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samedi 1 décembre 2018

LA FIN D'UN MONDE (3)


LA FIN D'UN MONDE (3/6) - Effondrement, nucléaire et capitalisme : entretien avec Jean-Marc Jancovici et Yves Cochet (vu dans LCI).

  

INTERVIEW CROISÉE - Yves Cochet et Jean-Marc Jancovici tentent depuis de nombreuses années de sensibiliser l'opinion sur la crise climatique et énergétique à venir. À partir de ce constat partagé, ils débattent pour LCI des causes et des conséquences de cet effondrement qu'ils ont prédit.

Ils pensent tous deux que le monde se dirige vers une grave crise énergétique et climatique. Ils pensent aussi que la décroissance, voulue ou non, est notre horizon. Scientifiques de formation, Yves Cochet et Jean-Marc Jancovici tentent depuis de nombreuses années d'alerter sur l'impasse dans laquelle nous mène notre modèle de développement. Pour LCI, ils discutent ensemble des causes et des conséquences de cet effondrement qu'ils ont prédit.

Mathématicien et enseignant, Yves Cochet a cofondé les Verts en 1984 puis exercé plusieurs mandats de député et de député européen entre 1989 et 2014. Ministre  de l'Écologie du gouvernement Jospin en 2001-2002, il préside désormais l'institut Momentum, un cercle de réflexion sur l'effondrement, la transition et la décroissance. Il est le premier responsable politique national à avoir popularisé ces questions.

Ingénieur et polytechnicien, Jean-Marc Jancovici a cofondé le cabinet Carbone 4, qui aide les entreprises à opérer une transition post-énergies fossiles. Il est également enseignant, auteur, conférencier et chroniqueur. Membre de la Fondation Nicolas-Hulot en 2001, il a participé à l'élaboration du Pacte écologique et du Grenelle de l'environnement en 2007. Il préside désormais notamment le think-tank The Shift Project, consacré à la transition énergétique. 

 

LCI : Partons du constat qui est aujourd’hui acté par tous, et qui est illustré par le récent rapport du GIEC : notre mode de vie va changer de gré ou de force, notamment à cause de la raréfaction des ressources. Jean-Marc Jancovici, vous l’exprimez comme ceci : la planète ne peut pas tenir si 7 milliards d’humains ont le niveau de vie d’un smicard français.

Jean-Marc Jancovici : D’abord, je dis que notre mode de vie a déjà commencé à changer, et de force ! Ensuite j’ai effectivement dit que l’indicible politique dans cette histoire, c’est qu’on ne peut matériellement pas fournir – et encore moins durablement - à 7,5 milliards de terriens le même niveau de consommation qu’un smicard français. 

LCI : Une fois qu’on a dit ça, comment peut-on espérer préserver un niveau de confort minimal à l’avenir ?

JMJ : Si l’on se demande comment préserver quelque chose qu’on ne peut pas préserver, on a déjà la réponse... La question à laquelle je peux répondre, c’est : que peut-on préserver de façon durable pour 7 milliards d’individus ? Si l’on ne mange pas trop de viande, on peut probablement préserver l’alimentation, car l’essentiel des surfaces végétales servent actuellement à nourrir les animaux. Mais notre modèle devra s’adapter, car l’agriculture actuelle est une agriculture "minière" qui doit extraire de la potasse ou du gaz pour fabriquer les engrais et qui provoque une érosion des sols. Les rendements actuels en Occident sont permis par les engrais, les tracteurs et les phytosanitaires, donc par les hydrocarbures, et ce n'est pas durable.

Ensuite, on ne pourra pas préserver la mobilité motorisée actuelle. Il y a 1 milliard de voitures aujourd’hui dans le monde, et même si elles ne consommaient que 2 litres aux 100 km, contre 6 à 8 actuellement, c’est encore trop pour durer un siècle. On ne pourra pas non plus toutes les faire fonctionner à l’électricité, car l'appel de puissance électrique ne pourra pas suivre, ni la fourniture de matériaux nécessaires à la construction des batteries. On pourra probablement garder la quantité actuelle de bâtiments, mais ce sera compliqué de la tripler ou d’y maintenir tout le confort énergétique.

Enfin, on ne pourra pas produire autant de biens manufacturés qu’aujourd’hui, ce qui revient à dire que le prix réel de ces biens (donc le temps de travail nécessaire pour les acheter) va augmenter. Prenons l’exemple des vêtements. Ma grand mère était couturière à une époque où, quand on avait un trou à la manche de sa chemise, on cousait une pièce dessus car l’achat d’un vêtement demandait un prix réel beaucoup élevé qu’aujourd’hui. Dans un monde sobre, on reviendra à cela. Le t-shirt à 5 euros en soldes, ce sera terminé. Même chose pour le jouet en plastique qu’on offre au petit dernier et dont il se sert deux fois.

