Quand Babelio rencontre les éditions Critic

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2019 est une année très spéciale pour Critic. En plus de fêter ses 10 ans, la maison d’édition rennaise publie le deuxième livre très attendu de l’un de ses auteurs phares : Nécropolitains de Rodolphe Casso. Un deuxième roman qui porte à près de 100 parutions le catalogue de Critic. Pas mal pour un éditeur de l’imaginaire également libraire spécialisé à Rennes, à temps plein ! Nous avons rencontré Eric Marcelin pour en savoir plus sur sa fièvre d’éditer, mais aussi sur ses auteurs et les objectifs poursuivis avec sa maison d’édition. En 10 questions comme autant de bougies à souffler…

L’histoire de Critic a commencé au début du nouveau millénaire, avec l’ouverture en 2000 d’une librairie à Rennes. Neuf ans plus tard, vous lanciez la maison d’édition du même nom avec Simon Pinel. Qu’est-ce qui vous a poussé, en 2009, à tenter l’aventure ?

Pour la petite histoire, lorsque j’ai créé la librairie Critic (spécialisée en bande dessinée et littératures de l’Imaginaire) en août 2000, j’avais déjà cette idée en tête. Après avoir rendu viable cette première entreprise, après avoir commencé à créer une image de marque et après avoir fait la rencontre de Simon Pinel, qui a réalisé son master édition à Rennes, les éléments étaient réunis pour lancer cette maison d’édition, sous le même nom et logo que la librairie. Et puis les éléments étaient parfaitement alignés puisque j’avais déjà le texte à publier, promis par mon libraire et écrivain Xavier Dollo (Thomas Geha).

Pour tout dire, au départ, cette seconde activité ne devait être qu’une marotte. Le truc c’est que l’on se prend vite au jeu et, voilà qu’aujourd’hui, nous allons atteindre les 100 titres au catalogue.

Vous éditez aussi bien des littératures de l’imaginaire (science-fiction, fantasy et fantastique) que des polars. Comment trouvez-vous l’équilibre entre ces deux pôles (parfois appelés « mauvais genres ») ? Est-il plus fonction de contraintes économiques ou de votre appétit/vos découvertes du moment ?

Nous publions essentiellement des ouvrages sur coup de cœur, par rapport à nos appétences et selon quelques textes reçus. (La sélection est rude et il y a peu d’élus sur les plus de 1000 manuscrits reçus à l’année…) Nous avons essayé à une époque d’équilibrer entre SF, fantasy, polar… Mais il y a des années où il y a plus de science-fiction, ou de fantasy… Soit parce qu’il y a plus de textes de ce genre reçus sur une année soit, comme cela s’est déjà produit, des auteurs dont nous attendions un texte de SF qui ont finalement envie d’essayer un autre genre.

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Si j’ai bien suivi, Critic publie uniquement des auteurs français (francophones ?). Pourquoi ce choix ? Pensez-vous un jour ouvrir votre catalogue à des traductions ?

Oui, effectivement. Cela a tout de suite été la ligne de départ. Nous avons des auteurs français de grand talent, qui n’ont rien à envier aux Anglo-Saxons, et nous nous efforçons au fil des années de convaincre libraires, bibliothécaires et lecteurs de ce fait avéré.

Comme nous fonctionnons beaucoup au coup de cœur, nous ne  nous fermons pas à explorer la possibilité de publier des auteurs venant d’autres pays, du moment que le texte est intelligent, divertissant et qu’il emporte notre imaginaire. D’ailleurs nous sommes très fiers de notre premier texte traduit et de rendre de nouveau disponible à la vente la saga de Brian Stableford, Grainger des étoiles, dont la première intégrale arrive à la fin du mois et la deuxième en novembre.

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Comment découvrez-vous les auteurs que vous publiez ? Avez-vous une ligne éditoriale très arrêtée, au-delà du genre ?

Par connaissances, par connaissances interposées, les manuscrits que nous recevons… La ligne éditoriale est effectivement très arrêtée… Que des coups de cœur ! Ce qui laisse de la place pour des projets un peu à côté du genre, que nous publions en Hors Collection.

Lorsque vous vous êtes lancés dans l’édition, aviez-vous en tête des maisons d’édition qui vous inspiraient particulièrement ? Et à l’inverse, des travers à éviter ?

Oui,  nous étions très inspirés de ce que pouvait faire la collection Fleuve Noir Anticipation, ou encore la collection Rivière Blanche des éditions Black Coat Press, et également de la fougue et créativité des éditions Bragelonne. Et le travers a éviter : ne pas s’emballer trop vite, garder la tête froide et le cap à tenir.

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Ce double métier de libraire et éditeur doit bien remplir vos semaines. Comment gérez-vous le temps passé à la librairie, et sur vos projets de livres ?

C’est un savant équilibre à trouver. Ne jamais paniquer, garder la tête froide (encore), se dire que tout va bien se passer. Il y a un côté schizophrénique que j’ai dû apprendre à gérer car il faut pouvoir passer d’un sujet à un autre en essayant de ne pas perdre le fil, décider quelle urgence à traiter est la plus « urgente »… Et tenter de ne rien oublier.

Qu’avez-vous appris du monde de l’édition, en 10 ans, et plus particulièrement de l’édition de littératures de l’imaginaire ?

Qu’il est toujours difficile de faire émerger de nouveaux talents, qu’il faut beaucoup d’efforts pour réussir à vendre plus de 1000 ex. d’un titre, qu’il faut toujours garder la passion de la découverte et rester curieux, que la littérature de l’Imaginaire est une littérature de niche. C’est un exploit, comme pour  beaucoup d’autres maisons d’édition, de toujours être là. Mais, on sent du changement, ne serait-ce déjà que par la volonté affichée par tous les éditeurs du domaine qui se sont, depuis 3 ans, réunis en association pour défendre et mettre en avant cette littérature lors du Mois de l’Imaginaire.

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Pouvez-vous nous dire quelques mots du nouveau et très attendu livre de Rodolphe Casso, Nécropolitains ? L’enjeu est-il cette fois très différent pour vous, par rapport à son précédent, PariZ ?

Achetez-le ! Offrez-le ! Nous avons décidé avec Simon Pinel d’en faire le livre porte bannière des éditions Critic. Parce que ce livre peut faire bouger les barrières et prouver que la « littérature d’Imaginaire » est tout simplement de la littérature, que l’on peut avoir des zombies dans un roman, qu’il peut y avoir eu l’apocalypse, et que ce ne soit qu’un prétexte à un roman social imaginant 3 modèles de sociétés au travers de 3 communautés qui tentent d’imaginer un avenir après la fin du monde. Le tout en ayant des répliques drôles, un rythme enlevé et un regard sarcastique sur notre monde actuel.

Ce n’est pas toujours ce que nous recherchons dans les livres que nous publions, mais une chose est certaine, comme l’indique notre slogan, nous voulons publier « des romans que vous ne lâcherez pas ! ». Facile à dire.

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Quel bilan tirez-vous de ces 10 ans d’édition, par rapport aux objectifs que vous vous étiez fixés ? Et quels sont vos projets avec Critic pour les années qui viennent ?

Le bilan est plus que positif, puisqu’au départ l’objectif de publier 2 à 3 titres par an, voire pas du tout si rien ne retenait notre attention, s’est transformé en une vraie et reconnue maison d’édition. Il y a 10 ans si une personne m’avait dit qu’il y aurait 100 titres à notre catalogue en 2019 j’aurais pensé qu’elle était folle. Et je pense qu’effectivement il faut être un peu dingue pour mener une librairie et une maison d’édition de front…

C’est pour ça, comme nous avons encore du temps… que pour les années à venir, vous allez voir la naissance dès 2020 de nos premiers titres BD en collaboration avec les Humanoïdes associés sous le double label des 2 maisons d’édition. Adaptation d’une partie de nos romans et quelques projets inédits dont « L’Histoire de la Science-fiction en bande dessinée » réalisée par Xavier Dollo au scénario et Djibril Morissette au dessin. Et, également, le lancement d’une nouvelle collection en numérique, sorte de laboratoire d’expérimentation, terrain de jeu, pour les auteurs.

Quoiqu’il en soit nous allons nous efforcer de continuer à publier des textes que « vous ne lâcherez pas ! ». Enfin, c’est le but.

Trois livres pour découvrir Critic

Alors là, voici une question bien cruelle, et puis cela va faire des jaloux… Je vous ai dit qu’on était un éditeur de coups de cœur… Bon… Puisqu’il faut trancher :

CVT_Des-sorciers-et-des-hommes_5058Je vous aurais bien dit Le Sabre de sang de Thomas Geha, notre premier livre, très emblématique de ce que nous sommes en tant qu’éditeur, mais l’intégrale ne paraîtra au final qu’en novembre 2020, aussi rabattez-vous sur Des sorciers et des hommes du même auteur. Je vous garantis du plaisir à suivre les aventures de Hent Guer et Pic Caram, deux antihéros qui vont entraîneront dans une fantasy sombre et cynique fort plaisante.

 

critic09-2013Point Zéro d’Antoine Tracqui, car ce manuscrit m’a tout de suite emporté par le ton donné. Antoine Tracqui, c’est un peu notre Jules Verne des temps modernes. Il nous entraîne dans des aventures dingues qui mélangent à la fois histoire, science-fiction, voyage et un côté super-héroïque complètement assumé et jubilatoire qui fait que même au bout de 900 pages, on en redemande ! Malheureusement, l’auteur se fait trop rare et nous attendons son troisième et dernier tome des aventures de la Hard Rescue avec impatience. Petite confidence… il arrive fin 2020 !

41aY-DMKdML._SX210_Dominium Mundi de François Baranger parce que lire ce dyptique complètement dingue de plus de 1300 pages, que l’auteur a mis 10 ans à écrire, c’est comme s’installer dans une spacieuse et confortable salle de cinéma, avec son Dolby atmos 7.1, et s’embarquer pour un space-opéra/planète opéra digne des plus grandes superproductions. Rien que le pitch donne envie. Imaginez une terre où le Pape est redevenu tout puissant et a réinstauré le Dominium Mundi… Où nous sommes revenus à un mode de vie médiéval, mais avec une technologie de pointe… Où des missionnaires découvrent, sur une planète indigène, les restes du Christ. Les vrais. Imaginez une nouvelle croisade… Un vaisseau capable d’accueillir un million d’hommes à son bord…Imaginez encore et encore, vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

CVT_Gurvan-lintegrale_6534Et… Oui, je sais… Vous aviez dit trois titres mais, juste en quelques mots, car je suis également très heureux de proposer la réédition de l’œuvre de Paul-Jean Hérault. C’est un grand monsieur se la SF populaire française qui a fait les heures de gloire de la mythique collection Fleuve Noir Anticipation. Et, pour notre plus grande joie, il continue à fédérer d’anciens fans et continue de recruter des lecteurs. Quoi vous ne connaissiez pas encore… Eh bien, un conseil entrez dans l’univers P.-J. avec Gurvan ou encore Le Chineur de l’espace.

 

Merci à Eric Marcelin pour ses réponses (et joyeux anniversaire !).

Entretien réalisé par Nicolas Hecht

Des salons aux tweets, quand auteurs et lecteurs se rencontrent

Qu’ils soient membres de Babelio ou pas, il n’a jamais semblé aussi facile pour les lecteurs de rentrer en contact avec leurs auteurs préférés. Aux librairies et aux salons littéraires, traditionnels lieux de rencontre et d’échange, se sont ajoutés depuis quelques années des réseaux sociaux tels que Twitter, Facebook ou Instagram.

Ces nouveaux « lieux » ont-ils changé les liens entre lecteurs et auteurs ? Quelle place pour les maisons d’édition dans ce nouvel espace d’échanges dans lequel les barrières entre vie publique et vie privée sont parfois floues ?

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Dans le cadre de son cycle de conférences sur les pratiques des lecteurs, Babelio s’est interrogé sur ces liens à travers une étude présentée le 24 septembre 2019 lors d’une table ronde par Octavia Killian, responsable commercial et partenariat de Babelio et Guillaume Teisseire, cofondateur du site

À leurs côtés, Arnaud Labory, directeur de l’agence La Bande, Marion Marin Dubuard, attachée de presse/chargée de communication chez Hugo Publishing et Serge Joncour, auteur, lauréat du Prix Interallié, ont été invités à partager leurs expériences et approches respectives.

De grandes lectrices en salon

L’étude a été menée du 20 août au 10 septembre 2019. 2906 internautes ont répondu, parmi lesquels beaucoup de femmes (79 %), plutôt jeunes (les deux tranches les plus représentées sont les 25-34 ans et les 34-44 ans). Pour la plupart membres de Babelio, ces derniers sont de grands lecteurs qui lisent plusieurs livres par mois, voire plusieurs par semaine pour certains d’entre eux.

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La fiction contemporaine (française puis étrangère), le polar et les littératures de l’imaginaire constituent le cœur de leurs lectures, acquises pour la grande majorité des répondants au format poche et en librairie ou dans des grandes surfaces culturelles de type Fnac ou Cultura.

De l’intérêt des rencontres physiques

En rentrant dans le vif du sujet, on constate que ces lecteurs et lectrices aiment rencontrer des auteurs et que leur enthousiasme est décroissant avec leur âge. Ainsi, si les 13-17 ans sont 92 % à déclarer aimer rencontrer les auteurs, ils ne sont plus « que » 75 % à être aussi favorables à ce genre de rencontres parmi les 65 ans et plus.

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Les lecteurs vont prioritairement se déplacer pour rencontrer des auteurs qu’ils connaissent et qu’ils ont lus (lire le livre au préalable enrichit les rencontres pour 87 % d’entre eux), même s’ils sont tout de même un certain nombre (55 % pour les hommes et 59 % pour les femmes) à découvrir de nouveaux écrivains par ce biais. La curiosité des lecteurs croît, d’après notre étude, avec leur âge. Ainsi, si 50 % des 13-17 ans privilégient des rencontres avec des auteurs qu’ils connaissent, ce pourcentage tombe à 16 % pour les seniors de 65 ans et plus. Le volume de lecture des répondants a également une influence sur leur curiosité : plus les lecteurs lisent, plus ils vont aller découvrir de nouveaux auteurs en dédicace.

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L’occasion pour Guillaume Teisseire de soulever une question auprès des intervenants : les rencontres sont-elles des outils de conquête de nouveaux lecteurs, d’un nouveau public, ou bien restent-elles surtout un outil de fidélisation de lecteurs déjà acquis à la cause ? Cela dépend des contextes pour l’écrivain Serge Joncour qui cite une tournée des bibliothèques auprès d’un public qui se serait déplacé, quel que soit l’auteur invité. Certains le connaissaient, d’autres l’ont découvert à cette occasion. À l’inverse, les rencontres en plein cœur de Paris à 19h se destinent effectivement, selon lui, à des lecteurs déjà connaisseurs qui veulent absolument voir l’auteur en question et pas un autre. Reste pour Serge Joncour le cadre des salons qui proposent souvent une telle offre d’auteurs que les lecteurs peuvent facilement venir pour « leur » auteur et en découvrir de nombreux autres.

