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Le traitement médiatique des violences faites aux femmes OUTILS À L’USAGE DES JOURNALISTES

Chaque année, plus de 216.000 femmes sont victimes de violences de la part de leur ancien ou actuel conjoint, et 84.000 femmes sont victimes de viols ou de tentatives de viols. Les violences faites aux femmes sont un fait de société. Le collectif Prenons la une a établi quelques recommandations pour permettre un traitement journalistique le plus juste possible.

Une dizaine de médias ont déjà signé. Les signataires : France Télévisions et France Medias Monde, France info, France inter, Mediapart, L'Humanité, Elle, Causette, Libération, Les Nouvelles News, Alternatives économiques, Pleine de vie, Magazine 50-50.

1 - Bannir les termes «crime passionnel» ou «drame familial». Ils minimisent l’acte de l’agres- seur en le considérant comme emporté par l’amour et la passion. Si ces termes sont employés par les avocats de la défense ou la police, le journaliste doit les employer entre guillemets et les présenter comme un argument d’une des deux parties. En tant que journaliste, nous privilégions les termes de «meurtre conjugal», ou «meurtre par le parte- naire intime».

2 - Préférer les termes juridiques consacrés quand un procès est en cours («plaignante», «partie civile»). En l’absence de plainte (et donc de terme juridique consacré), il est préférable d’utiliser les termes de «victime déclarée» ou «d’accusatrice» plutôt que «victime présu- mée», qui met en doute la parole de la victime.

3 - Écarter les verbes «avouer» et «reconnaître» lorsque l’on rapporte les déclarations d’une victime. Ecrire ou dire «elle avoue avoir été violée» laisse croire à un rôle joué par la victime dans son agression, et une forme de culpabilité. Préférer l’expression «a été violée» ou «a subi un viol».

4 - Ne pas confondre «harcèlement sexuel», «agression sexuelle» et «viol». Les deux pre- miers sont des délits. Un viol est un crime défini par le code pénal comme «tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’il soit, commis sur la personne d’autrui par violence, contrainte, menace ou surprise». Les peines encourues ne sont pas les mêmes, et employer le terme «agression sexuelle» pour décrire un viol le minimise.

5 - Eviter les précisions sur les vêtements, le physique ou les habitudes de vie de la victime, qui induisent qu’elle peut être responsable de son agres- sion. Si ce sont des informations qui sont délivrées dans le dossier d’instruction ou par le procureur, elles n’ont pas la même signification sous la plume d’un journaliste. Il convient d’y être attentif, d’utiliser des guillemets. Rappelons que le fait que la victime soit en état d’alcoolémie au moment des faits est une circonstance aggravante pour l’agresseur au regard du droit.

6 - Ne pas donner des conseils ou des leçons tels que «ne pas sortir le soir» ou «faire preuve de discrétion». Les femmes ne sont pas responsables des violences qu’elles subissent.

7 - Protéger l’identité et la dignité de la victime. Révéler son identité peut la mettre gravement en danger. Les journalistes peuvent intégrer les témoignages de victimes de violences uniquement quand celles-ci ne se trouvent pas dans une situation d’urgence ou sous l’influence de tout type de pressions extérieures.

8 - Mettre en avant le contexte ayant précédé un meurtre conjugal ou une tentative de meurtre, dès que possible. Ces homicides s’inscrivent souvent dans une longue série de violences subies par la victime.

9 - Traiter le meurtre conjugal et les violences sexuelles comme un problème de société et non seulement comme des faits divers. Il est pertinent de recontextualiser, en rappelant le nombre de meurtres conjugaux et/ou des violences conjugales ou sexuelles comptabilisés chaque année. 216.000 femmes par an sont victimes de violences de la part de leur ancien ou actuel conjoint.

10 - Ne pas oublier que les mutilations, dont l’excision, sont considérées par les Nations unies comme une violation des droits des filles et des femmes. Il est recommandé de le rappeler.

