L’installation « 17 écrans », des frères Ronan et Erwan Bouroullec, nous invite à une déambulation entre des panneaux en 3D suspendus au Musée de Tel Aviv, comme autant de rêveries possibles. Kathie Kriegel, pour LeMag’, a rencontré les deux artistes, internationalement reconnus, et la commissaire de l’exposition Meira Yagid.

 

BOUROULEC2BIO EXPRESS : Ronan & Erwan Bouroullec

Erwan et Ronan Bouroullec sont deux frères bretons qui se sont associés très rapidement après la fin de leurs études.Erwan, l’aîné, a suivi une formation à l’École nationale des arts appliqués, et Ronan, le cadet, à l’École nationale d’art de Cergy-Pontoise. Ils se sont associés en 1999, et ont travaillé pour les plus grands éditeurs de design. Très inspirés par le savoir-faire traditionnel, les deux frères travaillent essentiellement sur la définition de l’espace.

 

Maira  Yagid a dû batailler fort pour obtenir des deux artistes que tout le monde s’arrache, qu’ils travaillent à une exposition spécialement conçue pour le Musée de Tel Aviv. Mais à une Israélienne de souche, rien d’impossible. Et c’est le fruit d’un an de travail, dans leur Bretagne natale, qui se donne à voir.

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Cela a l’air rigide, mais c’est souple. Cela a l’air urbain, mais c’est truffé de références à la nature. Cela à l’air industriel, mais c’est rustique. Cela à l’air immobile, mais c’est imperceptiblement en mouvement. Toutes ces contradictions sont présentes et s’incarnent dans leur travail. Avec le langage des Bouroullec, qui ont l’art de lier les éléments de façon inattendue, s’articulent des matériaux simples dont ils subliment la banalité. L’originalité de ces combinaisons savantes, empruntées à différentes disciplines, suggère des images dont se dégage une sensualité singulière. Découverte d’une œuvre interactive, tout en délicatesse …

Carte blanche au talent

« Il y a toujours un moment où les artistes ressentent le besoin de montrer leur œuvre. Et pour un conservateur de musée, il y a plusieurs façons de procéder ; soit en faisant une exposition d’œuvres existantes ou avec une rétrospective par exemple », explique Meira Yagid pour LeMag’. « Moi je leur ai dit : voici l’espace que je vous propose au Musée de Tel Aviv, vous avez carte blanche », se félicite-t-elle.Il lui aura fallu s’armer de patience pour convaincre ces artistes de dimension internationale, qui ont toujours une bonne vingtaine de projets sur la planche. « Nous pensions que travailler avec une femme comme cela, ce serait très compliqué jusqu’à la fin », nous confient les deux artistes en riant, avec un humour non dépourvu de tendresse pour ce tempérament bien trempé. Mais un jour, le coup de fil de la conservatrice du Musée tombe à point nommé. « Elle nous a téléphoné à un moment où il y avait beaucoup de rétrospectives de nos travaux et nous en étions un peu las », nous expliquent ces génies artistiques. « Nous avions justement besoin de nouveauté, nous avons donc dit à Meira ‘ok’, on fait quelque chose avec vous, mais ce sera complètement nouveau ». Et c’est ainsi que le ‘Tel Aviv Project’ s’est imposé aux deux artistes. « Avec elle, on était de nouveau comme des adolescents, il y a eu beaucoup de passion autour de ce projet et nous avons décidé de prendre des risques ». 

Ce type d’aventure nécessite bien sûr, une confiance totale dans le talent des artistes, que Meira a toujours eue. « Je les connais depuis 25 ans, je les ai rencontrés en France, tout jeunes, j’ai tout de suite su qu’ils allaient devenir des designers de tout premier plan et ce qui est plus rare, c’est que 25 ans plus tard, je leur fais toujours autant confiance, car ce qu’ils font est toujours frais et neuf. Fondamentalement neuf », avoue-t-elle. Avec cette façon de travailler, le Musée joue les mécènes, puisqu’hormis les dimensions du lieu proposé, les deux artistes n’ont eu aucune contrainte, et c’est bien ainsi que la commissaire de l’exposition conçoit son rôle. « Il faut pousser les artistes à explorer toutes les facettes de leur art, à épanouir leur créativité, afin de contribuer ainsi à leur essor. Et justement, leur donner carte blanche, c’est le meilleur moyen de leur donner entière liberté, pour explorer de nouvelles facettes de leur talent. Ils se sont dit ‘d’accord, je prends un an de ma vie, pour me consacrer à mon art sans contraintes, sans me limiter à des considérations externes’ et voilà ce qui en est sorti », lance-t-elle tout sourire, fière du résultat.

Peindre en 3D et repousser les limites du Design

Les deux designers dessinent aujourd’hui pour de nombreux industriels comme Vitra,
Artek, Kvadrat, Magis, Kartell, Established and Sons, Ligne Roset, Axor Kettal, Habitat, Alessi, Issey Miyake, Cappelleni et d’autres. A citer aussi, leurs travaux d’architecture, comme entre autres, celui très original de l’hôtel Casa Camper à Berlin.

Leurs créations se trouvent aujourd’hui dans les collections des plus grands musées du monde, au Centre Pompidou à Paris, au Moma à New-York, ou encore l’Art Institute de Chicago ou le Design Muséum de Londres, pour n’en citer que quelques-uns. Et leur travail a été couronné par de nombreux prix dont le Grand prix du Design de la Ville de Paris ou plus récemment le London Design Medal.

« La proposition du Musée est arrivée à un moment clé de leur créativité, alors qu’ils avaient besoin de changement, c’est une période très intéressante chez ces deux artistes » précise Meira Yagid.

Avec cette exposition, les deux artistes ont repoussé et approfondi les limites de leur discipline en ouvrant le spectre de leurs recherches, pour s’imposer comme des peintres en trois dimensions d’un genre nouveau.

L’installation « 17 écrans » des frères Ronan et Erwan Bouroullec est suspendue dans la galerie 3 du Herta and Paul Amir Building du Musée de Tel Aviv, 27 Bld Shaul Hamelekh jusqu’au au 26 mars 2016. L’Institut français est partenaire de l’exposition.

 

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