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Pour Marion Marin Dubuard les salons sont bel et bien un espace de fidélisation et un espace de recrutement de nouveaux lecteurs : « Pour notre collection Hugo Thriller, deux ou trois auteurs de la collection se déplacent en même temps, ce qui permet à ceux qui n’en connaîtraient qu’un seul de découvrir les autres et d’avoir une vue plus précise sur la collection. C’est un schéma que nous produisons également dans notre festival New Romance pour lequel 30 auteurs se déplacent. Les lecteurs ont ainsi la possibilité de découvrir des auteurs et devenir peut-être plus attentifs à nos différentes publications. »

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Si la plupart des lecteurs apprécient les rencontres, seule une petite minorité déclare, par timidité, peur d’être déçue, contraintes spatio-temporelles ou simple volonté de s’en tenir à l’œuvre, ne pas vouloir assister à ce type de rencontres. D’ailleurs, la majorité des lecteurs interrogés déclare avoir déjà assisté à une rencontre physique avec un auteur, les clients de librairie étant présents en nombre à ces rencontres.

Quelle économie pour les rencontres ?

Attention, sujet sensible. Les lecteurs ne sont que 5 % à avoir participé à une rencontre payante avec un auteur. Le format est éminemment gratuit même s’il faut bien sûr parfois passer à la caisse lors des salons littéraires (on se souvient des nombreux débats quant au prix des places du Salon Livre Paris, sujet régulièrement remis en cause par les visiteurs ou les auteurs). 22 %, soit près d’un quart tout de même des lecteurs, seraient disposés à participer à des rencontres payantes, à condition qu’il s’agisse d’un format plus long, en plus petit comité que ceux auxquels ils sont habitués.

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Arnaud Labory pense qu’il y a des pistes à chercher « notamment du côté de l’hybridation comme ce que peut faire Olivier Chaudenson avec la Maison de la Poésie ou Les Correspondances de Manosque par exemple qui nécessitent d’avoir un lecteur professionnel et/ou un musicien. C’est quelque chose que l’on peut payer, que l’on doit même payer. Il faut développer ce genre de choses pour rendre la littérature sexy et attractive. Il faut qu’il y ait de plus en plus d’événements, de performances autour du livre. C’est aussi le travail des professionnels du livre : le montrer sous d’autres aspects, plus spectaculaires. C’est, je crois, l’enjeu des années à venir.« 

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Une vision partagée par Marion Marin Dubuard : « Il faut trouver de nouvelles passerelles entre l’auteur et le lecteur et cela peut passer par des événements qui allient différentes pratiques, différents arts. Qu’est-ce qu’on peut proposer pour donner encore plus envie aux gens d’aller vers les livres ? La question du paiement est évidemment importante : qu’est-ce qu’on va proposer, qu’est-ce qu’on va apporter aux lecteurs ?« 

L’auteur de Chien-loup nuance un peu les échanges : « C’est une question compliquée, car j’entends aussi les libraires qui sont inquiets de devoir rémunérer l’auteur quand celui-ci vient pour une rencontre. Il y a un équilibre tellement fragile dans l’édition. Être auteur est un métier sans aucune garantie, totalement périlleux. Il faut porter une forme de flamme.« 

Les dédicaces plébiscitées 

Les salons du livre, foires et autres festivals sont la principale arène de rencontres, devant la libraire, la bibliothèque ou encore Babelio (oui, nous organisons de nombreuses rencontres toute l’année \o/). C’est principalement pour des dédicaces, jugées plus propices aux échanges, que les lecteurs se déplacent même s’ils sont presque la moitié à également assister à une rencontre ou table ronde. Les autres manifestations, lecture d’une œuvre ou atelier d’écriture, ne concernent qu’une minorité de lecteurs.

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La dédicace est également pour les lecteurs le souvenir d’un moment privilégié qui permet à « l’objet livre » de devenir unique : « Après, c’est vraiment MON livre. » Et pour une séance de dédicaces vraiment mémorable (notamment pour les 18-24 ans), l’éditeur ou l’auteur est invité à proposer quelques goodies, une petite attention plébiscitée pas les lecteurs.L_auteur et ses lecteurs - Septembre 2019_p016.jpg

Amis auteurs, rassurez-vous, si les lecteurs aiment prendre une photo lors des dédicaces, c’est principalement pour un usage personnel. En revanche, les lecteurs sont susceptibles de changer d’avis de manière positive ou négative sur un livre, après avoir rencontré son auteur. Une idée qui laisse Serge Joncour songeur : « Cela rend l’exercice encore plus périlleux…« 

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Les lecteurs se déplacent souvent hors de leurs villes pour rencontrer des auteurs même s’ils ne les suivent pas dans plusieurs de leurs déplacements. Des déplacements que Serge Joncour effectue volontiers : « C’est le fait d’être auteur qui m’a permis de voyager et de découvrir autant de villes et de villages en France. J’ai rencontré de nombreuses personnes aux profils très différents à travers mes tournées de librairies. Pour moi, le véritable danger pour un écrivain, c’est de rester seul face à sa page blanche. Pour une rentrée littéraire, je fais à peu près une centaine de déplacements. Je ne vois pas cela comme une corvée, je vois ça comme un cadeau, comme une chance.« 

Des lecteurs connectés

Comment les lecteurs se tiennent-ils informés des événements de rencontre avec les auteurs ? Principalement via les réseaux sociaux des auteurs qu’ils suivent (56 %) ou de leurs maisons d’édition (36 %), leur librairie (53 %), mais aussi la newsletter de Babelio (vous n’êtes pas inscrit ?) ou encore les sites d’actualité littéraire.

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De fait, ils sont 81 % à utiliser les réseaux sociaux, sur Facebook, mais aussi, pour les plus jeunes d’entre eux, sur Instagram. Ainsi, 83 % des 13-17 ans suivent leurs auteurs sur Instagram. Les 65 ans et plus ne sont que 10 % à les suivre sur ce réseau. Sur Facebook, c’est l’inverse ! Twitter reste minoritaire, quelle que soit la tranche d’âge.

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Plus les lecteurs lisent de livres, plus ces derniers disent suivre des auteurs sur les réseaux sociaux même si la moitié des lecteurs se concentrent sur 5 à 10 auteurs. Seuls 18 % des lecteurs interrogés déclarent suivre plus de 20 auteurs sur les réseaux sociaux. Les lecteurs contribuent-ils sur ces pages auteurs ? Cela dépend de leur rythme de lecture : plus les lecteurs lisent, plus ils échangent avec les auteurs sur leurs comptes. Naturellement, les acheteurs en ligne ont des pratiques web plus développées que les clients de librairies et contribuent plus que ces derniers sur ces mêmes comptes.

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Serge Joncour précise tout de même qu’il existe plusieurs types de pages auteur : les pages personnelles tenues par ces derniers, vecteurs de communications qui sortent de la simple promotion avec certes de temps en temps des infos sur les livres ou les articles les concernant parus dans la presse, et les pages auteurs plus professionnelles utilisées uniquement par ces derniers ou par les maisons pour promouvoir leurs œuvres ou lancer des concours : « Ce ne sont pas les mêmes démarches et l’engagement des lecteurs n’est sensiblement pas le même.« 

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Pour Arnaud Labory, le plus important pour un auteur c’est d’être naturel et sincère : « Certains auteurs nous demandent des conseils quand ils signent dans une maison. Ils ne savent pas forcément quoi faire, quel ton prendre. Je leur dis qu’ils n’ont pas à se forcer à parler avec les gens s’ils n’aiment pas ça. Il ne faut pas que les échanges paraissent factices. La maison d’édition doit aussi savoir parfois prendre le relais et créer le contenu pour que l’engagement soit fort si l’auteur n’est pas à l’aise avec les réseaux sociaux. Le seul bémol évidemment, comme le soulignait Serge Joncour, c’est que la relation avec l’auteur est désincarnée.« 

Des auteurs présents sur les réseaux

On a demandé aux lecteurs quels auteurs ils suivaient sur les réseaux sociaux. On retrouve, sans grande surprise, les auteurs parmi les plus populaires en librairie : Maxime Chattam, Franck Thilliez, Virginie Grimaldi, Olivier Norek ou encore Stephen King. Ces auteurs, cités spontanément (à gauche de l’image ci-dessous, la liste des auteurs cités par les lecteurs), ne sont pourtant pas forcément les plus suivis en ligne (à droite de la même image, leur nombre d’abonnés/followers).

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La présence des auteurs sur les réseaux sociaux est quoi qu’il en soit primordiale pour Marion Marin Dubuard même si l’éditeur doit être présent pour l’accompagner en ligne : « Avec la baisse de l’impact de la presse, il est en effet important que les auteurs soient présents sur les réseaux sociaux. Un message posté par un auteur, une annonce peuvent être vus énormément de fois en très peu de temps. On accompagne beaucoup les auteurs pour leur recommander des formats, leur donner des idées sur la meilleure façon d’envoyer un message pour ne pas qu’il soit perdu dans l’immensité d’internet. Nous avons de notre côté assez peu d’auteurs qui ne sont pas sur les réseaux sociaux. » Arnaud Labory de surenchérir : « Les règles des médias sociaux changent tous les jours. C’est à nous de suivre ces règles parfois techniques pour conseiller au mieux les auteurs. Nous ne leur donnons par exemple pas le meilleur horaire pour poster sur Facebook, mais l’heure à laquelle ils se planteront le moins !« 

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Arnaud Labory précise par ailleurs qu’il y a un moment important dans la vie d’un auteur,  quand celui-ci devient une personnalité publique : « Notre travail est souvent de transformer l’écrivain et son livre en « objets » connus et reconnus. Comment va-t-on travailler ensuite ses réseaux sociaux ? C’est peut-être plus le travail du communicant de la maison d’édition de réfléchir à cela. On a récemment dû gérer par exemple un cas particulier autour de Sofia Aouine, une auteure peu connue avant son passage à « La Grande Libraire » et qui a ainsi été exposée au grand public du jour au lendemain. Elle a très rapidement été la cible de critiques odieuses de la part de certains sites d’extrême droite. Comment gérer ce genre d’attaques ? C’est un moment pivot dans la carrière d’un auteur. Dans ces exemples précis, on a dû laisser passer la vague.« 

Qu’attendent exactement les lecteurs de ces pages auteurs ? Avant tout des informations sur leurs nouvelles parutions, sur leurs actualités, mais aussi des extraits ou informations concernant leur travail en cours. Leur vie privée intéresse surtout les plus jeunes même si tous, en très grande majorité, quelle que soit la tranche d’âge, apprécient que les auteurs s’expriment sur des sujets extra-littéraires.

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Ce point sur le manque d’intérêt supposé pour la vie privée des auteurs n’est pas forcément constaté par Marion Marin Dubuard dans le secteur de la New Romance : « Chez Hugo Romance qui regroupe une communauté de grandes lectrices, très fidèles et qui adorent se déplacer en salons, l’échange est primordial et ces dernières aiment beaucoup échanger avec nos auteurs sur les réseaux de façon à connaître leurs plus grandes tristesses et leurs plus grandes joies. Une auteure a récemment annoncé sa grossesse sur les réseaux : les lectrices étaient très nombreuses à lui envoyer des messages de félicitations sur les réseaux sociaux. Nos lectrices apprécient ainsi énormément avoir des instants de vie privée qui les rapprochent de leurs auteurs. Cela leur permet également de mieux comprendre comment elles écrivent. Les éditeurs découvrent ces liens intimes dans les salons ou en festival : elles se reconnaissent même quand elles ne se sont vues qu’une fois.« 

La place de Babelio dans ces échanges

Quid de Babelio ? LE réseau social des livres et des lecteurs ? Et bien si de nombreux auteurs y sont présents et si les membres savent que les auteurs consultent leurs critiques, le site reste avant tout une communauté de lecteurs et ils ne sont que 15 % de lecteurs inscrits à avoir échangé avec des auteurs sur le site. Il s’agit dans la plupart des cas d’échanges autour de leurs critiques de livres. De 13 à 44 ans, les lecteurs sont en majorité persuadés que leur critique peut influencer l’auteur. Les lecteurs de plus de 45 ans sont quant à eux plus circonspects…

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Serge Joncour confirme, comme de nombreux autres auteurs, consulter le site et les critiques publiées sur ses livres – ou sur les nouvelles parutions. Lui-même a un compte de membre sur Babelio mais dit surtout échanger avec ses lecteurs sur le site lorsque sort un de ses romans. Ses échanges avec les lecteurs restent tout de même rares.

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De fait, les lecteurs ne pensent pas que les auteurs devraient forcément répondre aux critiques publiées sur le site. Les lecteurs sont par ailleurs assez peu nombreux à exprimer, à l’écrit ou de visu, des réserves aux auteurs et sont partagés quant à ce qu’ils peuvent dire à ces derniers. Deux lignes jaunes à ne pas franchir : l’intime et la critique non argumentée. Des lignes jaunes probablement partagées par les écrivains et les éditeurs.

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Voici les conclusions de notre étude ! Vous pouvez retrouver la totalité de notre étude ici. Avez-vous également échangé avec des auteurs sur Babelio ou les réseaux sociaux ? N’hésitez pas à partager votre expérience en commentaire de l’article.

 

A la rencontre des membres Babelio (33)

Avec plus de 800 000 utilisateurs, on en croise du monde sur Babelio. Pour que la communauté demeure, malgré son ampleur, un endroit convivial où l’échange est roi, nous avons décidé de vous donner la parole. A l’occasion de la rentrée littéraire, nous donnons la parole à silencieuse1, une lectrice particulièrement férue des nouveautés de la rentrée.

Michèle

Rencontre avec silencieuse1, inscrite depuis le 1er juin 2013.

Comment êtes-vous arrivée sur Babelio ? Quel usage faites-vous du site ?

Une amie lectrice rencontrée lors d’un prix littéraire m’a parlé de Babelio. J’y suis allée et j’ai été d’emblée séduite par son esprit, son ouverture et le sentiment de pouvoir y partager de belles choses. Je poste régulièrement des chroniques, je lis celles qui concernent les livres dont j’ai entendu parler, je cherche des avis autant que des informations. Je me connecte au moins une fois par jour.

Quel(s) genre(s) contient votre bibliothèque ?

Essentiellement de la fiction et du polar. Quelques essais en relation avec mon métier (je suis psychologue) et d’autres liés à mon intérêt pour la musique et le cinéma. J’aime aussi beaucoup la poésie, les textes des surréalistes, Paul Eluard en tête.

Comment choisissez-vous les livres que vous allez lire à la rentrée parmi tous les ouvrages qui sortent en librairie ?

Je fais partie du comité de lecture de Cultura et je vais régulièrement sur NetGalley, Lecteurs.com, Dialogues et bien sûr, je me rends à ma médiathèque, ainsi j’ai accès à l’actualité littéraire. J’ai eu la chance d’être souvent membre du jury de prix littéraires, j’ai gardé de bonnes relations avec certains écrivains, quelques éditeurs et surtout avec de nombreux lecteurs.