11 - Intégrer le numéro de téléphone national de référence pour l’écoute et l’orientation des femmes victimes de toutes violences [3919] dans la mesure du possible. 

prenonslaune violences genre femmes presse

Conf Prenons la Une : QUEL TRAITEMENT MÉDIATIQUE DES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES ?

Chaque année, en France, on estime qu'au minimum 216 000 femmes* sont victimes de violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur ancien ou actuel partenaire intime. Il ne s'agit que d'une partie des violences subies par les femmes, puisque le harcèlement, les violences verbales, psychologiques, les mutilations sexuelles s’y ajoutent.

Comment nous, journalistes, traitons ce problème de société, les violences faites aux femmes ? Derrière ces centaines d'histoires, de “faits-divers” dans nos journaux, nos émissions de télévision, comment raconter les événements de la manière la plus juste ? La profession y est-elle bien formée ? Quelle est notre responsabilité vis-à-vis des victimes ?

En prévision de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes Prenons la Une, collectif de journalistes, vous invite le 17 novembre prochain à un colloque sur le traitement médiatique des violences faites aux femmes. Magistrat, avocat, psychiatre, universitaires et journalistes débattront de la question. Un guide regroupant différentes recommandations sera proposé aux rédactions.
En attendant de vous y retrouver pour avancer ensemble, vous pouvez lire notre tribune “Le crime passionnel n'existe pas”, parue il y a déjà deux ans dans Libération : http://www.liberation.fr/societe/2014/11/24/le-crime-passionnel-n-existe-pas_1149842

Date et lieu : le 17 novembre 2016, de 18h30 à 20h30, à l’Ecole W, 210 Rue du Faubourg
Saint-Antoine, 75012 Paris.

La table-ronde sera introduite par la ministre des Droits des femmes, Laurence Rossignol.

Veuillez vous inscrire ici : https://www.weezevent.com/quel-traitement-mediatique-des-violences-faites-aux-femmes

violences conjugales

Libération est-il un allié contre le sexisme?

Ceci est un billet de blog publié par la journaliste Alice Coffin, spécialiste médias et membre de Prenons la Une depuis le lancement. Il a été reproduit intégralement.

Alice Coffin : A la parution de «La complainte du mâle aimé» signée Luc Le Vaillant, dans Libération, j’ai souhaité interroger Johan Hufnagel, le directeur de la rédaction.

Ce ne sont pas les portraits,  les chroniques de Le Vaillant qui m’intéressent. C’est le fait que Libération les publie tout en dénonçant régulièrement en une les comportements et structures sexistes de tous ordres. Ces articles signés Luc Le Vaillant, chef du service Portraits,  ou certaines prises de position de Laurent Joffrin, directeur du journal,  aux points de vue surplombants sur tout ce qui n’est pas homme ou blanc, ne font pas oublier les autres engagements du journal. C’est pire,  ils les invalident. Comment afficher que le sexisme tue, pourrit tous les rapports humains, et publier des textes qui, par ce qu’ils drainent d’imaginaire collectif sur ce système de domination, contribuent à le propager?

Les réponses de Johan Hufnagel sont issues d’un entretien dont le cadre et les modalités figurent en fin d’article.

Alice Coffin : Pour commencer, un point de précision. Quels sont les statuts des chroniques de Luc Le Vaillant. Vous ne les découvrez pas après publication ?

Johan Hufnagel : Non. Elles sont volontairement placées dans la rubrique Idées, relues par la cheffe de ce service, Cécile Daumas, puis par la direction de la rédaction. Il y a des journalistes de la rédaction qui ont une chronique hebdomadaire : Luc Le Vaillant, Laurent Joffrin, Mathieu Lindon.

Trois hommes…

Effectivement. Ce qui est écrit dans les pages Idées ne reflète pas la position du journal. Position par ailleurs compliquée à définir. Deux exemples historiques montrent que la question de la ligne n’est pas simple à Libération. Lors de la première guerre du Golfe, il y a deux lignes qui s’opposent en interne sur l’entrée de la France dans la coalition internationale contre Saddam Hussein. Il y a même eu un vote. Il y a, à nouveau, eu une très grosse division, et un affichage public des désaccords au moment du référendum sur le traitement constitutionnel européen en 2005.