Quand je dis que 7 milliards d’humains ne peuvent pas vivre comme un smicard français, ce n’est pas pour être méprisant. C’est parce que les chiffres montrent que le monde qui nous attend ne sera pas un monde d’abondance. C’est terriblement déstabilisant car ça va à l’encontre de l’idée d’une progression matérielle continue et sans problèmes.

LCI : Yves Cochet, vous partagez ce constat, et vous avez été l’un des premiers élus à tenir ce discours. Comment ont réagi les gens quand vous leur annonciez ce monde-là ?

Yves Cochet : Je partage effectivement ce constat. On peut dire malheureusement que jamais les Chinois, les Indiens, les Africains ou les Sud-américains ne vivront comme les Européens de 2018, à cause de la raréfaction de l’énergie et des matières premières. Une fois qu’on dit ça, l’impasse politique est totale. Malgré quelques petites prises de conscience récentes - la démission de Nicolas Hulot, le rapport de Giec ou les sécheresses estivales - je pense que ce déni perdurera jusqu’à la fin et qu’il n’y aura pas de transition facile. La grande loi de transition énergétique de Ségolène Royal n’est pas appliquée et comporte des tares rédhibitoires, tout comme l’accord de Paris. Après 23 ans de politique professionnelle, je constate que les seules solutions proposées sont : plus de croissance, plus de technologie, plus de marchés. C’est une pure folie.

"Le déni ne cessera pas avant de très gros ennuis car on a inventé un système de pensée qui n’est pas confrontable au réel"

LCI : Pour vous aussi, Jean-Marc Jancovici, ce déni perdurera ?

JMJ : J’ajouterais d’abord qu’avec traité de Lisbonne, l’UE se retrouve probablement avec la seule Constitution au monde qui impose une recherche de "la croissance". J’ajouterais aussi que le nouveau "prix Nobel" d’économie, William Nordhaus, s’est fait connaître en attaquant Dennis Meadows [le premier physicien et économiste à avoir travaillé sur les limites physiques de la croissance, ndlr], et en critiquant la lutte contre le réchauffement parce que, selon lui, elle n’est pas rentable ! Comme on peut le lire dans le livre "Des marchés et des dieux" du journaliste Stéphane Foucart, l’économie fonctionne comme une religion, car elle part de professions de foi non démontrées, et a besoin d’un clergé. Les principes dominants en économie - qui sont vieux de deux siècles - se basent entre autres sur une "fonction d’utilité", qui ne s’observe nulle part et qui n’est pas quantifiable… Comme le concept de "dieu" ! Le déni ne cessera pas avant de très gros ennuis car on a inventé un système de pensée qui n’est pas confrontable au réel.

LCI : Cette théorie économique et cette Constitution européenne sont-elles finalement les composantes de ce qu’on appelle le capitalisme ?

JMJ : Ce n’est pas propre au capitalisme. La pensée communiste excluait également l’environnement, et les soviétiques étaient tout aussi productivistes et "destructeurs de la planète".

LCI : Alors comment définir notre système économique ? Peut-on parler d’économie "extractiviste" ?

YC : D’économie extractiviste en croissance, avec le mythe du progrès continu et indéfini. En bref, le libéral-productivisme.

"Pour comprendre les effets de l'effondrement, il faut que nos dirigeants et nous-même soyons touchés dans notre chair"

LCI : Ce système économique actuel est aussi caractérisé par la concurrence. Cette concurrence ne peut-elle pas devenir un obstacle à la transition écologique ? 

JMJ : L’ennemi de la transition écologique, c’est tout ce qui raccourcit l’horizon de temps, et tout ce qui empêche la prise en compte de l’environnement dans le raisonnement économique et social. Or, la concurrence et la financiarisation raccourcissent l’horizon de temps. Dans une société cotée en bourse, le long terme c’est trop souvent 6 mois, tandis que les actions de lutte contre le réchauffement se pensent à un horizon de 30 ans, voire d’un ou deux siècles. Quand l’action de votre entreprise est en concurrence avec l’action du voisin, vous êtes tétanisé à l’idée de perdre en productivité. D’ailleurs, les grandes réalisations françaises, comme les fortifications de Vauban, le système ferroviaire ou hospitalier, n’auraient pas pu se faire dans un contexte de concurrence. Aujourd’hui, nous avons décidé de faire de la concurrence l’alpha et l'oméga de la construction européenne, mais c'est une erreur que nous allons payer cher.

LCI : Yves Cochet, vous avez été élu européen. Comment changer ce cadre économique qui empêche la transition écologique ?