Je suis très attirée par les premiers romans et curieuse de découvrir de nouveaux talents. J’ai bien sûr quelques écrivains chouchous dont je lis chaque nouveauté. Je suis moins sensible aux coups médiatiques qui voudraient me faire acheter une tête de gondole ou un titre propulsé par une émission radio ou télévision. Je me méfie aussi des écrivains qui publient à date régulière et ne font plus l’effort d’un réel travail d’écriture.

Quelle est votre première grande découverte littéraire ?

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Mateo Falcone de Prosper Mérimée. J’avais environ 8 ans, ce texte a été un véritable choc et j’en frémis encore aujourd’hui. Une telle intensité dans un texte si court, cette violence des sentiments mais également l’absurdité des codes d’honneur.

Quel est le plus beau livre que vous ayez découvert sur Babelio ?

La déchirure de l’eau de John Lynch. L’histoire d’un garçon de 17 ans qui cherche à découvrir la vérité sur la disparition de son père. Cela se passe en Irlande et c’est merveilleusement bien écrit. Une lectrice avait écrit : « A lire absolument… » J’ai suivi son conseil et je l’en remercie. Mais de manière générale, j’apprécie beaucoup la littérature irlandaise. Je suis rarement déçue.

Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?

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Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Un livre lu et relu, que j’ai offert à tous mes amis (ou presque) ! C’est magistral et chaque lecture est une découverte, c’est un roman à tiroirs, il y a toujours quelque chose qui m’a précédemment échappé.

Quel livre avez-vous honte de n’avoir pas lu ? (à côté de quel classique êtes-vous passé, envers et contre tous)

A la recherche du temps perdu… Je pense que je n’arriverai jamais à dépasser les premières pages !

 

Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?CVT_Le-prince-dOmeyya_2742

Le Prince d’Omeyya d’Anthony Fon Eisen, roman qui raconte le voyage du prince Abd al-Rahman, dernier survivant de la dynastie syrienne des Omeyyades. Je l’ai relu il y a peu de temps, il n’a pas vieilli… C’est un roman d’aventures magnifique qui fait voyager et rêver, une étonnante fresque historique destinée à la jeunesse mais que chacun pourra apprécier.

Tablette, liseuse ou papier ?

Papier de préférence, tablette quand je n’ai pas d’autre choix.

Quel est votre endroit préféré pour lire ?

Ma véranda. Elle fait face à un magnifique rosier rouge, elle garde bien le soleil et est très confortable. Mon chat s’installe sur mes genoux, je sirote une citronnade ou un petit vin blanc et en avant pour des instants magiques d’évasion…

Pouvez-vous nous parler de votre bibliothèque ? (organisation, genres, apparence visuelle, etc.)

C’est le bazar… j’essaie de ranger mais c’est impossible. J’ai presque envie de dire qu’elle est vivante, cela bouge sans cesse. Certains partent, d’autres arrivent. Je n’ai jamais suffisamment de place et je n’ai pas encore trouvé la bonne organisation. Je suppose que dans mon cas, il n’y en a pas !

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Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?

« La terre est bleue comme une orange » – Paul Eluard. (La puissance de l’imaginaire, l’amour, la joie, la vie, le désir, l’harmonie terre/flore…)

Quelle sera votre prochaine lecture ? Comment l’avez-vous choisie ?

Le livre perdu de Leonard de Vinci de Francesco Fioretti… gagné lors de la dernière édition de Masse Critique. Ce livre me permettra de préparer la rétrospective du Louvre.

D’après vous, qu’est-ce qu’une bonne critique de lecteur sur Babelio ?

Une critique courte, concise qui fait état de sentiments, d’émotions après lecture, qui peut résumer éventuellement un contexte mais ne doit en aucun cas raconter le livre, ce que je vois trop souvent et qui m’agace beaucoup. J’ai même lu la critique d’un polar qui nommait le coupable… Ce n’est pas non plus un concours d’érudition.

Une anecdote particulière en rapport avec Babelio ? (rencontre avec auteur ou lecteurs, échange entre lecteurs, découverte littéraire…)

J’ai échangé avec un lecteur de Babelio qui m’a dit habiter Madrid. Quand je suis allée quelques mois plus tard dans cette ville, que je ne connaissais pas encore, je lui ai proposé une rencontre autour d’un café et ce fut un moment d’échange d’une rare intensité. Nous sommes restés en contact et communiquons régulièrement. En plus d’être lecteur, c’est un écrivain espagnol très connu. Une belle amitié était née, merci Babelio !

Merci à silencieuse1 pour ses réponses !

5 romans d’imaginaire pour retourner vers le futur

Elles sont encore trop rares, ces librairies spécialisées dans les littératures de l’imaginaire comme Critic à Rennes, Omerveilles à Grenoble ou L’Octopus à Epinal. Et quand on sait la (minuscule) place laissée à la science-fiction, la fantasy et au fantastique dans les librairies généralistes, il y a vraiment de quoi invoquer Cthulhu… Pourtant, l’intérêt des lecteurs semble inversement proportionnel à ce manque de visibilité dans les circuits traditionnels.

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C’est pourquoi, en ce début de mois d’octobre qui voit s’ouvrir une troisième édition du Mois de l’imaginaire, nous sommes allés rendre visite à une autre fameuse librairie consacrée à ces genres « maudits » : La Dimension Fantastique à Paris. Depuis 2014, cette belle boutique du 10e arrondissement (au 106 rue Lafayette) défend avec conviction la SFFF dans ses rayonnages bien sûr, mais aussi à travers un club de lecture, de nombreuses dédicaces tout au long de l’année, et le salon Imagibière, associant littérature et orge malté, en association avec la Brasserie de l’Etre (réservez votre 19 octobre dès maintenant).

On a donc demandé à Julien de nous conseiller et présenter 5 romans sortis récemment. Auteurs français ou étrangers ; fantastique, SF ou fantasy ; one-shot ou trilogie… voilà une sélection variée qui devrait vous réserver de bonnes heures de lecture.

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Katherine Arden, La Fille dans la tour (Denoël Lunes d’encre)

« C’est le deuxième tome de la Trilogie d’une nuit d’hiver de cette auteure américaine, après son remarqué L’Ours et le Rossignol. On reste dans un récit fantastique qui s’inspire des contes et légendes russes, que Katherine Arden a beaucoup étudiés – elle a d’ailleurs vécu un temps en Russie. C’est vraiment rafraîchissant, bien écrit, on est plongés dans ces univers-là, c’est dépaysant aussi. On parle de trilogie mais chaque tome est indépendant et se lit comme une histoire complète, on ne sent pas forcément que ça donnera lieu à une suite quand on achève sa lecture. Le troisième tome sort l’année prochaine, si mes souvenirs sont bons. »

 

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Franck Ferric, Le Chant mortel du soleil (Albin Michel Imaginaire)

« Voilà un auteur français qu’on suit depuis quelque temps, chez plusieurs éditeurs. Son précédent Trois Oboles pour Charon avait été finaliste du Grand Prix de l’Imaginaire. Franck Ferric revient ici avec un récit autour des dieux, dans lequel on suit un groupe qui ressemble à une peuplade mongole, qui part affronter et tuer le dernier dieu existant. Il y a pas mal d’action et d’aventure, avec en même temps une réflexion métaphysique. C’est riche et bien écrit, plein de surprises, et on est content de retrouver cet auteur, l’un des rares français publiés chez cet éditeur. »

 

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Tade Thompson, Rosewater – Insurrection (Nouveaux Millénaires)

« Et pourquoi ne pas continuer avec un peu de SF, et le deuxième tome d’une trilogie ? L’action se passe en Afrique du Sud, et pour ceux qui l’ont vu ça rappelle immanquablement District 9, le film de Neill Blomkamp. Le premier tome mettait en place l’univers de manière habile, dans un style très fluide et original. Pour moi Tade Thompson fait partie de cette génération d’auteurs étrangers contemporains qui forment une sorte de Nouvelle Vague : dès le premier roman ils se lancent dans une trilogie, et dans le deuxième on a souvent de l’action à fond les ballons. C’est très prenant, on a hâte que le troisième sorte et heureusement l’éditeur ne nous fait pas trop patienter entre chaque volet. Au passage, l’auteur sera aux Utopiales cette année, et il aura certainement pas mal de choses à raconter. »

 

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Sabrina Calvo, Délius, une chanson d’été (Mnémos)

« Là on est sur une réédition, pas une vraie nouveauté. Pas sûr que ce livre soit très connu d’ailleurs, même des amateurs de l’auteure, puisqu’il était uniquement sorti chez J’ai Lu sous l’ancien nom de Sabrina Calvo, David, avant qu’il change de sexe. On a là un texte très fort, avec une certaine poésie, je suis content de le voir réédité et à nouveau en librairie. Il y a un petit côté roman noir, thriller avec un fond historique, le tout dans un univers fictif. Et toujours un fond étrange. Je le recommande souvent à mes clients. »

 

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Rodolphe Casso, Nécropolitains (Critic)

« Une jolie brique pour finir, qu’on attendait depuis un moment – même si on préfère évidemment que l’auteur prenne son temps pour aller vers un texte abouti. Il sort officiellement le 3 octobre, on fait le lancement le 4 à La Dimension Fantastique. L’éditeur est aussi libraire à Rennes, et fête ses 10 ans cette année, et pour eux c’est LA sortie de leur année anniversaire. On est dans la ligne directe en termes de style de son premier roman PariZ, mais ils peuvent se lire indépendamment sans problème. L’action se passe un an après les conflits qui ont ravagé Paris et l’invasion de zombies qui a secoué le monde. On va suivre trois bastions de survie dans la capitale, dans des quartiers assez différents, ce qui permet à l’auteur de jouer sur les codes et clichés autour de Paris, aussi bien du point de vue des Parisiens eux-mêmes que des provinciaux. Ca va sûrement faire partie des gros coups de cœur de fin d’année dans le genre, un peu partout ! »

 

Et pour continuer dans l’imaginaire, on vous propose de visionner ici notre vidéo regroupant 10 auteurs français contemporains de premier plan :

La rentrée littéraire Auzou romans, une collection jeunesse riche en découvertes

Lundi 9 septembre avait lieu chez Babelio la présentation de rentrée de la collection romans des éditions Auzou. Animée par la responsable éditoriale, Krysia Roginski, cette matinée fut l’occasion de présenter un catalogue audacieux et diversifié en présence de quatre auteurs prestigieux : Yaël Hassan, Erik L’Homme, Yann Rambaud et Eric Sanvoisin. Devant un public de lecteurs et de libraires, chaque écrivain a pu parler de son nouveau livre, le tout dans une ambiance conviviale et complice.

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Les éditions Auzou sont d’ailleurs particulièrement attachées à la création littéraire française, puisque leur catalogue compte 90 % d’auteurs francophones. Pour la responsable éditoriale, toute la particularité des éditions Auzou tient dans leur volonté de promouvoir un plaisir de lecture à travers des histoires fortes, émouvantes et drôles avec des illustrations attrayantes et de qualité. Retour sur les romans mis en avant.

Eric Sanvoisin, écrire une préquelle de fantasy

Eric Sanvoisin est notamment connu pour avoir imaginé la Saga des dragons. Son dernier roman L’Homme-dragon (paru le 22 août) en est la préquelle et raconte l’histoire des parents du héros de la saga dans un contexte de guerre acharnée entre les dragons et les hommes. L’Homme-dragon s’adresse aux jeunes lecteurs dès 9-10 ans. Le fait d’écrire une préquelle est une nouveauté pour lui : « Quand j’écris, j’aime bien me lancer des défis parce que ça m’aide à écrire et ça me donne encore plus envie d’écrireEcrire une préquelle, je n’ai jamais fait ça de ma vie. Je le fais parce que ça m’amuse. »

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Par ailleurs bibliothécaire en Bretagne, Eric Sanvoisin raconte sa double expérience : « En tant que bibliothécaire, forcément on a envie que les enfants aiment le livre, on sait bien que ce n’est pas toujours facile. Moi quand j’écris, l’idée que j’ai derrière la tête, c’est d’arriver à séduire des gamins qui n’aiment pas les livres. »

Yaël Hassan, deux romans jeunesse pour la rentrée

Pour cette rentrée, Yaël Hassan nous propose deux romans jeunesse dans des genres assez différents. Le premier, Mytho (paru le 22 août) est coécrit avec Pascal Brissy qui a proposé l’histoire de cette jeune fille menteuse, Yaël Hassan ayant, elle, créé le personnage de la vieille dame écrivaine. « C’est une belle rencontre, à la fois avec l’écriture de Pascal et avec cette histoire que j’ai beaucoup aimé écrire. J’aime bien faire des rencontres improbables. Quand deux personnes qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre, font un bout de chemin ensemble et se révèlent. »

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Avec Lilou ensuite (paru le 12 septembre), Yaël Hassan avait envie de s’adresser aux plus jeunes et inaugure une nouvelle tranche d’âge (9-11 ans) avec les aventures d’une petite fille en fauteuil roulant. « Je n’avais pas du tout envie de faire quelque chose de larmoyant, de pathétique. Je voulais que cette petite fille incarne la joie de vivre, soit extrêmement positive et se lance des défis inatteignables pour elle. » En écrivant les aventures de Lilou, l’auteure a décidé d’en faire une série pour continuer à décliner tous les objectifs que cette petite fille voulait atteindre. Vous pourrez retrouver prochainement Lilou dans d’autres tomes à paraître.

L’idéal sociétal de Yann Rambaud

L’idée derrière L’Epopée de Sem, dernier roman de Yann Rambaud (paru le 12 septembre), vient d’une nouvelle qu’il a écrite il y a quelques années. Avec ce roman, l’auteur développe cette idée avec un univers fantastique que l’on peut dater à l’Age de fer, où la nature reprend ses droits et où les humains sont plus des proies que des prédateurs. « J’ai l’impression que dans la littérature et les arts, il y a deux grands thèmes dont tout est dérivé : c’est l’amour et la mort, qu’on retrouve partout et qui nous agitent en tant qu’êtres humains. Dans Sem, le récit est devenu presque quelque chose de shakespearien, d’épique. »

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Bien que le cadre soit très primitif, le roman met en scène un personnage vivant dans une communauté d’environ trois cents personnes aux lois égalitaires : « Comme je suis travailleur social, j’avais envie de mettre dans cette société mon idéal au niveau sociétal, c’est-à-dire une parité parfaite, une solidarité, une tolérance… ». Le rapport à la nature est également très présent à travers la religion animiste, sur le modèle des peuples amérindiens. L’ouvrage est destiné aux enfants à partir de 10-11 ans mais également aux jeunes adultes et aux adultes grâce aux deux niveaux de lecture proposés. L’univers ainsi créé par Yann Rambaud se déclinera sur deux tomes dont vous pouvez retrouver le premier tome en librairie dès à présent.