Il me semble que le sexisme et le racisme ne sont pas des sujets sur lesquels il est besoin de voter. Libération publie d’ailleurs régulièrement des enquêtes, des reportages, des témoignages qui attestent que le viol, le harcèlement sexiste, la domination masculine en général, est un système aux conséquences gravissimes. Quelle cohérence y-a-t-il à héberger dans le même temps des textes qui tendent à moquer ces conséquences, quand ils ne font pas directement preuve de sexisme. Comment à la fois dénoncer et contribuer à la perpétuation de systèmes de domination?

Parce que, de façon générale, il est important que les pages Idées reflètent des opinions extrêmement diverses. On peut y croiser Alain Duhamel, Laurent Joffrin et pourquoi pas Alain Finkielkraut. Nous devons rester un espace de dialogue. Libération est un journal d’opinion, pas un journal militant. En ce qui concerne la rédaction, il y a deux endroits où elle peut s’exprimer de façon polémique. La page éditos et les chroniques. Si on transformait les journaux en espaces complètement militants, alors dans un journal, toutes les sensibilités ne pourraient pas être représentées. Cela me semble très important que Libération reste un endroit d’échanges, et représente l’ensemble des sensibilités du journal.

Je ne comprends pas les délimitations entre journalisme et militantisme, surtout sur des sujets comme le sexisme ou le racisme. D’autres journaux assument très bien d’avoir un engagement anti-féministe total. Ils ne vont pas tout à coup publier une chronique girl power. Invoquer pour justifier la publication des articles de Luc Le Vaillant, le souci de ne pas étouffer certaines sensibilités, me semble grotesque. Le positionnement de Luc Le Vaillant n’est pas très original. C’est la voix dominante qu’on entend partout en France. Cette représentation très binaire et figée des hommes et des femmes a tout loisir de s’exprimer dans d’innombrables espaces médiatiques et de pouvoir. Est-ce vraiment utile que Libération consacre une partie de ses pages et de sa masse salariale à reproduire ce discours qu’on entend déjà partout ?

Mais c’est la position dominante ailleurs. Ce n’est pas en revanche, la position dominante au sein du journal et il faut que les gens qui la représentent à Libé puissent s’exprimer. Pour moi la diversité d’opinions dans un journal fait autant partie de Libération que la volonté de se battre sur les sujets liés au genre, au féminisme. Mais, oui, je vois bien ce qui gêne les militants.

Cela gêne aussi parce que vous semblez sous-estimer l’importance des médias dans les processus visant à invisibiliser la parole de celles et ceux qui ne sont pas des hommes blancs hétéros de soixante ans. Le sexisme, le racisme, l’homophobie, ne sont pas des opinions et les médias ont un rôle primordial sur ces sujets. Encore une fois, si Libération pointe dans des dossiers la nécessité absolue de faire changer certaines donnes dans la société, pourquoi en même temps publier des articles qui renforcent ces processus de domination ?

Je n’ai pas la réponse à cela. Je pense que c’est le seul quotidien qui traite ces questions-là de manière extrêmement engagées. Je comprends que cela puisse apparaître comme un coup de canif dans le contrat. Mais on ne change pas la ligne d’un journal du jour au lendemain.

Dans ce cas, c’est autre chose. Soit ces textes sont publiés car il est important que toutes les opinions s’expriment au sein du journal, soit, en fait, c’est sous la contrainte, parce que c’est compliqué de faire fi des écrits de journalistes présents à Libération depuis longtemps ?

C’est un vrai mélange des deux. Si on pouvait éviter ce genre de bad buzz, on s’en porterait pas plus mal. Mais je refuse d’être un censeur d’opinion. La chronique de Luc sur la femme voilée du métro a suscité une très grande violence en interne. Il y avait une vraie rupture. J’ai dit mon mécontentement aussi. Mais on est une équipe, un journal. Donc on ne peut pas se désolidariser. Ni prendre le lecteur à témoin de nos divisions. Même si c’est important de le mettre au courant des désaccords. Ce que j’ai fait également au sujet d’un article sur l’homophobie dans le foot. Il fallait une mise au point pour dire que la ligne du journal était plus ouverte que cela.