YC : C’est très difficile dans le cadre européen, parce que l’idéologie libérale-productiviste est profondément ancrée et parce qu’on manque d’une idéologie de remplacement vue comme crédible par tout le spectre de l’opinion. Je pense qu’on va vers le pire car, pour comprendre les effets de l'effondrement, il faut que nos dirigeants et nous-même soyons touchés dans notre chair par ceux-ci. Il ne suffit pas de lire un article ! Il faut le vivre concrètement à travers nous-mêmes et nos enfants. Quand ce sera le cas, il sera trop tard, car l’état politique de l’Europe se sera déjà dégradé.

"Si l’on cherche le pays le plus résilient en Europe, je pense que c’est l’Albanie, parce que 40% de ses paysans n’ont pas de tracteurs"

LCI : Ne pensez-vous pas qu’au moment de cet effondrement, les dirigeants et les plus riches parviendront à conserver leur confort et leurs intérêts ?

Y.C : Je pense qu’au moment de l’effondrement, qui interviendra pour moi plutôt avant 2030 qu’avant 2050, les riches ne pourront pas s’isoler du reste de la population et continuer comme si de rien n’était. Dans cet effondrement rapide, qui peut intervenir en quelques mois, peut être que seule l’armée tiendra plus longtemps car elle dispose de stocks d’à peu près tout : essence, nourriture, etc. Mais pas Emmanuel Macron ou Bernard Arnault, qui sont trop dépendants de l’économie mondiale. D’ailleurs, si l’on cherche le pays le plus résilient en Europe, je pense que c’est l’Albanie, parce que 40% de ses paysans n’ont pas de tracteur... Quand les nôtres ne pourront plus marcher, les Albanais sauront comment faire autrement.

JMJ : Si on regarde les indicateurs matériels, la décroissance a commencé en Europe en 2007. Les tonnes-kilomètre en camion, les surfaces de bâtiments construites, le nombre de séjours au ski ont atteint leur maximum historique en 2007. Ces indicateurs ont chuté jusqu’en 2014, puis légèrement remonté grâce à l’arrivée du pétrole de schiste américain qui a réalimenté le marché mondial, car davantage d’énergie, c’est davantage de machines en fonctionnement et un PIB qui remonte. 

Mais la hausse actuelle du prix du baril de pétrole suggère que la hausse de la production s'essouffle. D’ailleurs, j’ai constaté que le prix du baril en monnaie locale pour de nombreux pays importateurs a déjà dépassé son niveau de 2014. On se dirige vers une crise semblable à celle de 2008, avec des niveaux de dette équivalents voire supérieurs.

 

LCI : Pensez-vous comme Yves Cochet qu’un effondrement politique précèdera l’effondrement économique ?

JMJ : Les deux vont un peu de pair. Pour moi, l’effondrement politique a déjà commencé sans qu’on le désigne comme tel. L’élection de Trump, le Brexit, les élections italiennes et même la crise en Catalogne sont selon moi des marqueurs précoces de cet effondrement, tout comme le sont les intentions de vote pour Marine Le Pen aux prochaines élections européennes. Les élites urbaines - dont nous faisons partie - ne voient pas ce qui se passe car nous calculons le PIB de telle sorte qu'il continue d’augmenter, mais une fraction croissante de la population se retrouve exclue.

LCI : Selon vous, comment cet effondrement se manifestera en France ?

JMJ : Quand un pays se retrouve en situation de contrainte énergétique, c’est à la périphérie des villes, où se concentrent les premiers perdants de l'affaire, que la désagrégation s’exprime le plus fortement. C’est dans ces zones que le vote contestataire, en faveur de gens qui veulent "casser le système", se développe le plus. Quand ces perdants seront suffisamment nombreux, il finira par se passer quelque chose, je ne sais pas quoi. Mais ça se passera avant que tout le monde ne crève de faim.

"Yves et moi avons en commun de penser que le nucléaire n’empêchera pas la chute blobale"

LCI : Vous parlez de "contrainte énergétique". Quelle place accorder au nucléaire pour se préparer à une telle situation ? Vous n’êtes pas vraiment d’accord tous les deux sur ce point.

JMJ : Yves et moi avons en commun de penser que le nucléaire n’empêchera pas la chute globale. Personnellement, je ne suis ni d’accord avec les pro-nucléaires qui y voient un moyen de parer à toute pénurie, ni avec les anti-nucléaire qui exagèrent ses inconvénients techniques et sanitaires. Je pense juste que le nucléaire est un amortisseur bienvenu de la contraction :  sans lui, on se cogne plus fort dans le mur, mais je ne sais pas à quel point ! Le nucléaire sert aujourd’hui à concurrencer le charbon. Or, plus longtemps on recourt au charbon dans l’électricité, plus vite on détruit le système climatique, qui a permis le développement de la civilisation. C’est donc au nom d’un arbitrage entre les risques que je souhaite avoir davantage recours au nucléaire dans les pays qui connaissent déjà cette technologie. Mais le nucléaire n’évitera pas la sobriété, qui reste le premier déterminant de ce qu'il faut faire.