Erik L’Homme ou comment conjuguer l’amour de la nature et la passion pour la littérature

Pour sa première contribution à un recueil de nouvelles avec Au cœur de la forêt, Erik L’Homme est très fier de participer à cet ensemble de textes sur le thème des arbres et de la forêt. Il s’agit en effet d’une thématique qui le touche particulièrement en tant qu’amoureux des arbres. Le recueil comprend un ensemble de dix nouvelles qui abordent la forêt et les arbres sous des angles très différents. Erik L’Homme a choisi lui de surprendre, et au lieu de choisir un genre fantastique a préféré écrire une nouvelle réaliste, inspirée d’une histoire vraie. « Ce qui me plaît dans ce thème de l’arbre et de la forêt c’est que l’arbre peut avoir un côté utile avec l’oxygène et l’ombre qu’il apporte, mais l’arbre c’est aussi bien davantage. Le jour où il n’y aura plus d’arbres, il n’y aura plus d’hommes. Je suis farouchement persuadé que l’homme reste humain grâce aux arbres. Il y a un petit peu de végétal au fond de nos gènes et ce n’est pas pour rien, nous sommes intrinsèquement liés aux arbres et à la forêt. »

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Les éditions Auzou s’inscrivent également dans une démarche écologique puisque l’ensemble des droits d’auteurs de ce recueil seront reversés à l’association Up2Green Reforestation qui œuvre pour la plantation d’arbres fruitiers en Inde. Selon Gauthier Auzou, directeur des éditions Auzou et également présent ce matin-là : « Le seul bémol du métier d’éditeur, c’est d’être obligé d’abattre des arbres pour publier des livres », d’où la volonté de s’impliquer davantage dans la protection de l’environnement à travers cette démarche.

Quelques conseils d’écrivains…

Réunir quatre écrivains autour d’une même table, c’était l’occasion rêvée pour parler d’écriture et partager quelques anecdotes amusantes sur le métier d’auteur.

Chaque auteur a sa propre méthode d’écriture. Yaël Hassan préfère écrire ses livres à la main : « J’ai toujours dit que le verbe « écrire » c’est tenir un crayon et noircir des pages. Sur un ordinateur on tape un texte. Moi je n’ai pas envie de taper mon texte, il ne m’a rien fait. C’est une torture de taper un texte. » Erik L’Homme préfère, quant à lui, écrire à l’ordinateur bien qu’il ait débuté l’écriture avec une machine à écrire : « Aujourd’hui ce qui est très amusant c’est que j’ai gardé toutes les habitudes que j’avais avec ces vieilles machines. Bien que je dispose d’un ordinateur dernier cri qui appelle l’effleurement des touches, je tape encore comme un malade ! En bibliothèque, ça me pose des problèmes et les gens viennent me voir pour me demander d’arrêter de faire du bruit. »

La rencontre se conclut avec la métaphore de l’architecte et du jardinier pour décrire les méthodes d’écriture de chacun. Explication : « On peut classer les écrivains en deux catégories même si l’on n’est pas forcément tout l’un ou tout l’autre. Le jardinier plante sa graine qui pousse sans que l’on ne sache où cela va aller alors que l’architecte ne démarre rien s’il n’a pas fait son plan avant. » Autour de la table, Yaël Hassan et Eric Sanvoisin s’identifient plus aux jardiniers tandis que Yann Rambaud et Erik L’Homme se considèrent comme des écrivains architectes… A chacun sa méthode !

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Revivez en images la matinée de rentrée des éditions Auzou avec notre vidéo :

Salon Fnac Livres 2019 : du bel ouvrage !

Chaque année, le Salon Fnac Livres ressemble un peu à une pochette surprise de rentrée, à l’image de ce nouveau cartable d’écolier qui pouvait à lui seul nous convaincre de franchir la grille et rejoindre la salle de classe. Alors cette année encore, on poussera avec plaisir les portes de la Halle des Blancs-Manteaux à Paris (48 rue Vieille du Temple, 4e) pour ces trois jours de rencontres, dédicaces et conférences, dans ce superbe bâtiment aux airs de temple de la littérature et de gigantesque librairie éphémère.

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Mais au fait, que trouve-t-on d’alléchant au programme de cette édition 2019 ? Son invité d’honneur, déjà, Bret Easton Ellis himself, de nouveau sous le feu des projecteurs depuis la parution de son dernier livre White en français au printemps dernier. L’auteur d’American Psycho et Lunar Park se prêtera à un grand entretien le vendredi 20 septembre à 20h, avant de s’attabler pour une séance de dédicaces à 21h. Rayon auteurs étrangers toujours, Siri Hustvedt et Jonathan Coe auront eux aussi leur grand entretien, respectivement le samedi 21 à 20h30 et le dimanche 22 à 14h25, en marge de la sortie française de leurs livres Souvenirs de l’avenir et Le Cœur de l’Angleterre.

Un « trio de tête » qui ne doit bien sûr pas nous faire oublier une liste impressionnante de débats et signatures avec des auteurs français de premier plan de cette rentrée littéraire, qu’il soient déjà célèbres et célébrés, ou débutants et déjà repérés. Voici donc pêle-mêle quelques-uns des noms à retenir : Laurent Binet, Brigitte Giraud, Aurélien Bellanger, Monica Sabolo, Boris Cyrulnik, Aurélie Champagne, Guillaume Musso, Nathacha Appanah, Alejandro Jodorowsky (voir ici notre vidéo), Josiane Balasko, Mathieu Palain (voir ici notre vidéo), Karine Tuil, Vincent Message, Cécile Coulon, Fabrice Luchini.

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Impossible de lister ici toutes les rencontres qui valent elles aussi le déplacement jusqu’au cœur de la Ville Lumière, mais sachez tout de même que Pierre de Babelio animera trois rendez-vous sur la scène du Salon : un entretien avec Alexandre Jardin sur le thème « Lire et faire lire » le samedi 21 à 11h25, une autre le même jour avec Fatou Diome autour de « Amour et liberté » à 20h, et enfin une dernière rencontre avec Valentine Goby à 17h10 le dimanche 22 pour « Réparer le corps ».

En ouverture de l’événement le 20 septembre, l’invité d’honneur remettra le 18e prix du Roman Fnac à Bérangère Cournut pour De pierre et d’os paru chez Le Tripode. Sélectionné par 400 libraires et 400 adhérents Fnac, la lauréate 2019 succède ainsi à Adeline Dieudonné, récompensée l’an passé pour La Vraie Vie (L’Iconoclaste) – dont vous pouvez retrouver l’interview sur Babelio ici.

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Autant de bonnes raisons de sortir de chez vous le week-end du 20 au 22 septembre, et de (re)découvrir ce salon littéraire qui a su s’imposer comme un rendez-vous incontournable en seulement quatre éditions.

Retrouvez ici le programme complet :

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– Cliquer sur l’image pour l’agrandir –

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– Cliquer sur l’image pour l’agrandir –

Nos interviews de la rentrée littéraire 2019

En cette rentrée littéraire 2019, vous pouvez découvrir sur les tables des librairies plus de 500 romans français et étrangers parus entre août et octobre. Une moisson de bonnes feuilles impressionnante, dans lesquelles nous nous sommes plongés pour vous proposer une sélection aussi subjective que variée.

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Nous vous proposons ainsi de retrouver dans cet article nos interviews écrites et vidéo des livres que l’on a eu envie de lire et de vous faire (re)découvrir à travers les mots de leurs auteurs. Cet article sera actualisé régulièrement avec de nouvelles interviews et contenus jusqu’à la fin de l’année 2019, donc n’hésitez pas à visiter cette page régulièrement.

Et comme à chaque rentrée, on vous propose de tenter de lire ensemble tous les livres de la rentrée parus et à paraître (!), dans notre défi de lecture annuel. Puisque « l’union fait la force » et que Babelio compte désormais plus de 800 000 membres, voilà une mission qui semble loin d’être impossible. Alors bonnes lectures à vous !

 

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Miriam Toews, Ce qu’elles disent (Buchet-Chastel)

Le 21 juin dernier, nous recevions chez Babelio l’auteure canadienne Miriam Toews pour une soirée autour de son dernier livre. Un roman écrit après la découverte d’un fait divers effroyable : le viol de 130 femmes et filles au sein d’une communauté mennonite bolivienne, par d’autres membres de cette communauté. Avec Ce qu’elles disent, Miriam Toews – elle-même issue d’une famille mennonite – imagine un après pour ces femmes, à travers trois jours de discussions autour de l’avenir qu’elles décident de se choisir : ne rien faire ; rester et se battre ; partir.

Retrouvez également notre compte-rendu écrit de cette soirée lors de laquelle l’auteure a pu rencontrer 30 de ses lecteurs

 

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Irina Teodorescu, Ni poète ni animal (Flammarion)

 

Comment parler de ce qui fait les révolutions, des ferments qui poussent un peuple à se soulever contre un pouvoir en place ? A cette question, Irina Teodorescu répond dans son dernier livre en mettent en scène trois générations de femmes (une grand-mère, une mère et une fille) dans la Roumanie de 1989, peu avant la chute du couple Ceausescu. Un texte composite fait de comptes-rendus d’enregistrements, d’entretiens, et du récit de souvenirs pour raconter le destin d’un pays et d’une famille.

Retrouvez notre interview d’Irina Teodorescu

 

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Christophe Tison, Journal de L. (Editions Goutte d’Or)

 

Près de 65 ans après la publication en France du célèbre Lolita de Vladimir Nabokov, Christophe Tison donne enfin une voix à son personnage éponyme. Dans ce roman écrit sous la forme d’un journal intime, l’adolescente la plus célèbre de la littérature raconte son road trip dans l’Amérique des années 1950, ses ruses pour échapper à son beau-père, ses envies de vengeance, ses amours cachées, ses rêves de jeune fille. Un changement de perspective qui nous permet d’appréhender ce personnage différemment, loin de ce que le terme « lolita » laisse aujourd’hui entendre.

Retrouvez notre interview de Christophe Tison

 

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Olivier Dorchamps, Ceux que je suis (Finitude)

 

Dans son premier roman, Olivier Dorchamps présente le deuil comme une sorte de voyage initiatique à travers le personnage d’un fils (Marwan) qui ne comprend pas pourquoi son père, garagiste à Clichy, a souhaité être enterré à Casablanca. Commence alors pour lui une quête des origines dans un pays qu’il connaît mal, et qui va pourtant lui permettre de comprendre d’où il vient et qui il veut être.

Retrouvez notre interview d’Olivier Dorchamps

 

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Victor Jestin, La Chaleur (Flammarion)

 

Le crissement des tongs sur le sable, la musique minable de la sono. Les couleurs criardes des tentes. Le bonheur factice des vacanciers. Voilà ce que Victor Jestin nous donne à voir d’un camping du Sud de la France, à travers les yeux d’un adolescent en pleine crise, mutique et hermétique aux plaisirs préfabriqués de l’été. Jusqu’à cette nuit durant laquelle il regarde mourir Oscar, avant de l’enterrer. Un premier roman houellebecquien, comme un frisson dans le dos en pleine canicule.

Retrouvez notre interview de Victor Jestin

 

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Jean-Philippe Toussaint, La Clé USB (Editions de Minuit)

 

La Clé USB ouvre un nouveau cycle romanesque dans l’œuvre de Jean-Philippe Toussaint. Voilà un livre qui se joue des genres et dévoile d’autres facettes du talent de l’auteur : s’il débute comme un roman policier avec un fonctionnaire de la Commission européenne qui mène l’enquête sur une fraude aux bitcoins, c’est finalement un événement bien plus intime qui clôt le récit. Pour dire le monde contemporain, l’auteur de La Vérité sur Marie choisit une fois de plus de développer les aspects les plus banals de l’existence, en tout cas à première vue.

Retrouvez notre interview de Jean-Philippe Toussaint

 

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Elisabet Benavent, Dans les pas de Valeria (L’Archipel)

 

En parallèle de la publication de nos entretiens habituels, nous vous proposons aussi des traductions des interviews publiées sur la version espagnole de Babelio. Aujourd`hui, la parole est à Elisabet Benavent, auteur du livre Dans les pas de Valeria, une comédie romantique madrilène dans laquelle il est question d’amitié entre filles & de relations amoureuses plus ou moins compliquées…

Retrouvez notre interview d’Elisabet Benavent.

 

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Youssef Abbas, bleu blanc brahms (Jacqueline Chambon/Actes Sud)

 

Comme beaucoup, vous vous rappelez sans doute où et avec qui vous étiez ce 12 juillet 1998, soir de la Coupe du monde de football. Cette soirée très spéciale dans la mémoire des Français, Youssef Abbas l`utilise en toile de fond de son premier roman pour raconter trois destins de banlieusards dont l`histoire va basculer ce jour-là. Ou comment redonner une voix et une histoire à une frange de la population qu`on entend trop peu par ailleurs.

Retrouvez notre interview de Youssef Abbas

 

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Mathieu Palain, Sale gosse (L’Iconoclaste)

Sale gosse, premier roman de Mathieu Palain, est né suite à un reportage à la Police Judiciaire de la Jeunesse à Auxerre, afin de raconter au plus près la vie d’un jeune délinquant qui cherche à s’en sortir. Né de l’envie, aussi, d’humaniser des individus trop souvent perçus uniquement à travers les délits qu’ils ont commis. Un livre qui nous présente comme un instantané de la France en 2019, avec ses problèmes sociaux, sa criminalité, mais aussi la possibilité de se créer une vie meilleure.

 

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Rentrée littéraire jeunesse : Auzou Romans

Le 9 septembre dernier, Auzou Romans venait présenter chez Babelio sa rentrée littéraire 2019. Une rentrée sous le signe des auteurs francophones, puisque l’accent était clairement mis sur la production hexagonale cette année. C’est donc en présence des auteurs Yann Rambaud, Yaël Hassan, Erik L’Homme et Eric Sanvoisin (accompagnés de leur éditrice Krysia Roginski) que l’on a pu en apprendre plus ce matin-là sur les 5 livres publiés en septembre dans cette collection.

Retrouvez également notre compte-rendu écrit de cette matinée de présentation

 

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Nadine Ribault, Les Ardents (Le Mot et le Reste)

C’est sans doute l’un des livres dont vous entendrez trop peu parler en cette rentrée littéraire 2019, et pourtant : Les Ardents envoûte comme un feu puissant. L’action se situe au XIe siècle, dans un Moyen Age des plus sordides et sombres. Isentraud dirige d’une main de fer le royaume de Gisphild, avec la plus grande cruauté. Quand son fils épouse Goda, une étrangère à l’allure « romaine », la marâtre voit rouge. Pendant ce temps, le mal des Ardents (ergotisme) se répand dans la région et dévore de l’intérieur la population, alors que la guerre s’approche inexorablement. Sous des airs de conte pour adultes terrifiant, Les Ardents peut aussi se lire comme un métaphore politique dans laquelle les royaumes maudits évoquent ces gouvernements qui provoquent leur propre chute, en dépit du bon sens.