Sur la dernière chronique, il n’y a pas eu de réactions publiques des journalistes. Il a été demandé de ne rien dire à ce sujet ?

Non, pas du tout. Par ailleurs, je crois que ce que voulait dire Luc dans sa chronique, c’est que comme il y a eu l’affaire Cantat en 2003, l’affaire DSK en 2011, il y a l’affaire Beaupin. Ce sont trois moments symboliques dans la société française qui vont faire que les hommes prennent conscience que les choses changent, que les accusations extrêmement graves contre Denis Baupin vont amener une remise en cause de la domination. Pour moi, cela n’a pas été compris. Ensuite, il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord. Notamment ce qui tourne autour de la question de la vengeance. En plus, et c’est le problème des éditorialistes, quand on ne maîtrise pas assez un sujet, on se laisse déborder non par l’émotion mais par un sentiment personnel, qui va être soit mal perçu, soit mal compris, soit mal interprété. Mais il ne faut pas voir Luc comme quelqu’un de raciste ou sexiste. Il a un côté très provocateur.

Je crois, moi, que ces chroniques ont été très bien comprises car, encore une fois, elles reproduisent un discours très courant, et aisément identifiable par celles et ceux qui le subissent. Parler de provocation sur ces sujets est compliqué. Je me pose plutôt la question du profit que Libération tire des nombreuses réactions provoqués par ces textes-là. Faire du buzz, du marketing sur le dos du féminisme, est devenu très prisé par les médias, les publicitaires, les politiques.

Ce n’est absolument pas du positionnement marketing. Encore une fois, je préfèrerais vraiment qu’on puisse s’en passer. Quand un sujet de ce type monte en France, je me dis, qu’il va encore y avoir des gens pour attendre sur Twitter l’article de Luc, qu’il va y avoir un bad buzz et je souhaiterais l’éviter. A l’avenir, ce serait peut-être bien qu’il travaille sur d’autres sujets.

Sauf que Luc Le Vaillant n’est pas un cas isolé. Tu as évoqué l’article sur l’homophobie dans le football. Et puis, surtout, il y a Laurent Joffrin, qui incarne comme beaucoup d’autres patrons de médias, et je le dis pour avoir régulièrement eu affaire à ses réactions, notamment dans le cadre d’actions de La Barbe, le paternalisme et la condescendance envers les femmes et les féministes, et charrie dans certains textes tout un impensé colonial. Je me doute que tu ne peux pas agréer à ce que je dis sur Laurent Joffrin.

Non, mais tu es en droit de penser et écrire ce que tu veux. Oui, en revanche, l’édito de Laurent Joffrin au moment de la publication du dossier sur les nouveaux anti racistes a soulevé les mêmes enjeux. Cela allait à l’encontre d’une sensibilité de la rédaction. Mais encore une fois, Libération est un journal qui a toujours représenté ces différentes sensibilités de gauche. C’est un journal générationnellement très ancré dans un moment de l’histoire. La question est : Libération doit-t-il rester un journal générationnel ou dépasser la génération 68arde ? Moi je suis modestement comme beaucoup de gens un peu entre les deux. On se prend dans la gueule aujourd’hui un certain nombre de questions non résolues par la gauche française de cette génération sur le genre, le racisme. Et oui, Laurent est de cette génération-là. Libération devient aussi le laboratoire de cette gauche-là, dans lequel il y a encore des gens comme Luc Le Vaillant et Laurent Joffrin. C’est important que ce laboratoire existe et que toutes les sensibilités y soient représentées.

Autre comparaison entre Libération et la gauche : certaines électrices et électeurs, lectrices et lecteurs se sentent dupé.e.s. Comment les socialistes ou Libération peuvent-ils prétendre jouer la carte du féminisme, de l’anti racisme, ou de la lutte contre l’homophobie, s’ils n’envoient pas des vrais coups de massue contre ces mécanismes.