YC : Contrairement à Jean-Marc, je ne pense pas que le nucléaire amortira la chute. Si je sors du raisonnement économique, le nucléaire ne peut fonctionner selon moi que dans des sociétés stables, démocratiques et très technologiques. Ces trois conditions sont nécessaires pour la gestion des déchets nucléaires, dont la radioactivité dure plusieurs dizaines de milliers d’années. Or, qui peut parier sur le fait que la France, ou l’Europe, conserve la même stabilité, le même niveau technologique et le même système démocratique dans le contexte de crise qui marquera le 21e siècle, et possiblement le 22e siècle ?

 

JMJ : Je suis d’accord avec Yves sur ces objections, mais si l’on se place dans le cas de figure où nos sociétés sont incapables de maintenir un niveau technologique suffisant pour conserver du nucléaire, les problèmes liés au nucléaire ne seront rien par rapport aux problèmes généraux auxquels nous seront confrontés… Dans une nouvelle d’anticipation que j’ai écrite pour L’Expansion en 2005, j’imaginais le monde en 2048 comme un régime totalitaire. Je pense en effet que la contrainte énergétique implique le retour du totalitarisme, car la démocratie ne sait pas gérer la rareté. Elle ne sait que gérer que la liberté pour tous, donc l’abondance. La démocratie moderne est d’ailleurs née dans des mondes en croissance, aux 17e et 18e siècles.

YC : Si l’on se retrouve dans l’instabilité, voire dans la barbarie ou le chaos, le détournement de matériaux fissiles devient une possibilité. Sachant qu’il y a plusieurs tonnes de plutonium dans le centre de retraitement nucléaire de La Hague, imaginez ce qu’entrainerait une défection des services publics comme celle qui a eu lieu aux États-Unis pendant l’ouragan Katrina. Ou ce qu’entrainerait l’arrêt du refroidissement des piscines de La Hague.

"Si l’on dit aux gens de passer tout de suite à l’action, sans en expliquer la justification, ils vont changer 2 ampoules pour être en paix avec leur conscience"

LCI : Vous travaillez tous les deux comme conseillers auprès de publics différents - des militants ou des entreprises. Que conseilleriez-vous à ceux qui ont la main sur la politique énergétique française ?

YC : Il faudrait présenter aux dirigeants un "crash program" de descente énergétique rapide. Mais quand on voit la contestation qu’a suscitée le passage aux 80 km/h, imaginez un décret qui passerait la vitesse maximale à 30 km/h en ville, 60 km/h sur route et 90 km/h sur autoroute ! Politiquement, c’est un suicide. Face à une grève des routiers et des agriculteurs, le gouvernement ne peut pas tenir. Je l’ai vu quand j’étais ministre de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement. Et ce n’est qu’une mesure parmi cent.

LCI : Que diriez-vous à un lecteur qui vient de découvrir votre pensée ?

YC : Je lui dirais d’aller militer dans une association écologiste, il y en a plein de bonnes. Ou de lire les livres de Jean-Marc !

JMJ : Moi, je dirais plutôt : "Documentez-vous !" Je pense qu’on ne croit qu’en ce dont on s’est convaincu soi-même. Si l’on dit aux gens de passer tout de suite à l’action, sans en expliquer la justification, ils vont changer deux ampoules pour être en paix avec leur conscience et rien d’autre. Donc je dis aux lecteurs de LCI : documentez vous sur ce défi. C’est désagréable, mais c’est passionnant.

YC : Et ne restez pas seul ! Discutez-en avec vos proches et votre famille. Il ne faut pas perdre l’idée de la solidarité en route. 

jeudi 29 novembre 2018

LA FIN D'UN MONDE (2)


LA FIN D'UN MONDE (2/6) - Trop peu, trop tard : 3 ans après, le procès de l’accord de Paris (trouvé sur LCI).


ENVIRONNEMENT - Victoire diplomatique sans résultats concrets, objectifs ambitieux sans mise en oeuvre contraignante... Trois ans après sa signature, l’accord de Paris montre ses faiblesses.

C’est ce qui s’appelle jeter un froid. En novembre 2017, en pleine COP23 à Copenhague, une étude du "Global carbon project", publiée dans plusieurs revues scientifiques, prévoyait que les émissions de dioxyde de carbone (CO2) avaient de nouveau augmenté sur l'année, après 3 ans de stabilité.
"Le monde n'a donc pas atteint son 'pic' d'émissions", avaient alors affirmé les auteurs de l'étude, confirmés plus tard dans leurs prévisions par le dernier rapport de l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA). Ce rapport indique que la concentration atmosphérique en CO2 a atteint une moyenne record de 405 parties par million (ppm) en 2017. Du jamais vu depuis... 800.000 ans.