Retrouvez notre interview de Nadine Ribault

 

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Marion Brunet, Sans foi ni loi (PKJ)

Bang bang ! Marion Brunet nous revient en cette rentrée littéraire avec un nouveau livre jeunesse, un western féminin intitulé Sans foi ni loi. Loin du rôle de faire-valoir face à des cowboys hirsutes, trop souvent observé dans le genre, les femmes tiennent ici une place centrale et décisive. L’auteure s’est prêtée au jeu de l’interview face caméra à travers 5 mots : « Liberté », « Femme », « Personnage », « Rencontre » et « Cinéma ». Découvrez ce livre à travers les mots de Marion Brunet.

 

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Sofia Aouine, Rhapsodie des oubliés (La Martinière)

Sur les pas d’Antoine Doinel dans Les Quatre Cents Coups de François Truffaut, Sofia Aouine nous propose avec Rhapsodie des oubliés, son premier roman, de suivre le quotidien d’Abad, jeune garçon turbulent vivant dans le quartier populaire de la Goutte-d’Or à Paris. A travers des thèmes graves comme la précarité, la prostitution ou l’intégrisme, l’auteure signe une ode à la solidarité et à la part d’enfance qui reste en chacun de nous.

Retrouvez notre interview de Sofia Aouine

 

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Felix Macherez, Au pays des rêves noirs (Editions des Equateurs)

Dépité par le monde contemporain et sa vie parisienne, Felix Macherez décide en 2017 de partir sur les traces d’un de ses auteurs fétiches : Antonin Artaud. Un voyage qui le conduira au fin fond du Mexique, jusque chez les Tarahumaras, peuple qu’Artaud a côtoyé dans les années 1930. Entre récit de voyage et journal intime, Au pays des rêves noirs raconte une quête d’un monde perdu, un chemin spirituel et terrestre vers un absolu forcément inatteignable.

Retrouvez notre interview de Felix Macherez

 

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Jean-Baptiste Andrea, Cent millions d’années et un jour (L’Iconoclaste)

Jean-Baptiste Andrea avait séduit de nombreux lecteurs avec son premier roman Ma Reine. L’ancien réalisateur revient en librairie avec un nouveau roman chez L’Iconoclaste intitulé Cent millions d’années et un jour, l’histoire d’un paléontologue qui décide de poursuivre un vieux rêve en gravissant la montagne – jusqu’à tomber dans la folie ? L’auteur nous présente dans cette vidéo son livre à travers 5 mots.

 

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Saverio Tomasella, Ultrasensibles au travail (Eyrolles)

Nous y passons la majorité de notre temps et de notre vie, mais peut-il être compatible avec notre sensibilité ? Le travail et l’ultrasensibilité sont au cœur du nouveau livre de Saverio Tomasella, Ultrasensibles au travail. Le mercredi 19 septembre dernier, l’auteur et psychanalyste est venu échanger autour de ce sujet avec 30 lecteurs Babelio : c’était l’occasion pour lui d’expliquer sa démarche et de donner des conseils pratiques à chacun, pour être plus libre et épanoui au travail.

 

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Jim Fergus, Les Amazones (Le Cherche-Midi)

Dans Les Amazones, ultime volume de la trilogie Mille femmes blanches, Jim Fergus raconte la lutte des femmes et des Indiens face à l’oppression, depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à aujourd’hui. Il vous propose de plonger dans une nouvelle épopée romanesque où il dresse des portraits de femmes inoubliables. Et si vous n’êtes pas encore convaincu, nous vous invitons à l’écouter en parler, dans cette vidéo réalisée juste avant la rencontre avec l’auteur qui avait lieu à Paris il y a quelques semaines.

 

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Adam Bielecki, Le gel ne me fermera pas les yeux (éditions Paulsen)

« Il y a souvent des gens qui affirment que les grimpeurs ne respectent pas la vie en la risquant pour rien. Je pense tout le contraire : pour apprécier quelque chose vous devez d’abord en sentir le manque. »

A l’occasion de la sortie de son livre Le gel ne me fermera pas les yeux aux Editions Paulsen, nous nous sommes longuement entretenus avec Adam Bielecki, l’un des plus audacieux himalayistes de sa génération. Il est question de sommets aussi bien montagneux que littéraires.

Retrouvez notre interview d’Adam Bielecki

 

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Philippe Delerm, L’Extase du selfie (Seuil)

À l’occasion de la parution de ses derniers « instantanés littéraires », L’Extase du selfie, Philippe Delerm est venu rencontrer 30 lecteurs Babelio le jeudi 26 septembre 2019. Il a ainsi pu échanger avec eux autour de Proust, des gestes qui nous trahissent et de ces instants de la vie quotidienne qu’il aime observer chez ses contemporains.

 

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Stéphane Heuet, A la recherche du temps perdu (Delcourt)

Adapter Marcel Proust en BD, pari impossible ? C’est pourtant celui que tient Stéphane Heuet depuis bientôt 25 ans. A l’occasion de la sortie du pénultième album de cette adaptation publiée chez Delcourt, le dessinateur est revenu sur son travail acharné autour d’une oeuvre réputée pourtant inadaptable. Un travail à découvrir à travers les 5 mots choisis par Stéphane Heuet dans cette vidéo.

Quand Miriam Toews nous fait entendre « ce qu’elles disent »

Si vous avez suivi la récente affaire #metoo (ou sa version française nettement plus directe dans son énoncé, #balancetonporc), vous avez enfin réalisé – s’il en était encore besoin – qu’il y a encore des progrès à faire pour ne serait-ce qu’effleurer un jour une potentielle égalité des sexes. Qu’il s’agisse des conditions de travail et de rémunération, de parité dans les institutions, ou tout simplement de respect dans la rue, les femmes font parfois figure d’êtres humains de seconde zone. Et si vous avez été choqué(e) par les remous de ces accusations de viols et de maltraitance, vous risquez bien de tomber de votre chaise en lisant le dernier roman de Miriam Toews, Ce qu’elles disent.

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Les raisons de la colère

Avant d’entrer dans le vif du sujet de ce livre, une petite précision s’impose : parce qu’il faut bien naître quelque part, Miriam Toews a vu le jour en 1964 dans une communauté mennonite de la province de Manitoba, au Canada. Or naître dans ce type de communauté religieuse implique d’en rester prisonnier à vie. Ou bien d’en partir en abandonnant une partie de ses proches. Autant vous dire que si elle ne l’avait pas quittée à l’âge de 18 ans, l’auteure n’en serait probablement pas devenue une, et aurait eu peu de chances de passer la porte des locaux de Babelio pour nous faire l’honneur de sa présence ce 21 juin 2019 pour cette rencontre avec 30 lecteurs.

En 2011, elle découvre un terrible fait divers touchant une communauté mennonite bolivienne ultra conservatrice : le viol de 130 femmes et filles droguées pour être abusées, de 2005 à 2009. Une communauté qui porte le même nom que sa région d’origine, Manitoba. Ecrire un livre sur ce sujet devient très rapidement une évidence pour elle, et une obsession : « J’ai mis beaucoup de temps à l’écrire, j’en ai beaucoup parlé. Ma sœur est tombée malade, s’est suicidée, et je ne pensais plus pouvoir écrire. Ca a été dur d’en venir à bout. » Car si la colonie de Steinbach où elle a grandi reste sensiblement moins extrémiste que son pendant bolivien ultra orthodoxe et patriarcal, les interdits et la rigidité de ce groupe de personnes l’ont marquée à vie. C’est parce qu’elle aurait pu être l’une de ces femmes que Miriam Toews a senti le besoin impérieux de leur donner une voix, une identité, et de faire connaître leur situation.

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La colonie, cette île sans navire

On a aujourd’hui du mal à imaginer ce que Miriam Toews décrit dans son livre. D’où, peut-être, le recours à la fiction comme passage inévitable pour faire comprendre cet état de fait. Alors lisons et imaginons : être une femme dans cette communauté mennonite bolivienne, la colonie de Molotschna, implique de ne jamais apprendre à lire et à écrire, mais simplement de recevoir en guise d’éducation une lecture biaisée du Nouveau Testament permettant aux hommes d’asseoir leur domination et donc de pérenniser la soumission de l’autre sexe, au-delà de toute considération religieuse ou métaphysique. Evidemment, pour préserver cette ignorance les contacts avec d’autres populations sont limités, voire proscrits. Ces femmes ne connaissent absolument rien du pays dans lequel elles vivent et parlent d’ailleurs une autre langue que l’idiome national : le Plautdietsch, un bas allemand apparu au XVIe siècle en Prusse orientale. Une langue qui les enferme un peu plus dans une intemporalité effrayante, ou du moins un passé qui ne veut pas passer.

Dans ce contexte, le simple fait de se rassembler pour parler va déjà à l’encontre des règles de la communauté – voilà pourquoi elles le font en l’absence des hommes, cachées dans un grenier à foin.

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8 femmes pour un huis clos

Ce qu’elles disent reprend donc un fait divers là où il s’est arrêté, loin des considérations scabreuses de ces crimes en eux-mêmes. Ce qui a intéressé Miriam Toews, c’est de savoir si un avenir est possible pour ces femmes et leurs enfants, si un épanouissement est encore envisageable, que ce soit au sein ou à l’extérieur de cette communauté. Voilà pourquoi le livre nous invite à suivre deux jours de conciliabules entre 8 femmes de tous âges issues de deux familles, les Loewen et les Friesen, pour décider de leur avenir. Dès le début, trois possibilités s’offrent à elle : ne rien faire ; rester et se battre ; partir. Trois alternatives qui posent chacune leur lot de questions, de problèmes, et donnent lieu à de longues discussions philosophiques et métaphysiques.

Et puisque ces femmes ne savent ni lire ni écrire, c’est August Epp, un représentant de sexe masculin (mais pas considéré comme un homme par la communauté), enseignant mennonite ayant fui un temps Manitoba, qui est chargé de rédiger les minutes de ces réunions des 6 et 7 juin 2009. Commencent alors des débats très animés, entre maïeutique (cet art de faire accoucher les esprits) et digressions du narrateur, dont on découvre peu à peu le passé, ainsi que son amour pour une représentante de la famille Friesen : la charismatique Ona.

Ô ironie, un homme chargé d’écrire et de narrer les moments les plus décisifs de la vie de ces femmes, mais aussi de tenter d’éveiller les consciences autour de lui, par l’éducation. Et l’auteure de préciser : « Au final, ce compte-rendu ne leur sert à rien car elles ne lisent pas. Mais elles sentent que quelque chose d’important se passe et elles veulent en garder trace. »

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Crise de foi

Les responsables masculins de la communauté qui les asservissent se reposent essentiellement sur une interprétation des Ecritures. Hors fiction, lorsque ces événements sont survenus en Bolivie, la réaction des hommes a été dans un premier temps de faire croire aux victimes qu’elles avaient incité le Diable à les violer, ou bien qu’il s’agissait de démons et de fantômes agissant la nuit. Or une de ces femmes a réussi une nuit à assommer l’un de ses agresseurs, bien humain, s’apercevant au passage qu’il s’agissait d’un des membres de sa famille.

Le dogme représente une part tellement centrale de leur identité qu’à aucun moment ces femmes ne mettent en cause la religion. Toutes les discussions se fondent sur le cadre strict de leur foi, de leur croyance, comme si elles tentaient de créer un lien plus direct avec Dieu. Une nouvelle religion. Comme si ce qui les asservissait pouvait aussi les libérer, à l’image du langage.

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Prisonnières hors du temps

Si la lecture peut être considérée comme une expérience hors du temps, voilà un roman qui offre un grand moment de lecture. Un temps suspendu comme une corde nouée autour du cou de chaque Loewen et de chaque Friesen, dont la plupart des représentantes ont été violées, et qui sont plus maltraitées que les animaux qui les entourent. L’une d’entre elles précise d’ailleurs : « Nous ne sommes pas des membres de Molotschna, mais des femmes. » On en oublie parfois que le récit ne se déroule pas au XIXe siècle. Alors quand une référence musicale des années 1960 (le morceau California Dreamin des Mamas and the Papas) et une autre des années 1990 (August Epp participant à une rave party en Angleterre) font brusquement écho à notre époque, la claque symbolique est d’autant plus violente.

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Miriam Toews s’est fait une spécialité des sujets durs, voire carrément dramatiques. Son précédent livre Pauvres petits chagrins (2017) racontait la lente dégradation de santé mentale de sa sœur, qui a fini par se suicider (comme son père avant elle) ; des troubles psychiques courants dans la communauté mennonite, d’après l’auteure. Pourtant malgré la noirceur, l’humour est toujours bien présent, en même temps qu’une douceur (ici l’histoire d’amour entre August et Ona) qui rend supportable le pire. On imagine que l’écriture de ce livre a été une dévoration, que comme l’a si bien dit René Char, « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ». Pour conclure, on préférera ces quelques mots de Grégoire Lacroix, comme un baume dans la continuité de ce livre : « L’humour, c’est ce qui évite à la lucidité de tomber dans l’amertume. »

Pour découvrir plus en profondeur ce livre, vous pouvez visionner cette vidéo « Les 5 mots de Miriam Toews », dans laquelle l’auteure revient sur son livre et ses intentions :

Un grand merci à Fabienne Gondrand pour avoir interprété nos échanges.

Découvrez Ce qu’elles disent de Miriam Toews, publié aux éditions Buchet Chastel

Faites de beaux rêves avec Marilyse Trécourt

« L’art a une vertu thérapeutique qui m’intéresse. Ça peut nous révéler d’une autre façon. » Le mois dernier, Marilyse Trécourt venait chez Babelio pour présenter à trente lecteurs son dernier roman, Une vie plus belle que mes rêves, l’histoire de Louise qui, pour sortir de son quotidien aseptisé, décide de se remettre à sa passion d’enfance : le dessin. Un choix qui risque de bouleverser sa vie… Art, résilience, rêves, peur et choix de vie sont autant de thèmes qui ont été abordés dans une discussion pétillante et inspirante avec l’auteure le 11 juillet dernier.

