouvement national palestinien du Liban. Une décennie plus tard, l’accord d’Oslo de 1993 n’a été rien d’autre que l’élaboration du plan d’autonomie incorporé dans le traité de paix israélo-égyptien de 1979. Qu’Israël n’ait pas encore baptisé une colonie du nom d’Anwar Sadat est un des grands mystères de la région. Si l’Égypte, comme elle a failli le faire, avait résisté à la tentation d’une paix séparée avec Israël à la fin des années 1970, le Moyen-Orient serait aujourd’hui très différent et presque certainement beaucoup plus agréable à vivre. Les Palestiniens et les États arabes auraient conservé une option diplomatique crédible et auraient été en mesure d’exercer une pression militaire significative si Israël avait refusé de faire des compromis.

Jaber Suleiman: Réapprendre les leçons de la première Intifada

La première Intifada de 1987 fut un brillant exemple de la lutte palestinienne contre l’occupation israélienne. Elle a mobilisé tous les segments du peuple palestinien et s’est distinguée par son unité, son organisation et sa créativité. Elle a également remis la cause palestinienne sur la scène internationale après que l’OLP a été chassée de Beyrouth en 1982, en perdant sa base.
 
Depuis lors, chaque fois que les Palestiniens se lèvent contre l’occupation israélienne, nous nous demandons s’il s’agit d’une nouvelle Intifada – une troisième Intifada, puisque l’Intifada de l’année 2000 a été la deuxième. Certains analystes n’hésitent pas à utiliser le terme « intifada » pour désigner toute action populaire prometteuse, comme le mouvement des jeunes de 2015 et, plus récemment, la « vague de colère » de Jérusalem, qui se poursuit par intermittence en cette année 2017. Cela souligne la position charnière de la première Intifada, qui a duré trois ans. En effet, on ne peut la comparer qu’à la grande révolte palestinienne de 1936-1939. L’Intifada et la révolte se sont toutes les deux soldées par un tragique échec, quoique dans des circonstances historiques différentes.
 
Les dirigeants palestiniens des années 1930 ont accepté d’arrêter la révolte, à l’appel des dirigeants arabes, et de faire confiance aux « bonnes intentions de notre allié britannique » qui s’était engagé à accéder aux demandes arabes. En 1988, l’OLP a décidé lors de la 19ème session du Conseil national d’utiliser le capital politique de la première Intifada pour obtenir la liberté et l’indépendance. Elle a cru que le message était passé et que la force de l’Intifada permettrait de mettre en application  le programme politique provisoire adopté en 1974, qui comprenait la création d’une entité palestinienne sur n’importe quelle partie de la Palestine libérée. Elle n’a obtenu qu’une caricature d’état à la suite des Accords d’Oslo.
 
Étant donné que la révolte de 1936 n’avait pas permis aux Palestiniens d’obtenir le respect de leur droit à l’autodétermination, pourquoi la première Intifada n’a-t-elle pas tenu compte de cette première expérience riche d’enseignements pour éviter la même fin tragique? La première Intifada a subi le même sort que la révolte de 1936 parce qu’elle s’est investie trop rapidement dans le processus d’Oslo dont le peuple palestinien continue de payer les conséquences, notamment en termes de division, de fragmentation et d’affaiblissement de son mouvement national qui avait pourtant occupé une place de premier plan dans les mouvements de libération nationale du monde entier dans les années 1970.
 
C’est une question cruciale maintenant que cent ans ont passé depuis la Déclaration Balfour et que le calamiteux processus d’Oslo est mort après plus de deux décennies de négociations futiles. La nouvelle réalité créée sur le terrain par la présence des colonies israéliennes – et le refus d’Israël de se retirer des terres occupées en 1967 – ont rendu impossible la solution à deux États. Aujourd’hui, il est urgent de se demander comment les leçons de la première Intifada et de ses conséquences peuvent servir à une juste résolution du conflit arabo-israélien.
 
• L’histoire montre l’importance d’avoir une vision stratégique claire pour la lutte nationale palestinienne et de s’assurer que les mouvements tactiques nourrissent les mouvements stratégiques, et vice versa, à tous les stades de la lutte et en tenant compte des changements sur le terrain et dans les rapports internationaux. Cela garantit qu’à tous les stades de la lutte l’opportunisme politique ne prenne pas le pas sur les objectifs finaux.
 
• Il est essentiel de s’appuyer sur les fondements juridiques du conflit basés sur les principes de justice consacrés dans la Charte des Nations Unies qui supplantent le droit international en vertu de l’Article I de la Charte. Cela garantit que le fondement juridique des droits des Palestiniens n’est pas manipulé et que ces droits restent la référence dans toutes les négociations. Ce ne fut pas le cas à Oslo.
 
• La direction palestinienne – actuelle ou future – devrait s’inspirer de l’esprit combatif dont le peuple fait preuve depuis plus d’un siècle en résistant au projet sioniste. Les dirigeants devraient tirer des enseignements de ces expériences historiques pour renforcer leur foi dans le potentiel révolutionnaire du peuple palestinien et s’interdire une exploitation politique mesquine et étroite des solides réalisations de la lutte qui porte atteinte aux droits nationaux palestiniens.
 
Note:
 
1. Le gouvernement britannique a adopté le Livre blanc en 1939, et ce fut sa politique jusqu’à la fin du mandat britannique en 1948. Le Livre blanc rejetait la partition et stipulait que le foyer national juif devrait être intégré à une Palestine indépendante avec des limites à l’immigration.
 