Plus de croissance, plus d’énergie, plus de CO2
Le CO2 représente les trois quarts des émissions de gaz à effet de serre (GES) et s'impose comme le principal responsable du réchauffement climatique. Cette même année 2017 a été la seconde ou la troisième année la plus chaude depuis le début de l’ère industrielle, et même la plus chaude en l’absence du phénomène El Nino, ajoutent les météorologistes américains.
 
Ce regain d’émissions de CO2 a été principalement tiré par la croissance chinoise. En effet, la production énergétique du pays reste complètement dépendante du charbon, malgré ses investissements dans les énergies renouvelables. Mais en France aussi, les émissions de gaz à effet de serre ont fortement augmenté avec le retour de la croissance : +3,2% en 2017. Le pays décroche déjà par rapport à son objectif de réduction des émissions de GES de -40% d’ici 2030, alors que la production d’électricité en France ne génère que très peu de carbone, contrairement à la Chine.

Voilà où en est le monde près de 3 ans après la signature de l’accord de Paris. Le tableau n’a pas changé : la croissance de l’activité continue de générer toujours plus de gaz à effet de serre, car l’énergie nécessaire au système productif dépend toujours très majoritairement du charbon et des hydrocarbures.

Le 12 décembre 2015, pourtant, 195 nations de l’ONU avaient approuvé l’accord de Paris. Ils s’engageaient alors devant les caméras du monde à contenir d'ici à 2100 le réchauffement climatique "bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels" et même à "poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C". L’accord fixe également le plancher de l'aide climatique aux pays en développement à 100 milliards de dollars par an pour accélérer leur transition énergétique.

Pourquoi l'accord de Paris n'est-il pas réellement contraignant?
Pour atteindre ses objectifs, l'accord de Paris n'a pas fixé d'objectifs individuels : chaque pays doit lui-même établir ses propres objectifs, les mettre en œuvre, et les réviser à la hausse tous les cinq ans. "C'est l'environnement global des objectifs qui est légalement contraignant, pas les objectifs en eux-mêmes", expliquait alors l'envoyé spécial des Etats-Unis à la COP21, Todd Stern. De même, l’accord ne prévoit pas de mécanisme de sanctions dans le cas où les États ne respectent pas leurs objectifs, mais préfère miser sur la pression de l'opinion publique.

"La règle du 'name and shame' fait office de punition et peut encourager les Etats à respecter leurs promesses. Sans quoi, la déception de la société civile face à un accord de Paris qui ne serait pas respecté pourra se traduire par une judiciarisation des questions climatiques, et des condamnations des Etats par des juges nationaux", analysait quant à lui Laurent Neyret, professeur de droit à Versailles spécialiste de l’environnement, dans Le Monde.

Une approche opposée à celle du protocole de Kyoto, signé en 1997 et entré en vigueur en 2005. Ce dernier visait à réduire d’au moins 5%, entre 2008 et 2012, les émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990. Pour cela, seuls les pays développés s’étaient imposés des objectifs contraignants de réduction de GES. Ce fut un échec, car les émissions de GES des pays émergents, notamment la Chine, ont explosé au tournant du siècle, ce qui a offert aux États-Unis une raison de ne pas ratifier le protocole en 2005. Quant au Canada, il en est sorti en 2011, pour ne pas payer les pénalités financières liées au non-respect des engagements.




Pointer du doigt les mauvais élèves… dans une classe remplie de mauvais élèves
L’accord de Paris veut donc pointer du doigt les mauvais élèves, mais que peut-il faire s’il n’y a que des mauvais élèves, ou presque, dans la classe ? Quand l’opinion publique n’est pas acquise à l’écologie, le "name and shame" perd de sa force. C’est le cas de l’électorat de Donald Trump, qui n’a pas reproché à celui-ci d’être sorti de l’accord. Quant au Premier ministre australien, il a renoncé à transposer dans la loi les objectifs de réduction de GES liés à l’accord de Paris, car une partie de sa majorité s’y opposait à l’approche des élections nationales.


Dans l’Union européenne également, les engagements pris dans le sillage de l’accord ne sont pas respectés. L’ONG Climate action network rappelle dans un rapport qu’aucun pays de l’UE n’a respecté ses propres objectifs. À l’échelle des 27, les émissions de GES baissent, mais pas suffisamment.

La même déception prévaut concernant l’aide climatique aux pays pauvres. L’accord de Paris fixait l’aide climatique aux pays du sud à 100 milliards de dollars par an minimum, et prévoyait qu’un nouvel objectif devait être fixé "d'ici 2025". Sauf que le cumul des engagements déjà annoncés sont très loin de cette somme. Selon une estimation de l'OCDE en 2016, les aides publiques atteindront 67 milliards annuels en 2020. Face à ce manque de suivi, deux éditions du "One Planet Summit" ont eu lieu à Paris puis à New York, afin d’obtenir des engagements financiers d’acteurs privés ou publics.