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Une vie plus belle que nos peurs

« Louise est une jeune-fille qui a peur de tout, c’était ça le petit jeu de départ » nous a expliqué Marilyse Trécourt à propos de son personnage principal. « Elle a peur d’être elle-même. » Le personnage de Louise a 34 ans et semble avancer dans la vie avec des œillères, sans apprendre, sans chercher à panser les blessures du passé, enchaînant les CDD, sans envie ni projet précis, juste pour tranquilliser ses parents et son conjoint, Sam. Ce roman va la voir évoluer, se redécouvrir et changer, permettant ainsi à son auteure d’aborder des thèmes qui lui sont chers. « Je l’ai choisie parce qu’elle m’est familière. […] Je ne suis pas Louise mais les peurs ont été un frein pour moi pendant longtemps et un jour j’ai dit stop ! Le choix, pour moi, est une vraie thématique. La recherche identitaire aussi. Ces thématiques me sont chères parce que je ne saurais faire autre chose. » L’âge des personnages, qui approchent de la quarantaine, n’était par ailleurs pas un choix anodin. « Je pense qu’autour de la quarantaine, on se pose plein de questions, on fait le bilan, c’est un moment charnière ! »

« Je voulais expliquer pourquoi Louise a ces peurs, d’où elle venait. » Dans son roman, en effet, on comprend au fil de l’histoire la façon dont s’est construit ce personnage. Son enfance, d’abord, avec des parents très protecteurs. « Tout dépend du contexte, bien sûr, mais quand on a un enfant, pense Marilyse Trécourt, il ne faut pas lui communiquer sa peur. Sinon, à la première difficulté, ils tombent de haut. Cela n’aide pas à être audacieux. » Son couple, aussi, avec un compagnon parfois étouffant, qui a déplu à certaines lectrices présentes ce soir-là… « Non, ce n’est pas quelqu’un de mauvais ! s’en défend pourtant l’auteure. Il a ses propres peurs. Sam est comme tout le monde : il a ses blessures. Il se réfugie dans ses peurs à lui et les transmet à Louise. » Mais plus que de comprendre Louise, ce roman permet de la sauver : « Ses peurs, elle va pouvoir en faire une force. »

« On a tous peur à un moment donné, reconnaît Marilyse Trécourt, selon qui beaucoup de lecteurs pourraient s’identifier à Louise. Et quand ces peurs sont irrationnelles, c’est dommage, car ce sont des peurs qui peuvent être surmontées. Il faut les voir autrement. Se dire qu’on peut le faire. Et une fois que c’est fait, quand on se retourne, on a un sentiment de joie, de fierté. Donc on peut s’attaquer à une autre peur. »

S’attaquer à ses peurs grâce à la fiction, voilà ce que le roman Une vie plus belle que mes rêves propose. Quant à savoir si cela fonctionne, cela a en tout cas été efficace pour une personne : Marilyse Trécourt elle-même, pour qui l’écriture a bien des vertus : « mes romans me sont aussi thérapeutiques… »

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Une vie plus belle qu’un feel good book

Souvent associée à la littérature feel good, des romans qui vous veulent du bien dont des auteurs comme Raphaëlle Giordano ou Laurent Gounelle sont les figures de proue, Marilyse Trécourt, chez Babelio, est aussi décrite comme auteure de romans d’émancipation. Une description qu’elle rejoint, tout en la nuançant : « Moi, je parlerais plutôt de résilience. » Ce nouveau livre, cependant, n’est pas un roman de développement personnel comme elle a pu le faire avec Viser la lune et au-delà, sa précédente parution, c’est une pure fiction. « J’ai toujours fait des romans. Viser la lune et au-delà, c’était une vraie volonté d’aller dans le développement personnel. Pour Une vie plus belle que mes rêves j’avais peur de décevoir, de perdre les gens, je ne savais pas vers où aller… Donc j’ai fait ce que j’avais envie de faire ! J’ai écrit un roman, mais toujours avec le thème de la résilience. »

Cette idée de résilience, malgré tout teintée de bienveillance et d’idées puisées dans le développement personnel, traverse donc tout le roman. Aussi, vers le début du roman, Louise peint une œuvre étrange représentant une femme, tenant dans ses mains un mystérieux coffret. La finalité du roman va reposer sur ce coffret, et ce qu’il contient. « Quand ils trouvent enfin ce qu’il y a dans cette boîte, les personnages comprennent qu’ils doivent vivre leurs rêves. On peut tous comprendre ce qu’il y a dans notre propre boîte. » Ce personnage qui aide Louise, la pousse à aller vers ses rêves et incarne donc le mieux cette idée de résilience, c’est Claire, un personnage lumineux qui a beaucoup plu aux lecteurs… comme à notre auteure. « Elle est comme un petit lutin, une petite fée, c’est l’antithèse de Louise. J’aime bien avoir quelqu’un comme elle dans mes romans. Si elle fait des choses extraordinaires, « pourquoi pas moi ? », se dit-on. »

Néanmoins, Marilyse Trécourt a quand même voulu intégrer un peu de développement personnel à son livre… Aussi, vous trouverez en terminant le roman quelques exercices pour vous aider à surmonter vos peurs et réaliser vos rêves. « Quand je lis des livres, raconte-t-elle, cela me donne des idées mais arrivée à la fin je passe à autre chose. Ce cahier pratique a marché sur le précédent… et j’avais envie d’ajouter quelque chose à l’histoire de celui-ci. » 

A la fin de l’année, l’auteure va aller encore plus loin puisqu’elle nous a annoncé ce soir-là qu’elle publierait en novembre un guide de développement personnel intitulé : Pas besoin d’être un super-héros pour réaliser mes rêves.

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Une vie plus belle qu’une fiction

Au cours de la rencontre, l’auteure a également beaucoup évoqué sa façon d’écrire et de construire une histoire. Les personnages, pour leur part, sont le pilier de ses romans. « Avant, j’ai la trame générale, même si elle évolue un peu en écriture, mais je fais surtout des fiches personnages : photos, qualités, défauts… » Et si Louise a parfois changé sur certains détails, ses peurs maladives et le parcours qu’elle allait suivre pour les combattre, « ça, c’était écrit depuis le début ». Elle nous a aussi parlé du personnage de Maurice, le chat, qui a fait rire nombre de lecteurs et lectrices. « J’aime bien mettre des petits clowns dans mes histoires. Maurice m’amusait, ce chat moche qui pue la crevette et louche. Quand j’écris un roman, je veux ressentir quelque chose, je veux m’amuser. Si je relis un passage et que je ne ressens rien, nous confie-t-elle enfin, j’efface le passage ! » Les personnages de l’auteure sont si incarnés et appréciés des lecteurs, qu’ils lui ont demandé si elle avait déjà envisagé d’écrire des suites de ses romans, des sagas, voire un crossover de ses livres, dans lequel se rencontreraient ses différents personnages. Ce à quoi elle répond : « Non. Ils ont vécu. Ils sont vieux. Je suis rassurée, ils n’ont plus besoin de moi. Je veux de nouveaux personnages. Là, je suis avec Juliette [NDLR : dont l’histoire paraîtra en 2021]. […] Je n’y avais pas pensé mais les suites sont rarement bonnes. Je préfère aller sur un autre terrain, de découvrir un autre univers. »

Avec désormais deux romans publiés et quelques-uns autoédités, Marilyse Trécourt a évolué. Interrogée sur son rapport à l’écriture et la façon dont il a, ou pas, changé, elle nous avoue qu’il est plus fluide qu’au début : « Il est plus facile, en tout cas. Mon écriture s’est affirmée, je pense. Et même dans la façon de l’aborder, je suis moins dans la caricature. » Dans ce roman-ci, d’ailleurs, elle parle d’art, de ses vertus thérapeutiques et a bien travaillé cet aspect-là de l’histoire : « J’ai fait quelques recherches et une amie a relu le roman. Je me suis inspirée des surréalistes et de l’écriture automatique. Louise peut grâce à ça découvrir quelque chose qui était caché dans son inconscient… »

Mais la vraie particularité de ce roman, c’est qu’il alterne entre le présent, raconté à la première personne, et quelques flashbacks, racontés quant à eux à la troisième personne. « À la première personne, j’aurais eu du mal à changer de point de vue comme je le fais dans le roman, c’est pourquoi j’ai choisi la troisième. » C’est une construction qui a demandé une approche particulière pour l’auteure. « Je me suis mise dans un autre état d’esprit. Je me suis replongée dans mes propres 17 ans : j’ai changé d’atmosphère, mis d’autres musiques… J’avais besoin d’un état psychologique plus dense. » Et si elle a par ce procédé perdu quelques lecteurs en route… c’était en fait volontaire. « Je voulais vous perdre ! affirme-t-elle. Les indices pour vous aider, ce sont les dates indiquées. Mais je voulais rajouter un peu de suspense… »

Quant à savoir ce qui attend les lecteurs déjà en mal d’un roman de cette auteure, sachez que la suite s’annonce déjà intense. Son guide de développement personnel paraîtra en novembre et ses prochains romans en 2020 – « je reviens avec un homme ! » nous a-t-elle seulement avoué – et en 2021 – avec le personnage de Juliette rapidement évoqué pendant la rencontre… « Certains projets sont acceptés sur un simple pitch, Viser la lune et au-delà avait été auto-édité puis repéré… le processus éditorial dépend du livre concerné. Eyrolles s’adapte et me fait confiance. Mon éditrice me dit de faire ce que j’ai envie de faire ! »

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Surmonter vos peurs, croire en vos rêves et progresser personnellement : c’est tout un programme que Marilyse Trécourt et ses romans vous proposent. Et si l’auteure est nouvelliste, romancière, chroniqueuse, coach en communication et adepte d’ouvrages de développement personnel, dont elle est parfois auteure… elle est aussi lectrice, au même titre que le public venu l’écouter ce soir de juillet chez Babelio. « Je lis de tout ! J’aime bien aimé Le Liseur du 6h27. Je lis aussi Joël Dicker… et les copines de chez Eyrolles ! La seule chose que je ne lis pas, c’est de la fantasy, les polars sanguinolents ou trash. Je lis des choses qui m’inspirent et me font vibrer. »

Et si, vous aussi, vous êtes à la recherche de ce genre de lectures, vous pouvez regarder la vidéo « Les 5 mots » que nous avons réalisée avec Marilyse Trécourt juste avant la rencontre et ainsi voir si ses ouvrages peuvent vous faire vibrer :

Le jeu de l’été 2019 : Des lecteurs à l’écran (2)

On vous propose un nouveau jeu pour cet été. Après un été 2018 placé sous le signe de la musique, ce sont les cinéphiles et sérivores qui sont à l’honneur cette année !

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Voici notre deuxième série de captures d’écran de films dans lesquels les personnages lisent ou parlent de livres (la première session autour des séries TV est toujours accessible ici et les réponses sont données en bas de l’article). Dans chacun des plans, un ou plusieurs livres sont en tout cas visibles. Votre but du jeu ? Découvrir de quel film il s’agit à chaque fois (nous ne vous demandons pas le nom du livre) et répondre en commentaire (ils seront cachés jusqu’à la fin du jeu).

Cette deuxième session, ouverte du 5 août au 26, est consacrée aux films.

Exemple de capture d’écran : De quel film est extraite cette image ?
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Exemple de réponse attendue : « image 41 : Mais de La Petite Sirène, bien sûr ! »

A vous de jouer pour de vrai ci-dessous. Il y a du facile et du moins facile, de vieux films et des plus récents. Un même film n’est jamais référencé deux fois, mais il se peut qu’un réalisateur voit plusieurs de ses films mentionnés.
Vous avez jusqu’au lundi 26 août 18 h pour jouer.

Nous tirerons au sort deux participants de chaque session (deux pour la session de juillet et deux pour la session d’août) pour recevoir des livres de la rentrée littéraire !

N’hésitez pas à participer même si vous n’avez pas tous les résultats d’un coup 🙂

Mise à jour du 26/08/2019 : les réponses détaillées sont indiquées en bas de l’article et les gagnants seront contactés rapidement. Un grand merci pour votre participation, vos réponses et votre enthousiasme 🙂 

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Mise à jour du 26 août à 18h :

Et voici toutes les réponses de la seconde session de notre jeu :

1. Il fallait évidemment reconnaître Pulp Fiction de Quentin Tarantino, sorti en 1994. Palme d’or au festival de Cannes la même année, cette triple histoire de gangsters angelins a non seulement été un grand succès critique et publique mais à également profondément influencé le cinéma occidental. On ne compte plus, depuis la sortie de ce film, les oeuvres « tarantinesques », c’est-à-dire non linéaires, plus ou moins violentes et aux bandes-sons survoltées.  A-t-il, avec ce film, réussi à être le « Bob Dylan du cinéma« , en révolutionnant le neuvième art comme Dylan avait révolutionné la pop musique ?

L’influence de Quentin, grand lecteur -de 
Elmore Leonard notamment dont il adapta Punch Créole sur grand écran sous le nom Jackie Brown-, est quoi qu’il en soit plus littéraire qu’on ne pourrait le croire : « J’ai eu l’idée de faire quelque chose que font les romanciers mais pas les réalisateurs : raconter trois histoires distinctes avec des personnages qui vont et viennent dans chacune d’entre elles mais dont l’importance diffère selon l’histoire » déclara-t-il dans le NY Times selon Wikipédia.

Anecdote amusante pour les spectateurs du film : il se passe toujours quelque chose d’important quand le personnage interprété par John Travolta va au toilettes ! Sa lecture ici est celle des aventures de Modesty Blaise, un personnage de BD britannique créé par Peter O’Donnell qui a toujours fasciné Tarantino. Il avait d’ailleurs demandé à Neil Gaiman d’écrire un script pour un film mais cela ne s’est hélas jamais matérialisé sur le grand écran. Serait-ce le 10ème -et ultime- film de Tarantino ?

 

2. Cette image est extraite du film Alphaville, une étrange aventure de Lemmy Caution de Jean-Luc Godard et sorti en 1965. Ce pur film de science fiction (dont le titre provisoire était Tarzan contre IBM), met en scène un agent secret chargé de se rendre à Alphaville où les sentiments humains ont disparu et où un ordinateur régit la ville.

Fin lettré, Jean-Luc Godard parsème son oeuvre de références littéraires. Si Jean Cocteau a été l’une des influences principales de ce film, les citations ou allusions à Jorge Luis Borges ou à George Orwell sont ainsi légions. Comme le suggérait notre image, c’est cependant Paul Eluard le véritable héro du film. Son livre Capitale de la douleur que lit le personnage incarné par Anna Karina a en effet un rôle déterminant dans l’intrigue même si les poèmes d’Eluard utilisés sont en réalité souvent un collage de plusieurs poèmes issus de différents recueils. Il n’en demeure pas moins que ce film est un superbe hymne au pouvoir de l’art et de la poésie.

 

3. On pourrait nous reprocher d’avoir utilisé ici une image issue d’un remake. Oui, l’image est tirée de Vous @vez un message(1998) de la reine des comédies romantiques Nora Ephron avec dans les rôles principaux un couple iconique : Tom Hanks et Meg Ryan. Ce film est en effet une version plus actualisée du superbe film de Ernst Lubitsh Rendez-vous / The shop around the corner, sorti en 1940 et lui-même adaptation libre d’une pièce de théâtre.

L’idée est la même : deux personnes tombent amoureux l’un de l’autre par messages interposés. Ils ignorent cependant qu’ils se connaissent dans la réalité et se détestent cordialement ! Nora Ephron modernise cependant l’intrigue en passant des petites annonces à internet et transpose le cadre de la maroquinerie utilisée par Ernt Lubitsh par celui des libraires qui, avouons-le, nous intéresse ici un peu plus ! De nombreuses références littéraires sont d’ailleurs présentes dans le film, Nora Ephron étant une grande fan d’Orgueil et préjugés. Son décès en 2012 nous prive d’ailleurs hélas d’un très beau projet autour de Jane Austen.