31 octobre 2017 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

Crimes israéliens : la France lave plus blanc !

Gaza - Juillet/Août 2014
Ali AbunimahLa France s’active à aider Israël à blanchir ses crimes.

Plus tôt ce mois-ci, le gouvernement français a condamné l’expansion rapide des colonies dans le territoire palestinien occupé par Israël, qualifiant ses actions « d’illégales en vertu du droit international ».

Mais comme des déclarations similaires d’autres gouvernements européens, ce n’était que des mots.

La vraie politique de la France est d’offrir à Israël son soutien et des récompenses sans aucune condition, quels que soient les crimes qu’il commet.

Un bon exemple en est le festival de propagande de la Saison France-Israël 2018 organisé par l’Institut Français, la branche culturelle internationale du gouvernement français, en collaboration avec Israël.

Accuser les Palestiniens

Selon l’Institut français : « La Saison France-Israël 2018 marquera une nouvelle et importante étape dans les relations entre les deux pays. Elle mettra à l’honneur, dans tous les domaines de la création, les liens étroits et de haut niveau qui existent déjà, tout en traçant des lignes d’horizon pour l’avenir.  »

Avec des événements de grande ampleur en France et en Israël, l’initiative vise à présenter « l’image des deux pays […] à travers des formes et des expressions des plus contemporaines ».

LIRE EGALEMENT : Une interview de José-Luis Moraguès : « Le BDS s’oppose radicalement au sionisme et à sa vision raciste du monde »

Le principal co-organisateur israélien du festival est Emmanuel Halperin, un présentateur de télévision et ancien diplomate qui a fait la promotion de la propagande anti-palestinienne.

Halperin a déclaré l’année dernière que les Palestiniens cherchent la « destruction d’Israël » grâce à une « stratégie très perverse ». Selon Halperin, les Palestiniens veulent « laisser la situation pourrir » afin de soumettre Israël à la pression internationale.

Il a également affirmé que les Palestiniens voulaient qu’Israël maintienne son siège brutal de Gaza imposé depuis dix ans afin de « ternir l’image d’Israël dans la communauté internationale ».

Effacer la Nakba

Le choix de 2018 pour ce festival de propagande ne peut être une coïncidence. L’année prochaine marque le 70e anniversaire de la Nakba, le nettoyage ethnique des Palestiniens par les milices sionistes afin d’établir l’État israélien sur les ruines de la société palestinienne.

La semaine dernière, des militants de BDS France, un groupe soutenant la campagne de Boycott, Désinvestissement et Sanctions, se sont rassemblés devant le siège de l’Institut français à Paris pour « dénoncer la scandaleuse opération de propagande France-Israël 2018 visant à renforcer les relations entre la France et l’apartheid régime. »

« Nous ne nous laissons pas berner par des appels au dialogue quand ils concernent un État qui utilise la culture dans le but politique de restaurer son image internationale », a déclaré BDS France. « La culture ne peut jamais blanchir Israël de ses crimes, persécutions et discriminations, que ce soit contre les populations de Gaza et de Cisjordanie, les Palestiniens vivant en Israël ou les réfugiés ».

Des élus menacés

Pendant ce temps, la campagne de répression menée par les autorités françaises contre les citoyens qui militent pour demander des comptes à Israël se poursuit.

Plus tôt ce mois-ci, la police a convoqué quatre élus municipaux de la ville d’Ivry, dont le maire, pour enquêter sur les déclarations qu’ils ont faites en faveur du boycott des biens issus des colonies israéliennes.

LIRE EGALEMENT : Le combat à venir : 13 questions sur les origines et les objectifs du BDS et sur la guerre menée contre lui

Les déclarations ont été faites lors d’un débat l’an dernier, lorsque le conseil de cette municipalité de la banlieue parisienne a voté à une large majorité pour demander au gouvernement français de mettre fin à la répression à l’encontre du mouvement BDS, et qu’il interdise l’importation des biens produits dans les colonies.

La plainte de la police a été déposée par le BNVCA, un groupe de pression israélien qui se fait passer pour une organisation antiraciste.

La résolution de la ville est conforme à un consensus international croissant sur le fait que le commerce des biens issus de la colonisation devrait être interdit.

Mais maintenant, les responsables d’Ivry pourraient être accusés de « provocation publique à la discrimination » simplement pour avoir été dans le sens de ce consensus selon lequel Israël devrait être obligé de respecter le droit international.

Philippe Bouyssou, un des responsables visés par la plainte, a qualifié l’intervention policière « d’attaque intolérable à la liberté d’expression ».

Au cours de sa campagne électorale au début de cette année, le président Macron a promis que, s’il était élu, il poursuivrait la campagne de répression de son prédécesseur contre le mouvement BDS.

Contrairement à l’enthousiasme manifesté par la France pour la promotion des intérêts d’Israël, elle est restée silencieuse pendant deux mois entiers au sujet de la détention par Israël, sans inculpation ni jugement, de Salah Hamouri, un défenseur des droits humains de nationalité palestino-française.

A4 * Ali Abunimah est un journaliste palestino-américain, auteur de The Battle for Justice in Palestine. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict. Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka.

Articles du même auteur.

31 octobre 2017 – The Electronic Intifada – Traduction: Chronique de Palestine

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