Même s’ils étaient respectés, les engagements ne suffiraient pas
Pour enfoncer le clou, les objectifs affichés de réductions d’émissions de GES ne suffiraient pas à atteindre l’objectif collectif de limitation du réchauffement à 2°C. Selon plusieurs prévisions - notamment celles du climatologue Jean Jouzel ou du Programme des Nations unies pour l'environnement - le respect des engagements déjà pris entraînerait la terre vers un réchauffement d’environ 3°C, sachant que le réchauffement à ce jour est d’un peu plus d’1°C par rapport aux niveaux pré-industriels.

En 2017, un article publié dans la revue Nature Climate Change a estimé à 5 % la probabilité de limiter le réchauffement climatique à 2°C d’ici 2100, et à 1% la probabilité d’atteindre l’objectif de 1,5 °C. D’où le procès en crédibilité de l’accord de Paris, tant ses objectifs paraissent inatteignables compte tenu des efforts actuels.

Dès la signature de l’accord, ces critiques étaient connues de tous. Le pari de ce succès diplomatique reposait sur la capacité des populations de chaque pays à exercer une pression suffisante sur leurs gouvernants, afin qu’ils se donnent les moyens de leurs ambitions. Force est de constater que cette pression n’a pas effrayé grand monde.

mercredi 28 novembre 2018

LA FIN D'UN MONDE


LA FIN D'UN MONDE (1/6) : Nos sociétés sont-elles au bord de l’effondrement ? (article lu sur LCI)

COLLAPSOLOGIE – En raison du dérèglement climatique et de l’épuisement inéluctable de nos ressources naturelles, la collapsologie - un courant de pensée qui tente d’examiner l’état de la planète - prédit un effondrement de nos sociétés industrielles d’ici quelques années. Une vision angoissante de l’avenir qui va jusqu’à poser la question de la survie de l’homme sur Terre. Explications.

A quoi ressemblera le monde dans 10, 20 ou 30 ans ? Vaste question sur laquelle chacun sera libre de projeter sa propre vision de l’avenir. Néanmoins, compte-tenu du dérèglement climatique et ses conséquences désastreuses, de l’érosion plus qu’alarmante de la biodiversité et de l’accroissement démesuré des inégalités à l’échelle mondiale, il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, d’apporter une réponse réjouissante à cette interrogation.

Depuis plusieurs années, certains écologistes prétendent même que le pire est à prévoir. Que nos sociétés vivent sans doute leurs derniers instants de confort et d’insouciance avant d’être prochainement rattrapées par une réalité que l’on refuse pour l’instant d’entrevoir. En 2002, lors du IVe sommet de la Terre à Johannesburg, Jacques Chirac avait prononcé cette phrase restée célèbre : "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs". Ce constat, déjà partagé à l’époque, est malheureusement toujours d’actualité.


Fondamentalement, rien ou presque n’a été fait pour éteindre l’incendie et c’est pourquoi la situation est encore plus grave aujourd’hui, si l’on se fie aux recherches et aux données sur l’état de la planète, unanimement catastrophistes. C’est sur la base de ce terrible diagnostic qu’est née la collapsologie. Ce néologisme, créé à partir du verbe anglais to collapse (qui signifie s’effondrer), désigne un courant de pensée qui juge inévitable l’effondrement de nos sociétés tel que nous les connaissons.

Une Terre au bord de la rupture
A travers une approche transdisciplinaire qui va de l’économie à la biologie en passant par la psychologie, la collapsologie cherche à examiner l’état du monde, des modifications profondes actuellement en cours et les conséquences de celles-ci. Inventé "avec une certaine autodérision" par les chercheurs Pablo Servigne et Raphael Stevens, le terme de collapsologie ne fait pas l’unanimité au sein de cette communauté dans laquelle gravitent beaucoup de chercheurs. Ceci dit, en dépit de ce petit désaccord sémantique, tous sont d’accord pour considérer que nos sociétés, et en particulier les dirigeants politiques, ne prennent pas la mesure du péril qui nous menace.

Pour mesurer l’état de santé de la planète, une équipe de chercheurs internationaux a forgé en 2009 la notion de "limites planétaires". Il s’agit d’indicateurs à ne surtout pas dépasser pour que "le système Terre ne bascule dans un état très différent (de l’actuel), probablement bien moins favorable au développement des sociétés humaines". Leur étude publiée à l’époque dans la revue Nature a été actualisée en 2015. Et sur les 9 indicateurs proposés (dont 6 seulement sont mesurables), 4 ont déjà franchi un seuil dramatique (augmentation de la température terrestre, chute brutale de la biodiversité, perturbation des cycles biogéochimiques de l’azote et du phosphore et modification de l'usage des sols).