Vous avez donc rendez-vous : Les deux films suffisamment différents et intéressants pour justifier que vous les regardiez tous les deux 🙂

4. Peu de difficulté avec cette image, évidemment tirée du film La Belle et la Bête des studios Disney et sorti sur les écrans en 1991. Librement inspiré du conte éponyme de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, publié en 1757, ce film est l’un des plus célèbres des studios et le premier dessin animé à recevoir le Golden Globe du meilleur film musical ou de comédie. Une victoire pour les studios qui avaient déjà tenté, sans succès, d’adapter le conte dans les années 1940. Le film de Cocteau dissuada Walt Disney de réaliser sa version mais sert à son tour d’inspiration pour l’équipe du film de 1991.

Pour la petite histoire, on a hésité à publier, pour le jeu, une image tirée de l’adaptation en prises de vues réelles sortie en 2017 par les studios Disney mais on s’est dit que les images étaient évidemment un peu moins reconnaissables. Qu’aviez-vous pensé de cette adaptation ?

5. Cette image est issue du film Irréversible de Gaspard Noé sorti sur les écrans en 2002. C’est l’actrice Monica Bellucci qui apparaît dans cette séquence bien éloignée des insoutenables violences dépeintes dans le film.

Spoiler Alert : C’est la dernière scène du film mais en fait la première chronologiquement. Le personnage incarné par Bellucci est en train de lire le livre An experiment wih time du philosophe JW Dunne, un essai dans lequel il est question du temps présent mais aussi des rêves prémonitoires. Comment expliquer les rêves prémonitoires (vécus par l’auteur) ou les sentiments de déjà-vu ? Le temps n’est pour lui pas linaire et on peut, dans nos rêves, se « déplacer » dans notre entière existence. On ne peut peut-être pas s’y déplacer physiquement mais on peut accéder à des souvenirs d’événements futurs, des événements que l’on va vivre à un point ultérieur de notre existence. Les rêves prémonitoires ne prédisent pas l’avenir, ce sont des sortes de souvenirs auxquels on peut accéder.

Si le livre est peu présent en France, il est extrêmement connu dans le monde anglo-saxon et a inspiré ou fait réagir de nombreux écrivains, de J.R.R. Tolkien à HG Wells.

La question du temps est très importante dans ce film. Le temps détruit-il tout comme le cela est suggéré tout au long du récit ?

6. C’est l’actrice Margot Robbie que l’on peut voir dans cette image tirée du film Suicide Squad de David Ayer, publié en 2016.

Le film, adaptation sur grand écran des comics DC, raconte l’histoire d’un groupe de méchants, des super-vilains de l’univers DC : On retrouve ainsi Deadshot (incarné par Will Smith), El Diablo, Katana et donc Harley Quinn incarnée par Margot Robbie.
Ce personnage est apparu pour la première fois dans la (géniale) série animée de 1992 (ceux qui ont grandi avec les Minikeums savent de quoi on parle) et est depuis devenu un personnage récurrent de l’univers de Batman. Harley Quinn est une psychopathe qui accompagne le Joker en tenue d’Arlequin.

Si le film de David Ayer n’a pas été très bien accueilli par la presse, la prestation de l’actrice américaine a été plébiscitée et il est fort probable que l’actrice renfile le costume d’Arlequin pour de futurs films de l’univers DC la mettant en scène.

A noter qu’elle lit dans cette image une romance de Molly O’Keefe intitulée Plus si affinité en français. Une histoire de rédemption…

 

7. C’est une adaptation qu’il fallait trouver ici, en l’occurrence celle de la nouvelle Petit déjeuner chez Tiffany de Truman Capote devenue sur grand écran Diamants sur canapé (1961).

Signée Blake Edwards, cette comédie (ou est-ce plutôt un drame ?) romantique met en scène Audrey Hepburn. Si tout le monde adore Audrey Hepburn et que son interprétation fut remarquée au point de devenir iconique dans l’imagerie collective, Truman Capote fut lui très en colère lorsqu’il apprit que c’est elle qui tiendrait le rôle au lieu de Marylin Monroe, auquel il pensait plutôt lors de la rédaction de la nouvelle. Le ton plus léger du film n’a pas arrangé les choses pour l’écrivain, comme le rappellent les Inrocks qui citent l’auteur : »Le roman était assez amer en réalité, déclara-t-il dans une interview accordée à Playboy, et Holly Golightly était ‘vraie’ : une dure à cuire, strictement rien à voir avec Audrey Hepburn. On a fait du film une mièvre lettre d’amour à New York et à Holly. Par conséquent, c’était un film léger et charmant alors qu’il aurait dû être pesant et déplaisant. Le film et mon travail avaient à peu près autant en commun que les Rockettes avec l’étoile Galina Ulanova. »

La fin du film est également très différente de celle du livre et ne plait pas à tous les lecteurs de Truman Capote même si l’immense succès du film donné une notoriété nouvelle à l’écrivain.

8. Bon, tout le monde a vu Le Cercle des Poètes Disparus, n’est-ce pas ? Si ce n’est pas le cas, je pense qu’on serait nombreux à vous conseiller de voir ce film du désormais très rare Peter Weir avec Robin Williams dans l’un de ses rôles les plus émouvants, celui d’un professeur de poésie pour « l’élite » de la jeunesse américaine. Son enseignement non conformiste va bouleverser la vie de ses étudiants et leur conception du monde. Sa devise : profiter de l’instant présent.

La poésie et le théâtre de Shakespeare ont un très grand rôle dans ce récit initiatique même s’il est aussi question de Robert Frost ou de Henry David Thoreau.

A noter que s’il existe un roman intitulé Le Cercle des poètes disparus (et qui connait un certain succès sur Babelio) signé Nancy H. Kleinbaum, il s’agit d’un novélisation du film et non l’inverse. 

 

9. Only Lovers left Alive est un film de l’un des grands représentants du cinéma indépendant américain, Jim Jarmush. Sorti en 2014, il raconte l’histoire d’amour d’un vieux couple de vampires immortels : Adam et Eve.

Si Ada est un musicien qui se lamente sur l’état actuel du marché du disque, Eve, jouée par Tilda Swinton, est quant à elle une bibliophile convaincue et dont l’appartement croule sous les livres. Des internautes ce sont naturellement penchés sur sa collection pour dresser une liste non exhaustive de ses lectures. On y retrouve des auteurs issus des horizons les plus éloignés comme Jules VerneYukio MishimaLudovico Ariosto ou encore Elik Shafak.

Bien sûr, on retrouve également dans le film toutes les obsessions culturelles de Jim Jarmush : William Blake, Tesla ou encore William S. Burroughs.

 

10. Deuxième film de Quentin Tarantino cité dans notre article : Inglourious Basterds, sorti en 2009. Parmi le casting international du film (la communication et le language sont les thèmes principaux du film) on retrouve plusieurs acteurs français dont Mélanie Laurent en jeune juive pourchassée par les nazis à la tête desquels le colonel fou Hans Landa.

On remarque encore une fois qu’il décidément n’est pas rare de croiser dans l’oeuvre du réalisateur des personnages qui lisent ou qui ont en tout cas un livre à la main lors de scènes déterminantes. C’est également le cas dans Once Upon a time in Hollywood. Dans ce dernier film, le personnage interprété par Leonardo DiCaprio, un acteur au tournant de sa carrière, sanglote en lisant un médiocre livre de western dans lequel il croit se reconnaître.

Dans Inglourious Basterds, le personnage lit un exemplaire des aventures de Simon Templar : Le Saint à New-York de Leslie Charteris (publié en 1936).

 

11. Retour parmi les grands classiques du cinéma américain avec cette scène issue de Fenêtre sur cour, l’un des nombreux chefs-d’œuvre d’Alfred Hitchcock (certains considèrent que c’est l’un des plus grands films de tous les temps…). L’actrice est Grace Kelly, lisant ici, dans la scène finale du film -pardon pour le spoiler- un livre quasi-introuvable en France : Beyond The High Himalayas, un guide de voyage signé William O. Douglas. Elle le troque cependant bien vite pour un magazine de mode !

A noter que le film est l’adaptation d’une nouvelle de William Irish intitulée It Had to be murder. Si le film est devenu bien plus connu que la nouvelle, William Irish est un auteur de polar prolifique et très respecté. Il est notamment l’auteur de La mariée était en noir.

 

12. La scène évoque plus un film de SF style L’armée des 12 singes mais il s’agit bien d’une image tirée d’Harry Potter et plus exactement du troisième volet de l’adaptation cinématographique des aventures de Hermione (et de son ami le sorcier) : Le Prisonnier d’Azkaban.

Réalisé par Alfonso Cuaron (recommandé par Guillermo Del Toro qui refusa la rôle -il s’en mord encore les doigts), ce troisième épisode, bien plus sombre que les précédents réalisés par Chris Colombus, est pour de nombreux spectateurs, le volet le plus réussi de la saga, et pour certains une étape majeur dans le cinéma pour adolescents.

La question a souvent été posée sur les forums des fans de la saga : pourquoi un sorcier lirait-il un livre destiné aux moldus ? Certains ont avancé une explication assez convaincante : cette scène permet d’annoncer aux spectateurs un élément très important de ce troisième volet, le voyage dans le temps.

Du reste, cet ouvrage de vulgarisation scientifique de l’un des plus célèbres physiciens du XXème siècle Stephen Hawking est une lecture recommandée à tous, moldu ou pas.

13. Il aurait été insensé de ne pas inclure dans ce jeu l’une des plus grandes saga de cinéma du XXème siècle ! Cette scène est bien entendu issue du troisième volet des aventures d’un célèbre aventurier : Indiana Jones et la dernière croisade (1989).

Des débats continuent d’exister pour déterminer quel volet de la saga est le meilleur. Est-ce le premier qui a fait découvrir au monde entier les joies et les dangers du métier d’archéologue ? Le second qui a terrorisé une génération entière de gamins ou bien le troisième dont l’humour a au contraire galvanisé cette même génération ? (Oui, étonnamment, personne ne tient compte du quatrième volet).

C’est bien du troisième volet de la saga imaginée par Steven Sielberg et George Lucas que nous avons tiré notre image. On y retrouve Indy et son père, incarné par Sean Connery dans son deuxième rôle le plus iconique après James Bond. Ce n’est pas autour d’un roman que les deux Jones échangent mais à propos des notes sur le Graal récupérées par Indy père.

Depuis ce film, on n’est quelques uns à ne plus jamais partir en voyage sans un carnet de voyage…

14. Cette image vient du film Seven (ou Se7en) de David Ficher sorti en 1995. Difficile d’oublier ce film et sa fin. C’est l’une des plus traumatisantes du cinéma et les producteurs ont d’ailleurs absolument tout fait pour qu’elle soit adoucie. C’était sans compter sur l’opiniâtreté de David Fincher qui pensait que la fin était la clef de voûte du film. On retrouve dans ce long métrage policier Brad Pitt, hors champs dans notre image, et Morgan Freeman ici entouré d’une belle pile de livres. Les deux détectives chassent un tueur en série particulièrement violent qui s’inspire des 7 péchés capitaux. Peut-être que la lecture des livres de Thomas d’Aquin les aideront à dresser le portrait du tueur et à le capturer.

Les lecteurs de littérature britannique auront peut-être remarqué que le nom du très cultivé détective incarné par Morgan Freeman, William Somerset, est inspiré de W. Somerset Maughan. Il se trouve être l’écrivain préféré de Andrew Kevin Walker, le scénariste du film qui proposait là son premier scénario à Hollywood.

15. Le patient Anglais est un film réalisé par le regretté Anthony Minghella, en fait une adaptation du roman L’Homme flambé de Michael Ondaatje. Grand succès public et critique, le film a absolument tout raflé aux Oscars 1997. Dans les rôles principaux on retrouve l’actrice française Juliette Binoche et le britannique Ralph Fiennes.

Dans ce film, Juliette Binoche incarne Hana une lumineuse infirmière qui s’occupe, en pleine Seconde guerre mondiale, d’un mystérieux « homme flambé », un grand blessé dont tout le monde ignore l’identité. Ce dernier transportait avec lui un ouvrage, un livre qui va passionner Hana.

Si c’est le réalisateur qui signe le scénario du film, Michael Ondaatje a été très impliqué dans sa production et a aidé le monteur Walter Murch dans le montage très compliqué du film en raison de ses innombrables flash-backs.

16. On retrouve Anthony Minghella dans la production de The Reader qui met une nouvelle fois en scène Ralph Fiennes mais cette fois-ci avec Kate Winslet comme partenaire de jeu. Le film est réalisé par Stephen Daldry d’après le roman éponymede Bernhard Schlink et est sortie en 2009.

Egalement récompensé par une multitude de prix, le film raconte la terrible histoire d’une Allemande qui demande dans les années 1950 à son jeune amant de lui lire des romans à voix haute. Quelques années plus tard, cet amant la reconnait parmi un groupe de femmes accusées d’avoir été des gardiennes SS et coupables d’avoir tuées 300 jeunes femmes juives…

Si cela a été critiqué par la presse, le jeu en anglais et non en allemand des acteurs a été suggéré par l’auteur du roman lui-même qui pense que cette histoire va bien au-delà de la Seconde guerre mondiale.

17. C’est du film Moonrise Kingdom (2012) de Wes Anderson qu’est extraite cette image. L’histoire du film est celle d’une histoire d’amour entre deux enfants qui font tout pour passer du temps ensemble. Pour cela, ils doivent s’enfuir de leurs environnements respectifs.

Dans ses bagages, la jeune Suzy emporte six livres « empruntés » à la bibliothèque ( Shelly and the Secret UniverseThe Francine Odysseys,The Girl from JupiterDisappearance of the 6th Grade,The Light of Seven Matchsticks & The Return of Auntie Lorraine): ce sont des livres qu’elle lit le soir à Sam mais inutile de les chercher dans votre librairie, ils n’existent que dans le film !

Des courts animés illustrant la lecture des extraits des livres par Suzy devaient êtres montrés dans le film mais ont finalement été supprimés du montage final. Vous pouvez les retrouver ici.

18. Cette image qui peut aisément être utilisée en Gif est extraite d’un film culte : Donnie Darko. Réalisé en 2001 par Richard Kelly, le film n’a pas connu de grand succès (la bande annonce montrant un crash d’avion quelques temps après les événements du 11 septembre n’aidant pas tellement) avant d’être réhabilité chemin faisant par des cinéphiles du monde entier.

L’histoire, un brin déjantée, est celle d’un adolescent timide mais intelligent qui a pour ami imaginaire un lapin géant. Ce dernier lui annonce que la fin du monde est prévue pour dans 28 jours…

L’ombre de Watership Down de Richard George Adams plane dans ce récit même si d’autres romans ou écrivains sont cités, et plus particulièrement Les Destructeurs de Graham Greene


19. Tout le monde aura je pense reconnu 
Bridget Jones, personnage culte créé par Helen Fielding et interprété à l’écran par Renée Zellweger. Quatre romans et trois films auront fait la popularité de ce personnage de jeune célibataire maladroite et enrobée qui recherche l’amour parfait.