Les choses bougent. Par rapport à mon arrivée, la rédaction a rajeuni de dix ans. Cela veut dire que des combats, des réflexions, des acquis sont entrés au journal. Mais il y a encore beaucoup de boulot. La question de la diversité ethnique une question que Libération n’a jamais réussi à régler et qui va être une urgence de demain. La question de la diversité des parcours aussi. Et, oui, ce serait plus simple si on avait une ligne.

Cet entretien s’est déroulé jeudi 26 mai 2016 et a duré une heure. J’avais prévenu qu’il ne serait pas publié dans un autre média, mais sur un blog personnel, ou si Prenons la Une le souhaitait sur le tumblr de ce collectif de femmes journalistes dont je suis membre. Johan Hufnagel connaissait aussi mon appartenance au groupe d’action féministe La Barbe, à l’AJL (Association des journalistes LGBT), ou aux Dégommeuses qui se sont déjà, sur ce sujet ou d’autres, opposées à Libération. La retranscription de cette interview n’en est pas une. L’ordre de certaines questions a été déplacé afin de garantir la meilleure lecture possible. J’ai conservé le tutoiement, puisque sans du tout nous côtoyer avec Johan Hufnagel, c’est la forme de conjugaison que nous utilisons dans nos contacts professionnels. J’ai ajouté des noms de famille aux seuls prénoms parfois utilisés par Johan Hufnaguel. Il est, comme je le lui ai précisé, tout à fait libre de préciser certains de ses propos, si je les avais mal retranscrits, ou si il estime nécessaire de les expliciter.

Passer au-dessus d’un salarié pour s’adresser à sa hiérarchie me posait problème. J’ai demandé à Johan Hufnagel si Luc Le Vaillant était au courant de cette interview, il m’a dit qu’il le serait. L’objectif n’est pas ici de publier un article en rubrique médias sur le fonctionnement de la rédaction de Libération, au regard de la chronique « La complainte du mâle aimé » et de quelques autres. Il aurait fallu sinon interroger les principaux intéressés. J’ai, moi, choisi de donner la parole à une personne, le directeur de la rédaction, pour répondre aux colères et interrogations suscitées par cette chronique et d’autres. Le fond de mon questionnement porte sur la responsabilité de la presse, la conscience que devraient avoir les médias de leur capacité à consolider les systèmes de domination, en particulier les médias qui prétendent vouloir les mettre à bas.

Cette responsabilité de la presse, cette conscience de ses pouvoirs, passent par une écoute de celles et ceux que nos écrits blessent. Si une personne, un groupe de personnes, dit avoir été meurtrie par une publication, cela appelle une réponse. C’est d’ailleurs après avoir vu sur Twitter une responsable d’EELV écrire au sujet de la chronique de Luc Le Vaillant « Dur de lire cela après avoir témoigné » que j’ai souhaité questionner la direction de Libération. La volonté affichée par Johan Hufnagel de répondre aux heurts et colères suscitées par des écrits de Libération est, que l’on soit ou pas convaincu par ses réponses, un gage de conscience de ces enjeux.

Source: alicecoffin.wordpress.com luclevaillant Baupin
Y a peut-être mieux à faire que de fouiller dans la vie privée des gens quand on est journaliste d’enquête
Entendu par une journaliste aujourd’hui, suite à la publication d’une tribune de Prenons la Une dans Le Monde “Le Baupin-gate n’est pas une affaire de bonnes femmes” http://abonnes.lemonde.fr/idees/article/2016/05/19/le-baupingate-n-est-pas-une-affaire-de-bonnes-femmes_4921870_3232.html
anecdotederedaction Baupin

Le « Baupingate » n’est pas « une affaire de bonnes femmes »

L’évasion fiscale a eu son « LuxLeaks ». La pédophilie dans l’Eglise a eu son film, Spotlight. En France, le harcèlement et l’agression sexuels dans le milieu politique ont désormais leur « Baupin-gate ». Le collectif de femmes journalistes Prenons la une appelle à poursuivre au développement de ce genre d’enquête solide et utile aux droits des femmes.