Quand l’Anthropocène remplace l’Holocène
Autrement dit, les activités humaines depuis la révolution industrielle sont telles qu’elles sont parvenues à bouleverser les cycles naturels de la Terre, qui évoluent traditionnellement sur une échelle de temps extrêmement longue. Depuis environ 11.000 ans, notre planète est entrée dans une époque géologique baptisée l’Holocène. Celle-ci se caractérise en particulier par un adoucissement du climat qui a favorisé le développement des civilisations humaines.
Or, c'est précisément cet équilibre qui est aujourd'hui menacé. A tel point que certains scientifiques estiment qu'en raison des bouleversements systémiques actuellement observés, nous serions rentrés dans une nouvelle époque géologique baptisée l’Holocène. Celle-ci se caractérise en particulier par
un adoucissement du climat qui a favorisé le développement des civilisations humaines.

Or, c’est précisément cet équilibre qui est aujourd’hui menacé. A tel point que certains scientifiques estiment qu’en raison des bouleversements systémiques actuellement observés, nous serions entrés dans une nouvelle époque géologique, baptisée l’Anthropocène. Et personne ne peut dire si l’Homme est véritablement prêt à supporter une telle évolution de la planète.


Dans ces conditions, la question de la survie de nos sociétés modernes se pose frontalement. D’autant que nous allons prochainement faire face à un autre problème, de taille lui aussi, celui de la raréfaction progressive des énergies fossiles. Il est d’ailleurs impossible de ne pas relier ces deux difficultés. Car si nous en sommes là, c’est bien à cause de notre effrayante capacité à puiser les ressources naturelles de la planète pour les convertir en énergie. Si cela a permis un développement sans précédent de nos sociétés et une modification profonde de nos modes de vie (par rapport à tous nos ancêtres), une douloureuse facture se profile.

Edouard Philippe, collapsologue ?
Cela fait plusieurs décennies que certains esprits éclairés tirent la sonnette d’alarme. Citons par exemple le rapport Meadows (1972) qui prédit un probable effondrement de nos sociétés industrielles pour la première moitié du XXIe siècle si un frein n’est pas mis à notre modèle de développement. Ou encore la publication de Principe responsabilité du philosophe allemand Hans Jonas (1979, traduit en français en 1991) qui s’inquiétait de la capacité des hommes à garantir un monde sain aux générations futures.

D’autres ouvrages ont suivi comme celui du biologiste et géographe américain Jared Diamond, Collapse (2005), devenu l’une des bibles des collapsologues. En comparant la manière dont plusieurs sociétés ont disparu, l’auteur en conclut que l’incapacité à s’adapter à son environnement entraîne un effondrement inéluctable des sociétés, y compris des plus robustes. La thèse de ce livre, qui a connu un succès international, est allée jusqu’à convaincre Edouard Philippe du risque d’effondrement qui plane sur le monde. "Cette question est assez obsédante, elle me taraude beaucoup plus que certains peuvent l’imaginer", a avoué le Premier ministre en juillet dernier lors d’un Facebook live en compagnie de Nicolas Hulot, qui était encore ministre de la Transition écologique.

Une confession qui n’a cependant pas empêché Nicolas Hulot de démissionner avec fracas fin août. Au micro de France Inter, l’ancien animateur d’Ushuaïa expose son désarroi devant la France entière. "Je ne comprends pas que nous assistions à la gestation d’une tragédie bien annoncée dans une forme d’indifférence. La planète est en train de devenir une étuve, nos ressources naturelles s’épuisent, la biodiversité fond comme neige au soleil. [...] Et on s’évertue à entretenir voire à réanimer un modèle économique marchand qui est la cause de tous ces désordres".

Déni ou résilience
Avant de partir, Nicolas Hulot a dit espérer que son départ provoque "une profonde introspection de notre société sur la réalité du monde". Un message reçu cinq sur cinq par l’astrophysicien Aurélien Barrau. Ce spécialiste des trous noirs, jusqu’ici très peu connu, a depuis pris son bâton de pèlerin pour rappeler à ses semblables que notre passivité était un crime contre nous-même. 

A l’origine d’une tribune dans Le Monde signée par 200 personnalités appelant à un sursaut écologique, il s’est surtout distingué en septembre dernier lors d’une conférence à Bordeaux. Son vibrant appel à "harceler le pouvoir politique" afin de considérer l’écologie comme la priorité des priorités a beaucoup tourné sur les réseaux sociaux. 