De l’aveu même de l’auteur, le roman original est une adaptation moderne (et très libre) d’Orgueil et Préjugés de Jane Austen. Dans le roman, Bridget est obnubilée par Colin Firth qui incarne Fitzwilliam Darcy dans l’adaptation sur la BBC d’Orgueil et Préjugés. Grande réussite du casting et clin d’oeil parfait aux fans, c’est ce même acteur qui incarne Mark Darcy dans le film.

20. Pas de piège avec cette image tirée de Là-haut des studios Pixar (2009).  Cette scène est tirée du début du film alors que Carl Fredricksen vit encore avec sa femme dans leur maison. Cette très touchante scène qui forme l’intro du film peut être visionnée ici mais ne nous en voulez pas si vous sortez les mouchoirs…

Hormis cette image, qui représente un couple heureux qui lit ensemble des livres, et que l’on aime forcément, peu de références littéraires sont à noter ici.

 

21. Adaptation du roman Club Dumas de Arturo Pérez-Reverte par Roman Polanski, La neuvième porte met en scène un Johnny Depp chasseur de livre autour duquel les cadavres semblent s’accumuler.

Roman Polanski a aimé et parfaitement compris le livre de l’écrivain espagnol comme en témoignent ses propos retranscrits sur Allociné : « C’est un superbe divertissement, un roman baroque, ludique, foisonnant, ouvrant sans cesse de nouvelles pistes, vraies ou fausses. J’y ai pris un grand plaisir, mais il m’a semblé que sa transposition exigeait des choix précis et rigoureux » (extrait d’un entretien accordé à Olivier Eyquem).

Le grand talent de Reverte dans ce livre est d’avoir fait de la littérature elle-même un immense terrain de jeu dans lequel évolue une sorte de détective érudit mais, dans la grande tradition du roman noir, rapidement aussi perdu que le lecteur lui-même. Il est question dans le récit d’un chapitre perdu des Trois Mousquetaires et d’un livre écrit possiblement par le diable lui-même.

Dommage que Polanski n’ait pas gardé cette double trame pourtant consubstantielle l’une à l’autre pour ne garder que le plus clinquant. Si l’on retrouve un très sobre Johnny Depp dans quelques magnifiques bibliothèques, la déclaration d’amour de Reverte au monde du livre (rare) s’est un peu perdue sur grand écran.

 

22. On retrouve ici un film de Jim Jarmush. Cette image est extraite de son film Ghost Dog, la voie du Samouraï dont le rôle est tenu par Forest Whitaker. Le pitch est le suivant  : l’acteur incarne un tueur à gages new-yorkais qui vit selon les préceptes du Hagakure, code d’honneur des samouraïs. Ce sont ces mêmes préceptes que lit le personnage dans cette image.

Largement inspiré par le film Le samouraï de Jean-Pierre Melville, Ghost Dog fait de nombreux ponts entre la culture japonaise médiévale et la culture hip-hop contemporaine. La musique originale du film est d’ailleurs signée par le rappeur RZA, lui-même passionné d’arts martiaux. Il a ainsi participé aux musiques du film Kill Bill du décidément incontournable Tarantino et de la série animée Afro Samurai de Takashi Okazaki.

Si vous avez aimé le film, sachez qu’une série serait en cours de préparation.

 

23. L’auteur était venu en personne chez Babelio pour nous parler de son travail et nous montrer quelques images des coulisses des tournages des adaptations de ses livres au cinéma ! Il s’agit bien sûr de Brian Selznick, auteur de L’invention de Hugo Cabret, adapté au cinéma par l’immense Martin Scorsese.

Véritable déclaration d’amour au cinéma le film est très fidèle au roman graphique de Selznick, déjà plébiscité par les lecteurs Babelio. On peut ainsi citer Darkmoon qui juge dans sa critique que « Brian Selznick nous livre un conte poétique et sublime baigné d’un univers enfantin, fait de magie et de cinéma, un roman d’aventures formidablement mené avec beaucoup d’inventivité et d’imagination.  »

Les livres ont aussi leur importance dans le récit et plus particulièrement le livre Robin Hood le proscrit d’Alexandre Dumas.

 

24. Cette image en couleur est issue d’un film pourtant largement en noir et blanc : Pleasant Ville de Gary Ross sorti au cinéma en 1998.
Deux jeunes gens dont une peu conformiste Jennifer (Reesse Witherpoon) vont être téléportés dans une série télé en noir et blanc bien austère.

Leur vie réglée comme du papier à musique va être bouleversée par l’arrivée de ces deux jeunes gens et surtout celle de la délurée Jennifer. Cette dernière va rapidement apporter de la couleur, littéralement, à leurs vies et cela passe notamment par la littérature.

 

25. Vous avez été nombreux à reconnaître les personnages du film The Shining de Stanley Kubrick. On retrouve ici Wendy Torrance et son fils Danny. Il s’agit bien sûr de la femme et du fils de Jack Torrance incarné au cinéma par Jack Nicholson (on a fait exprès de ne pas le montrer, cela aurait été trop facile :p ).

On ne reviendra pas ici sur les nombreux débats sur les différences entre le roman de Stephen King et le film et les qualités et défauts de l’adaptation (« grand film mais mauvaise adaptation » dira en substance Stephen King). On rappellera simplement que dans le roman comme dans le film, Jack Torrance accepte un poste de gardien d’un hôtel isolé car il pense que cela l’aiderait à écrire son roman. Il est cependant prévenu que le précédent gardien, rendu fou par l’isolement y a massacré sa famille…

 

26. Il s’agit ici du film Le nom de la Rose avec Sean Connery. Adaptation jugée réussie du célèbre roman d’Umberto Eco par Jean-Jacques Annaud.

Livre puis film policier retors situé dans un monastère du 14ème siècle couplé à une profonde réflexion sur l’humanité, Le nom de la Rose est également une belle déclaration de l’auteur à la littérature et aux vieux livres pour former, comme le rappelle Malaura dans sa critique du livre, un véritable monument de la littérature : « A côté d’une intrigue digne des meilleurs romans policiers, l’auteur médiéviste, latiniste, possédant une culture phénoménale, a su parfaitement intégrer à son récit les éléments historiques et religieux afin de bâtir un gigantesque monument de littérature. »

A noter que c’est Sean Connery qui fera campagne pour obtenir le rôle de Guillaume de Baskerville, malgré la méfiance de Jean-Jacques Annaud et, parait-il le refus initial d’Umberto Eco… Difficile aujourd’hui, pourtant, d’imaginer un autre visage que celui de l’acteur écossais pour incarner ce personnage.

 

27. La très jeune Elle Faning incarne Mary Shelley dans un film réalisé par Haifaa al-Mansour en 2017. On avait déjà aperçu l’actrice américaine dans l’adaptation d’une nouvelle de Neil Gaiman, How to talk to girls at parties (très jolie adaptation selon certains, complètement ratée selon d’autres…).

Le film se concentre sur l’histoire d’amour entre la jeune romancière et son mari Percy Bysshe Shelley et la naissance de son premier roman devenu l’un des plus grands classiques de la littérature gothique : Frankenstein ou le Prométhée moderne.

Si la performance d’Elle Fanning a été saluée, le film n’a cependant pas convaincu la plupart des critiques qui ont regretté que le film ne montre pas suffisamment à quelle point Mary Shelley était une anti-conformiste à la vie flamboyante.

 

28. C’est un film français qu’il fallait retrouver sur cette image et en l’occurrence un grand succès de l’année 2014 : La Famille Bélier.

Le film suit les aventures d’une jeune fille entendante  qui vit dans une famille de sourds. Cette jeune fille a par ailleurs une très belle voix et est rapidement poussée par son professeur de musique à tenter un concours radiophonique malgré les incompréhensions de sa famille.

Le film a été écrit par Victoria Bedos et Stanislas Carré de Malberg sur une idée de Véronique Poulain, assistante de Guy Bedos qui en a tiré un roman très populaire sur Babelio : Les mots qu’on ne dit pas.

 

29. C’est un autre film français qu’il fallait identifier ici, mais un classique des années 1960 : Le Mépris de Jean-Luc Godard, adaptation à l’écran du roman éponyme d’Alberto Moravia.

Film culte de Godard avec une prestation remarquée de Brigitte Bardot ( « Tu les aimes, mes fesses… Mes seins… Mes pieds… ?« ), le film a pourtant été, à sa sortie, un échec commercial.

C’est un livre sur le réalisateur Fritz Lang par Luc Moullet que lit Brigitte Bardot dans son bain. Le Mépris est un film sur le cinéma où d’ailleurs Fritz Lang joue son propre rôle.

 

30. Classique des comédies romantiques US, Pretty Woman de Garry Marshall, sorti en 1990, met en scène un couple devenu culte : Richard Gere et Julia Roberts.

Le film raconte l’histoire d’amour entre un playboy richissime et une prostituée délurée. La scène du shopping est devenue extrêmement célèbre et maintes fois parodiée.

 

31. Vous aurez bien entendu reconnu l’acariâtre Tatie Danielle, incarnée au cinéma par Tsilla Chelton dans la comédie d’Étienne Chatiliez.Sous ses airs de mamie gâteau, Tatie Danielle est une horrible personne qui multiplie les répliques acerbes à l’encontre de son entourage. Ses répliques ont d’ailleurs fait mouche auprès des spectateurs.

Le livre qu’elle lit est une romance de Barbara Cartland intitulée L’amour démasqué.

 

32. C’est bien un Spiderman qu’il fallait retrouver ici, en l’occurrence Spiderman Homecoming sorti sur les toiles en 2017.

Si l’homme araignée est absent de cette photo, on peut reconnaître M.J. incarnée par la jeune chanteuse Zendaya Coleman. Le livre est un jeu avec les spectateurs. Alors que M.J. cherche la véritable identité de Spiderman, elle lit Servitude humaine de W. Somerset Maugham qui relate l’histoire d’un jeune orphelin qui vit avec sa tante. Cela vous rappelle quelque chose ?

 

33. On continue avec les super héros. On retrouve ici le personnage de Docteur Strange (incarné par Benedict Cumberbatch, déjà présent dans la première session de notre jeu sous les traits de Sherlock Holmes) et son créateur Stan Lee. Stan Lee, à qui l’on doit les personnages Spider-Man, Iron Man, Docteur Strange donc ou encore Daredevil pour ne citer que les plus populaires, a fait une apparition dans chacun des films de l’Univers Marvel. Vous pouvez vous amuser à retrouver chacune de ses apparitions ici.

Il a été remarqué que le livre qu’il lisait n’était rien d’autre que Les portes de la perception d’Aldous Huxley, qui faisait lui une apparition dans notre jeu de l’été 2018 sur la playlist des écrivains.

 

34. C’est Annie Hall de Woody Allen, oscar du meilleur film 1977 qu’il fallait retrouver.

Souvent considéré comme son meilleur film, Annie Hall est une comédie romantique dans laquelle Woody incarne son névrosé de toujours, passionné par la littérature mais obsédé par la mort et la précarité de la vie. Le livre qu’il tient dans les main est le recueil de poésie Ariel de Sylvia Plath dans lequel il est notamment question de Shakespeare, l’une des obsessions du New-Yorkais. Le livre a été publié à titre posthume, quelques années après le suicide de l’écrivain.

Anecdocte : L’écrivain Truman Capote fait une brève apparition dans le film. Saurez-vous le retrouver ?

 

35. C’est le film L’Auberge espagnole de Cédric Klapish publié en 2002 qu’il fallait retrouver ici.

On suit dans le film Xavier, un étudiant qui part étudier un an à Barcelone dans le cadre du programme Erasmus. Beaucoup de jeunes se sont reconnus dans ce film qui a été un grand succès de l’année 2002. Il inaugure une trilogie composée également des Poupées Russes et de Casse-tête chinois avec le même casting.

Le personnage incarné par Romain Duris lit le livre Les Sept Pé­chés Ca­pi­taux, L’or­gueil de Eu­gène Sue

 

36. Innocents, The Dreamers est un film  réalisé par Bernaro Bertolucci en 2003 avec Eva – future Vesper Lynd-  Green dans son second rôle au cinéma et son premier rôle important. Philosophie, politique et découverte de la sexualité forment la substance de ce film très sensuel (et aux scènes de sexe explicites) interdit au moins de 12 ans à sa sortie.

Le personnage incarné par Eva Green lit le livre Isabelle d’André Gide, un roman d’amour « construit, pour Marcellina, sur une imagination débridée, une sensibilité exacerbée, une jeunesse encore folle pour qui tout est possible ».

37. C’est sur la suggestion d’une participante de notre première session que nous avons intégré cette image issue de La Famille Adams !

Le premier film, signé Barry Sonnenfeld (c’est son premier long-métrage), est sorti en 1991. Il s’agit bien sûr de l’adaptation de la célèbre série télé mettant en scène une famille hors norme et pour le moins macabre. La série est elle-même tirée des personnages inventés par Charles Addams.

Dans cette scène Morticia Addams lit, avec douleur, les aventures du Chat chapeauté de Dr Seuss à l’un de ses enfants. Vous pouvez voir cette drôle de séquence en entier ici.

38. Cette image est extraite du film Captain Fantastic de Matt Ross (2016). On y suit un père de famille interprété par Viggo Mortensen qui soit s’occuper seul de ses six enfants après la mort de leur mère.

Petite particularité de cette famille : ils vivent de manière totalement isolée en marge de la société américaine. Si les enfants ne vont pas à l’école, leur parents leur donnent pourtant une éducation sans faille voire exemplaire, à base de lecture de livres et d’échanges intenses.

39. C’est un film récent qu’il fallait trouver avec cette image extraite de Murder Mystery de Kyle Newacheck avec Jennifer Anniston , Adam Sandler et une courte apparition de Dany Boon.

Un fabuleux yacht de luxe, dans lequel a été invité le couple incarné par Jennifer Anniston et Adam Sandler est bientôt le théâtre d’un meurtre. Si lui est un flic américain peu intéressé par cette histoire, elle, passionnée de livres policiers, va rapidement enquêter et tenter de découvrir le fin mot de l’histoire. A moins qu’ils ne soient tous les deux suspectés ?

40. Dernier film à trouver, et pas des moindres 🙂 Il s’agit de Gigli (renommé Amours troubles en France).

Doté d’un grand budget et d’un couple de stars Ben Affleck & Jennifer Lopez (ensemble à l’écran comme dans la vie), le film a été tellement critiqué et à été un tel désastre au box office, qu’il est aujourd’hui considéré comme l’un des pires films de tous les temps. Au vu des premiers retours ultra-négatifs, le studio avait même carrément retiré la publicité prévue pour le film…

Le talentueux réalisateur Martin Brest (on lui doit notamment Rencontre avec Joe Black), s’est, depuis la sortie de Gigli, retiré d’Hollywood et plus personne n’a plus jamais entendu parler de lui. Ce n’est évidemment pas bien de tirer sur les ambulances alors nous n’accablerons pas ce film et, chez Babelio, on apprécie toujours quand des personnages lisent des livres à l’écran.