Ces affaires ont été révélées grâce à des lanceurs et lanceuses d’alerte, que des journalistes ont jugés dignes d’écoute. Dignes d’être entendus par le grand public. Et pourtant, il n’y avait pas eu de plaintes. Si nous attendons la présence de dépôts de plainte, si nous attendons l’intervention de la justice, alors la majorité des affaires ne seront pas révélées au public.

Jusqu’à présent, tant qu’une plainte n’était pas déposée ou s’il y avait prescription, les violences faites aux femmes ne faisaient pas l’objet d’une enquête journalistique. Les révélations récentes de Mediapart et France Inter, et l’onde de choc qu’elles ont provoquée, montrent bien qu’il s’agit d’une question d’intérêt général.

Une femme sur cinq est confrontée à une situation de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle, d’après une étude publiée par le Défenseur des droits. 41 % d’entre elles sont victimes d’un de leurs collègues sans relation hiérarchique. Nous, journalistes, ne pouvons plus faire comme si le sujet n’était pas suffisamment concernant pour enquêter.

Malgré une prise de conscience depuis l’affaire DSK, beaucoup de journalistes et de rédactions confondent encore violences et harcèlements sexuels avec libertinage et adultère. L’affaire Baupin ne relève pas de « frasques sexuelles » amusantes ni d’une « affaire privée ». Les faits dénoncés relèvent du délit.

Une nouvelle ère

Le harcèlement est le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle. Ou même de façon non répétée, d’user de pressions graves dans le but d’obtenir un acte de nature sexuelle. L’auteur risque jusqu’à trois de prison. L’agression sexuelle, elle, implique un geste, tels que des attouchements de nature sexuelle imposés avec violence, contrainte, menace ou surprise. La peine peut aller jusqu’à cinq années d’emprisonnement.

En mai 2015, dans Libération, la tribune de femmes journalistes politique intitulée « Bas les pattes » racontait déjà les réflexions, les textos sans ambiguïté, les pressions, qu’elles subissent quotidiennement dans ce monde d’hommes et de pouvoir. Cette dénonciation du sexisme en politique a permis de mettre au jour ce qui fait le terreau des faits dénoncés aujourd’hui et a favorisé la libération de la parole.

Depuis les récentes révélations, des témoignages de harcèlements et d’agressions sexuelles dans le milieu politique affluent vers les rédactions. Ne les négligeons plus. Ouvrons une nouvelle ère du journalisme, où les « affaires de bonnes femmes » n’alimentent plus les discussions à la machine à café, mais débouchent sur de véritables enquêtes, comme celle qu’ont menée Mediapart et France Inter.

En savoir plus sur notre tribune publiée ce matin dans Le Monde : http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/05/19/le-baupingate-n-est-pas-une-affaire-de-bonnes-femmes_4921870_3232.html#dJKb7YbVWCm8HglR.99

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« Aujourd’hui sur les photos de Une et les pages Débats on tend vers une forme de parité » Luc Bronner, directeur de la rédaction du Monde ne se contente pas de constater que les femmes sont mal et sous représentées dans les médias. Les Décodeurs ont montré qu’en 2015 les 5 quotidiens français mettaient des femmes en Une moins d’1 fois sur 4 !  Au Monde, c'est en train de changer.. Un exemple à suivre ?

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Marie-Christine Saragosse, PDG de France Médias Monde ( FRANCE 24 & RFI) a fixé des objectifs chiffrés pour améliorer la représentation des femmes dans les médias (expertes, invitées) car “Il n'y a qu'une seule solution : compter. Beaucoup de journalistes ne se rendaient pas compte qu'on avait que 20% d'expertes invitées. On s'est fixé 26% pour 2016” C'est un début… mais encore en dessous de celui fixé par le CSA : 30% d'expertes.