Durant quelques semaines, Aurelien Barrau a parcouru les médias pour tenter de secouer une opinion publique apathique et une classe politique aveuglée par des intérêts court-termistes. Parallèlement, des initiatives ont émergé ici ou là pour éveiller les consciences, à l'instar de la campagne "On est prêts" lancée par une soixantaine de Youtubeurs.

Selon les collapsologues, deux chemins s’offrent désormais à nos sociétés : soit celui du déni et de l’inaction, auquel cas la chute sera terrible, soit celui de l’anticipation et de la résilience. Autrement dit, faire le deuil d’un modèle économique consumériste et énergivore pour inventer un autre monde. Si cela est (encore) possible…

mardi 27 novembre 2018

Désir et abandon

Le désir c'est la séparation
L'abandon c'est la disparition du séparé

Quand la voix du je s'éteint
la voie de l'abandon peut s'allumer

dimanche 25 novembre 2018

mercredi 21 novembre 2018

dimanche 18 novembre 2018

Folles courses à la voile

La voile est un sport à part. Je parle des grandes courses qui font traverser un océan ou faire le tour du monde. La technologie aidant, on est rentré dans un monde de sophistication réservé aux professionnels. Sans ordinateur, qui permet de faire les calculs pour la route à suivre, les simulations météo, sans pilote automatique relié au compas et à la girouette, sans appareil pour fournir de l'énergie pour faire marcher tout çà, c'est impossible de faire une course. Et je ne parle pas de dessalinisateur, ballast, quille basculante, foils rétractables et réglables, etc, etc...
Un bateau ce n'est plus une coque et des voiles, c'est devenu une usine à gaz avec des dizaines de bouts (ficelles) qui arrivent dans le cockpit, pas mal de boutons de réglage pour les systèmes hydrauliques et autre largueur automatique d'écoutes (cordages) au cas où le bateau chavire...
Il faut du temps pour mettre au point de telles machines, savoir les faire marcher au mieux, et bien sûr pas mal d'argent (d'où les sponsors). Il faut un à deux ans pour les plus complexes, et une équipe autour.
Parfois, en tout cas à chaque course, cela peut se terminer vite et mal. Ainsi des favoris peuvent s'arrêter au bout de quelques heures et voir des années d'efforts anéanties en un instant. Ils sont pros, ont des assurances, mais même amateurs la déception est immense.

La dernière génération de bateau volant (en monocoque)

Cette année la Route du Rhum nous a offert des scénarios incroyables. Cette course qui part de Saint Malo en novembre, donc avec des risques de mauvais temps, pour rejoindre le soleil de la Guadeloupe, n'est pas facile du tout. Il y a toujours un quart ou un tiers des bateaux qui n'arriveront pas à destination, voire plus selon les catégories. Il faut sacrément en vouloir pour se lancer dans une telle opération.
Ainsi un bateau s'est échoué sur une île dès les premières heures, appelant les secours.
Plusieurs bateaux ont eu des chocs occasionnant des fuites d'eau plus ou moins graves, et ont du s'arrêter.
Avec le mauvais temps, trois dépressions à suivre, des mâts sont tombés (c'est malheureusement classique), des foils (permettant aux bateaux de voler ou presque) se sont cassés ou sont carrément partis, occasionnant entre autre le retournement d'un trimaran de 31 mètres. Des voiles déchirées, des appareils ne fonctionnant plus, des parties de structure qui se déforment ou se cassent, un flotteur de trimaran arraché...
Nombre de bateaux s'arrêtent pour réparer ou se mettre à l'abri.
Deux concurrents se rentrent dedans après dix jours de course.
Une concurrente rentre en collision avec un cargo.
Un autre trimaran se retourne, et sera récupéré par un voilier en course deux jours après.
Enfin, celui qui avait largement la course gagnée dans la classe Imoca (les bateaux de 18 mètres faisant le Vendée Globe autour du monde), s'endort pour cause de fatigue intense et se réveille contre les rochers d'une falaise en arrivant sur la Guadeloupe. Il met le moteur, s'en sort, et finit la course, mais avec une pénalité qui le prive de la victoire.
Il y a aussi ceux qui se blessent...
La course n'est pas finie, il y a six classes de bateaux, mais que de déboires, que d'aventures, ou de mésaventures.

Et puis, alors qu'il n'était pas favori, c'est un marin atypique, disert, fuyant les médias, modeste, mais une force de la nature, préférant le simple, aux moyens limités par rapport aux autres "grands" favoris, sur un bateau déjà ancien, qui gagne dans les derniers miles avec sept minutes d'avance sur un second qui a mené toute la course. Un certain Francis Joyon dont j'avais déjà parlé il y a quelques années. Son âge : 62 ans, et qui avoue n'avoir dormi que quelques minutes par ci par là pendant les sept jours de sa course!

Francis Joyon lors d'une escale à Bordeaux