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Rapport du CSA: 20% d'expertes sur les plateaux. Oui, on peut mieux faire ! Pour Prenons la Une

Pour la première fois, les médias audiovisuels ont été obligés de rendre compte au Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de la représentation des femmes pour l’année 2015. Les médias devaient préciser notamment le nombre d’expertes et d’experts invité-e-s, la part des animateurs/animatrices et celle des journalistes femmes et hommes.

Si les actrices et acteurs des médias semblent de plus en plus sensibilisées au sujet, comme le montre notre série de vidéos exclusives publiées sur notre compte Youtube, force est de constater que dans la réalité, la disproportion entre femmes et hommes invitées sur les plateaux en tant qu’expert-e-s est encore considérable.

Ainsi, d’après le décompte du CSA, en 2015, sur les chaines d’info continue BFM et ITélé, la proportion des femmes expertes se situe entre 18% et 22%. Sur France 24, malgré le volontarisme de Marie-Christine Saragosse, pas plus de 20% d’expertes, et sur Canal+, seulement 18% d’expertes. L’émission C dans l’Air, malgré son engagement auprès de France Télévisions qui prévoyait un objectif de 30% d’expertes, ne dépasse pas les 25%.

Quant aux radios, soulignons que France inter, par exemple, n’a pas proposé à ses auditeurs plus de 20% d’expertes en 2015, et seulement 21% d’invité-e-s politiques. RMC reste une radio “entre hommes” avec pas plus de 17% de présentatrices à l'antenne.

Globalement, les chiffres rendus publics ce matin n’ont donc quasiment pas évolué depuis les précédents rapports sur le sujet, comme celui de la Commission sur l’image des femmes dans les médias (2011) qui pointait une proportion de 20% de femmes expertes contre 80% d’hommes. En 2015, quatre ans après, plusieurs médias n’ont toujours pas dépassé ce chiffre de 20%.

Plus que jamais nous demandons que les discours sur la représentation des femmes dans les médias soient accompagnés d’actions concrètes, pour que l’année prochaine, lors du prochain rapport du CSA, les médias n’apparaissent plus comme une caricature de notre réalité, avec des femmes expertes sous-représentées. Nous demandons aussi que les chaînes s'engagent sur des objectifs de progression pour l'année 2016. Un simple état des lieux annuel ne suffira pas à faire progresser la part des femmes dans les médias.

Pour Prenons la Une, « il n’y a que par la sensibilisation, des objectifs chiffrés et une attention quotidienne à la représentation des femmes dans les médias, que l’on pourra changer la situation ».

Contact porte-parole :

Audrey Lebel : 06 73 59 80 80.

*Le collectif Prenons la Une a été lancé en mars 2014 par un manifeste qui avait recueilli plus de 800 signatures de femmes et d'hommes journalistes. Il se mobilise pour une juste représentation des femmes dans les médias et l'égalité professionnelle dans les rédactions.

La liste des membres du collectif :

Claire Alet (Alternatives économiques), Audrey Lebel (indépendante), Laure Daussy (indépendante), Léa Lejeune (Challenges), Ariane Lavrilleux (Europe 1), Aude Lorriaux (Slate), Ségolène Hanotaux (indépendante), Clémentine Gallot (Libération), Hélène Guinhut (indépendante), Lucie Ronfaut (LeFigaro.fr), Céline Rouzet (indépendante), Rozenn Le Carboulec (Le Plus, L’Obs), Eloïse Bouton (indépendante), Alice Coffin (indépendante), Claire Boubé (indépendante), Sidonie Sigrist (indépendante), Audrey Racine (France 24), Lénaïg Bredoux (Médiapart), Nassira El Moaddem (indépendante), Marie Kirschen (Buzzfeed), Fanny Roux (Contexte), Valérie de Senneville (Les Echos), Rachel Mulot (Sciences et Avenir), Johanna Luyssen (libération.fr), Mélissa Bounoua (Slate), Myriam Levain (Cheek Magazine), Rokhaya Diallo (Chroniqueuse), Marianne Bliman (LesEchos.fr).

prenonsla1videos CSA